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Politique étrangère américaine : "Trump et Biden ont des objectifs communs, la différence est dans les moyens utilisés"

Politique étrangère américaine : "Trump et Biden ont des objectifs communs, la différence est dans les moyens utilisés" 2020-10-29
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Si Joe Biden était élu à la présidentielle le 3 novembre, sa politique étrangère serait-t-elle si différente de celle de son prédécesseur ?

Sur ce terrain-là, pas de doute, Joe Biden veut restaurer le leadership américain dans le monde en rétablissant les relations internationales. Et de fait, sur plusieurs sujets, la rupture avec Donald Trump serait flagrante.

Le démocrate engagerait un retour au multilatéralisme, magistralement torpillé ces quatre dernières années. Les Etats-Unis reviendraient dans l’accord de Paris sur le climat "dès le premier jour", renoueraient avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS) abandonnée par Donald Trump en pleine pandémie, et tenteraient de ressusciter l’accord sur le nucléaire avec l’Iran. Un retour sur ce qui était devenu l’obsession de Donald Trump, la destruction de l’héritage de Barack Obama. 

Avec Joe Biden, les américains feraient donc leur ‘come-back’ dans les institutions internationales, comme le G7, qui a été méprisé par Donald Trump. Plus encore, Joe Biden propose d'organiser pendant sa première année à la Maison Blanche, un "sommet des démocraties" pour réaffirmer l’attachement des Etats-Unis aux valeurs démocratiques, aux droits de l’homme. L’intention étant de raviver l’amitié transatlantique et de souligner l’importance de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan).

Immanquablement, les régimes populistes, autoritaires ou qui se réclament de ‘démocraties illibérales’ (Hongrie, Pologne), perdraient un soutien de taille en ayant désormais affaire au démocrate.

S’il est élu, Joe Biden, fera d’abord appel à des outils diplomatiques

Sur la forme, pas de doute là aussi, la méthode d’une nouvelle administration démocrate serait beaucoup plus ouverte et conciliatrice qu’avec Donald Trump. On s’attend à un fonctionnement et à un processus de décision bien moins chaotique…et pour sûr, Twitter ne sera plus le canal privilégié de la communication politique américaine.

"Il existe de nombreux moyens pour imposer une puissance au niveau international : la diplomatie, les sanctions économiques, l’intervention militaires etc. Donald Trump n’en a utilisé qu’un seul, les sanctions économiques", note Tanguy Struye, spécialiste des relations internationales à l’UCLouvain. "S’il est élu, Joe Biden fera d’abord appel à des outils diplomatiques".


Mike Pompeo (à gauche), secrétaire d'Etat et Mark Esper, secrétaire à la défense (Il a remplacé Jim Mattis qui a démissionné après le retrait des forces américaines de Syrie) - © PATRICK SEMANSKY - AFP


Pour autant, Joe Biden pourra-t-il faire table rase de l’ère Trump ?

Recommencer tout à zéro, alors ? S'il est élu, le démocrate ne pourra se contenter d'un simple retour en arrière. Le mandat de Donald Trump a transformé le monde, la crédibilité et l'influence des Etats-Unis ont reculé. "Les pays qui ont des rapports avec les Etats-Unis ont parfaitement intégré que la parole et même la signature d'un président américain peuvent être défaits par son successeur, observe Nicole Bacharan, spécialiste de la politique américaine. Cette instabilité est une source d'inquiétude et de manque de confiance pour le reste du monde".

Pour certaines négociations en cours, l’administration Biden devra donc rectifier le tir. "Joe Biden hériterait d’un chaos. Dans beaucoup de dossiers, il faudra reprendre les négociations à zéro, analyse Tanguy Struye. Notamment avec l’Union-européenne sur le commerce ou la défense, il faudra rétablir une relation de confiance. Lui-même ou ses conseillers spéciaux seront rapidement envoyés en Europe. Mais il aura la possibilité de relancer de nouvelles politiques".

