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Covid-19 : la revue « The Lancet » apporte des corrections à son étude sur l’hydroxychloroquine

Covid-19 : la revue « The Lancet » apporte des corrections à son étude sur l’hydroxychloroquine 2020-06-02
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La conclusion de l’analyse rétrospective ayant mis en évidence une surmortalité chez les patients Covid-19 hospitalisés recevant le traitement préconisé par Didier Raoult reste inchangée. Certains demandent la transparence sur les données utilisées.

La conclusion de l’analyse rétrospective ayant mis en évidence une surmortalité chez les patients Covid-19 hospitalisés recevant le traitement préconisé par Didier Raoult reste inchangée. Certains demandent la transparence sur les données utilisées.

C’est l’étude qui, après une série de signaux négatifs, a fait basculer les autorités sanitaires concernant l’efficacité et la sécurité du traitement à l’hydroxychloroquine dans la lutte contre le Covid-19. Le 22 mai, la revue scientifique britannique The Lancet publiait une analyse rétrospective des dossiers médicaux de 96 000 malades, qui aboutissait à la conclusion que, loin d’apporter un bénéfice aux patients hospitalisés, la chloroquine et l’hydroxychloroquine, combinées ou non à des antibiotiques (dont l’azithromycine), entraînaient un risque accru d’arythmie cardiaque et de décès à l’hôpital.

Dans la foulée, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a suspendu temporairement l’inclusion de patients recevant de l’hydroxychloroquine dans son essai clinique Solidarity. En France, le gouvernement, suivant l’avis du Haut Conseil de santé publique et de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), a publié un décret abrogeant une dérogation qui avait permis l’utilisation de la molécule dans un contexte hospitalier contre le Covid-19. Et les essais cliniques sur l’hydroxychloroquine ont été suspendus, le temps d’analyser les données.

L’étude du Lancet a aussitôt été passée à la loupe, et sévèrement critiquée. Vendredi 28 mai, un court erratum du Lancet a répondu à une partie des interrogations, reconnaissant une erreur de codage et la publication d’un tableau de données redressées en lieu et place de données brutes. Mais sur le fond, « il n’y a pas eu de changement dans les conclusions de l’article », précise The Lancet dans ce correctif.

Ces éclaircissements calmeront-ils les critiques? Parmi les premiers en France, l’ancien ministre de la santé Philippe Douste-Blazy avait estimé qu’elle comportait de graves incohérences méthodologiques, avant de reconnaître qu’il l’avait pour partie mal lue. Mais certaines de ses interrogations trouvent leur réponse dans le correctif du Lancet.

Qualifiant l’étude de « foireuse », le professeur Didier Raoult n’avait pas hésité à soupçonner ses signataires d’avoir manipulé les données, évoquant des « fake data » dans un tweet en anglais. La version française était à peine plus mesurée : « Il n’est pas possible qu’il y ait une telle homogénéité entre des patients de 5 continents différents. Il y a manipulation préalable, non mentionnée dans le matériel et méthodes, ou ces données sont faussées », écrivait le directeur de l’institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection de Marseille. Le correctif du Lancet penche plutôt pour une troisième option: la publication erronée d’un tableau à la place d’un autre. Mais l’incohérence des données avait été justement pointée.

« Attention médiatique » Le fil Twitter du professeur Raoult faisait aussi état d’un écart inexpliqué entre le nombre de patients comptés comme morts du Covid-19 en Australie dans l’étude du Lancet et un bilan moins élevé effectué par Canberra. L’infectiologue marseillais avait pris langue avec d’autres scientifiques critiquant la méthodologie de l’article du Lancet et relayé une proposition de lettre ouverte à la direction de ce journal médical, qui avait indiqué de son côté avoir demandé en urgence des explications aux auteurs.

L’épidémiologiste James Watson (université d’Oxford), à l’origine de cette lettre ouverte, avait déjà listé, dans un post sur son blog hébergé par l’université Columbia, une série de questions méthodologiques, éthiques. Il reconnaissait qu’il avait un intérêt dans l’affaire : il coordonne une étude clinique visant à prescrire l’hydroxychloroquine de façon préventive à des soignants. « L’étude du Lancet va inévitablement nuire à cet essai en raison de l’attention médiatique », écrit-il.

Précédant l’erratum du Lancet, une enquête du Guardian avait déjà permis de lever une partie du mystère à propos du décompte des morts en Australie. La différence serait due à un mauvais codage des données, un hôpital asiatique s’étant par erreur identifié comme australien, avait indiqué au journal valoir Sapan Desai, coauteur de l’étude et fondateur de l’entreprise américaine spécialisée dans les données médicales Surgisphere. Cette organisation a collationné l’ensemble des données anonymisées grâce à son vaste réseau de contacts avec des hôpitaux dans le monde.

L’accès au jeu de données, afin de vérifier de façon indépendante la façon dont elles ont été analysées, est demandé par de nombreux observateurs. Didier Raoult en venait même, vendredi 29 mai, à poser de graves interrogations sur Surgisphere: « Nous nous posons des questions sur l’existence de l’entreprise Surgisphere, en charge de la collecte des données du Lancet. A notre connaissance, beaucoup de démentis mais pas un seul témoignage, ni d’un hôpital partenaire, ni d’un médecin ayant fourni des données sur l’étude », écrivait-il alors sur Twitter.

« Ce n’est pas normal »
 

Le corrigendum satisfera-t-il les observateurs, qui demandent à avoir accès à toutes les données pour vérifier leur qualité, voire leur réalité? Sur son site, Surgisphere a déjà répondu que, « comme pour la plupart des entreprises, l’accès aux données individuelles des hôpitaux est strictement réglementé. Nos accords d’utilisation des données ne nous permettent pas de rendre publiques ces données ».

« Ce n’est pas normal, regrette l’infectiologue Yazdan Yazdanpanah (hôpital Bichat), qui siège aux deux conseils scientifiques Covid-19 mis en place par le gouvernement. On s’est beaucoup battus pour que les données concernant l’épidémie soient disponibles. Il est important qu’il y ait cette transparence. » Peut-être cette confidentialité a-t-elle été instituée pour protéger les hôpitaux qui se révéleraient moins performants dans la prise en charge des malades ? « Il devrait être possible de rendre accessibles des données qui ne soient pas au niveau de l’hôpital pour éviter toute stigmatisation », estime M. Yazdanpanah.

Selon lui, étant donné les fortes mortalités révélées par l’étude du Lancet, et au vu de la faible efficacité du médicament, également soulignée par d’autres publications, il existait « un faisceau d’arguments » pour interrompre l’utilisation de l’hydroxychloroquine à l’hôpital. En revanche, M. Yazdanpanah estime nécessaire de poursuivre son évaluation dans des essais cliniques randomisés contrôlés, si les données tirées à ce stade de ces cohortes ne mettent pas en évidence une toxicité manifeste.

L’essai britannique Recovery n’a pas été suspendu pour cette raison. Les données de Solidarity (OMS) sont en cours d’évaluation, et le comité de sécurité de l’essai français Discovery devrait se réunir le 3 juin. L’étude du Lancet concluait elle-même que, pour statuer, il était urgent de mener à leur terme des essais randomisés contrôlés (groupe de malades recevant le traitement et groupe de patients témoins comparables, constitués de façon aléatoire) sur l’hydroxychloroquine.


Le Monde / kassataya / MCP, via mediacongo.net
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