
Société
Les autorités de la République démocratique du Congo devraient fournir immédiatement des informations sur l’endroit où se trouve le défenseur des droits humains Christopher Ngoyi Mutamba, et sur des charges éventuelles contre lui, a déclaré Human Rights Watch mardi 27 janvier. On craint que Ngoyi n’ait été victime de disparition forcée depuis son arrestation le 21 janvier 2015. « Le gouvernement devrait immédiatement informer la famille de Ngoyi de l’endroit où celui-ci se trouve et des raisons pour lesquelles il est détenu », a déclaré Ida Sawyer. « Les autorités devraient aussi assurer qu’il n’est ni torturé ni maltraité, et qu’il a accès à un avocat, de la nourriture, et des soins médicaux. »
Ngoyi est le coordinateur national d’un réseau d’organisations congolaises de la société civile. Il est également co-fondateur de Sauvons le Congo, une coalition de partis politiques et d’organisations de la société civile créée en 2014 pour lutter contre des propositions de modifications de la Constitution, dont certaines permettraient au président Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà de la limite de deux mandats établie par la Constitution.
Le 17 janvier 2015, l’Assemblée nationale congolaise a adopté des modifications de la loi électorale qui exigeraient un recensement national avant les prochaines élections et pourraient ainsi retarder de façon considérable les élections présidentielle et législatives prévues pour 2016. Un tel retard aurait permis à Joseph Kabila de prolonger son mandat.
Le 23 janvier, après une semaine de manifestations publiques à Kinshasa et dans d’autres villes qui ont dégénéré en violences à la suite de la répression policière, le Sénat a adopté une version amendée de la loi, indiquant clairement que les élections ne seraient pas subordonnées à la réalisation d’un recensement et que le calendrier électoral de la Constitution serait respecté. Le 25 janvier, l’Assemblée nationale a adopté une version de la loi qui n’exigeait pas qu’un recensement national soit organisé avant les élections. Le président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, a déclaré après le vote que les membres du parlement avaient écouté le peuple qui les avait élus.
Human Rights Watch a confirmé que 36 personnes au moins ont été tuées durant les manifestations à Kinshasa, dont au moins 21 ont été tuées par balles par la police et par des militaires de la Garde républicaine ayant eu recours à une force meurtrière excessive ou non nécessaire. Human Rights Watch poursuit ses enquêtes sur les circonstances exactes des autres décès ainsi que sur des informations crédibles à propos d’autres meurtres. Human Rights Watch s’entretient avec des témoins, des membres des familles des victimes et des employés d’hôpitaux, et se rend dans des hôpitaux et des endroits à Kinshasa où se sont déroulées des manifestations.
Les autorités ont également arrêté arbitrairement plusieurs dirigeants de l’opposition en lien avec les manifestations.
« La façon dont les autorités ont traité le cas de Ngoyi est extrêmement préoccupante », a conclu Ida Sawyer. « Elle envoie un signal inquiétant selon lequel le gouvernement cherche à réduire au silence les voix politiquement discordantes et les actions en faveur des droits humains plus généralement. »
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