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En pleine pandémie, le Yémen privé de ressources et au bord de la famine

En pleine pandémie, le Yémen privé de ressources et au bord de la famine 2020-07-09
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Le Yémen est de nouveau au bord de la « famine » et l’ONU n’a pas les « ressources nécessaires » pour prévenir la catastrophe en pleine crise mondiale de la COVID-19, a déploré la coordinatrice humanitaire des Nations unies pour ce pays ravagé par la guerre.

Des millions de familles vulnérables pourraient rapidement passer de « la situation où elles peuvent encore tenir à celle où elles seront en chute libre », a estimé Lise Grande dans une interview à l’AFP depuis Sanaa.

Pour un pays où 24 millions d’habitants – plus des deux tiers de la population – dépendent de l’aide humanitaire, les Nations unies n’ont réuni qu’environ la moitié des 2,41 milliards de dollars d’aide nécessaires lors d’une conférence virtuelle des donateurs organisée en juin.

Et seuls neuf des 31 donateurs ont effectivement fourni les fonds, a précisé Lise Grande.  

« Il est très clair que la pandémie de COVID-19 a mis la pression sur les budgets de l’aide (humanitaire) partout dans le monde […] ils ne pourront tout simplement pas faire ce qu’ils ont fait auparavant », a souligné la diplomate américaine.

La crise économique mondiale provoquée par la pandémie va avoir un « impact très important, très grave » sur l’assistance humanitaire au Yémen, a-t-elle insisté.

« Profondément inquiétante »

Le Yémen est déjà en proie à ce que l’ONU considère comme la pire crise humanitaire au monde, avec des dizaines de milliers de morts, environ quatre millions de personnes déplacées par la guerre, les menaces récurrentes de famine et d’épidémies, comme la dengue ou le choléra.

Mais, faute de moyens, des programmes essentiels dans les domaines de la santé ou l’alimentation sont déjà en train de fermer, alors que la situation économique ressemble « effroyablement » aux jours les plus sombres de la crise, selon Lise Grande.  

Le conflit au Yémen oppose les forces du gouvernement, appuyées par une coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite voisine, aux rebelles Houthis, soutenus par l’Iran et qui se sont emparés d’une grande partie du nord du pays, dont la capitale Sanaa en 2014.

« Les bateaux ne sont pas autorisés à transporter des produits vitaux. La monnaie se déprécie très rapidement.  La Banque centrale n’a plus d’argent. Le prix du panier alimentaire de base […] a augmenté de 30 % rien qu’au cours des dernières semaines », a énuméré la responsable onusienne.   

« Nous voyons les mêmes facteurs, déjà vus auparavant, qui conduisent le pays vers la famine. Nous n’avons pas les ressources nécessaires pour la combattre et la faire reculer cette fois-ci », a-t-elle insisté, jugeant la situation « profondément inquiétante ».

« Situation incroyable »

En pleine crise sanitaire mondiale, les Nations unies ont dû faire face à la « situation incroyable » de devoir cesser de fournir du carburant aux hôpitaux ainsi qu’aux systèmes d’approvisionnement et d’assainissement des eaux dans tout le pays, a regretté la responsable.

Le Yémen a jusqu’à présent officiellement enregistré quelque 1300 cas d’infections au nouveau coronavirus. Au moins 359 personnes sont mortes de la maladie. Mais le bilan pourrait être plus lourd selon les experts, le pays n’ayant pas la capacité de mener des tests à grande échelle et les hôpitaux étant mal équipés pour déterminer les causes de décès.

Le Programme alimentaire mondial, qui fournissait des aliments de base à 13 millions de personnes par mois, a dû réduire ses livraisons à seulement 8,5 à 8,7 millions de bénéficiaires, beaucoup d’entre eux devant se contenter de plus petites portions.  

En 2018, lorsque le Yémen était au bord du gouffre, la situation était bien différente. L’Arabie saoudite a renfloué la Banque centrale, les Émirats arabes unis - partenaire clé au sein de la coalition anti-Houthis - ont payé les salaires des enseignants, la monnaie a été stabilisée et les importations de matières premières soutenues.  

« Il y a dix-huit mois, nous étions l’une des opérations humanitaires les mieux financées au monde », a souligné Lise Grande, mais « la différence est que cette fois-ci nous n’avons pas les ressources nécessaires ».  


La Presse / MCP, via mediacongo.net
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