Avec quelles marges de manœuvre ? Cela dépendra de la couleur politique du Congrès et du Sénat. Des élections à la Chambre des représentants pour renouveler l'ensemble du Congrès, ainsi que des élections sénatoriales (renouvellement d'un tiers du Sénat), se tiennent le même jour que la présidentielle, le 3 novembre.


Antony J Blinken (à droite), sous-secrétaire d'État américain (francophile) avec le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, lors d'une conférence de presse conjointe à la suite d'une réunion avec les ministres des Affaires étrangères des membres de la coalition anti-État islamique, le 2 juin 2015 à Paris. - © STEPHANE DE SAKUTIN - AFP


Sur le fond, pas si différent de Donald Trump

Au-delà d'un style aux antipodes et de tactiques différentes, Donald Trump et Joe Biden sont sur la même longueur d'onde sur des sujets-clés.

A commencer par la fermeté à l’égard de la Chine, en particulier sur le commerce. Joe Biden, ne cesse désormais de l’affirmer, "Les Etats-Unis doivent être fermes avec la Chine".

Joe Biden fait partie de ces dirigeants qui ont longtemps espéré que la Chine se démocratiserait à la faveur de son ouverture économique. Mais alors que Washington et Pékin semblent s'engager dans une nouvelle Guerre froide, le démocrate affiche son évolution sur ce sujet capital. De même, son attachement au libre-échange lorsqu’il était vice-président de Barack Obama (2009-2017), a fortement évolué.

"On a beaucoup reproché à Barack Obama d’avoir été trop proche de la Chine et de ne pas avoir vu en elle, une menace, observe Tanguy Struye. Or la Chine est le principal rival des Etats-Unis".

Ainsi, la confrontation avec Pékin devrait se poursuivre, probablement avec d’autres moyens. Mais il n’est pas certain que le démocrate effacerait toutes les mesures lancées par le président Trump, "S’il est élu, Joe Biden défendra les intérêts des Etats-Unis, mais il voudra trouver des solutions, sans aucune garantie de réussite", ajoute encore Tanguy Struye.

Sur le fond, il faut reconnaître que Donald Trump a raison, la Chine ne joue pas le jeu du commerce international
De fait, la guerre commerciale engagée par Donald Trump depuis janvier 2018 est justifiée par deux arguments : l’immense déficit commercial des États-Unis avec la Chine (plus de 400 milliards), et l’objectif de Donald Trump de défendre les classes moyennes. Selon lui, le libre-échange mené sans entrave depuis les années 1980 à aujourd’hui, aurait nui à la classe ouvrière américaine.

"Sur le fond, il faut reconnaître que Donald Trump a raison, estime Tanguy Struye. La Chine ne joue pas le jeu du commerce international. Pour l’instant, ce sont les Etats-Unis qui perdent cette guerre commerciale, d’autant plus que, pour compenser les prix des produits venant de Chine, Trump a dû soutenir tous les fermiers américains en injectant des milliards de dollars. Et donc au final, le coût de cette guerre commerciale est très élevé pour les Etats-Unis".

Selon plusieurs analystes, la gestion de cette compétition stratégique déterminera "le succès ou l'échec de la politique étrangère américaine". 

D’autant plus qu’il existe de nombreux sujets de discordance entre les Etats-Unis et la Chine : la loi de sécurité nationale imposée à Hong-Kong, le sort des Ouïghours dans le Xinjiang, les tensions en mer de Chine du sud, la montée de la puissance militaire… 

"Donald Trump a géré cette guerre économique avec la Chine d’une manière catastrophique, observe Tanguy Struye. L’avoir lancée, sans les européens n’est pas très judicieux, parce que l’Europe a les mêmes problèmes avec la Chine. Il aurait été plus intelligent de travailler avec l’Union, à travers l’OMC".

Face à cette menace économique, politique et militaire, une administration Biden ne transigera pas avec la Chine, notamment en créant un réseau d'alliances dans cette région d’Asie-pacifique.


Tanguy Struye, spécialiste des relations internationales à l’UCLouvain - © Tous droits réservés


Là aussi, Donald Trump a raison, les européens n’investissent pas assez dans leur défense

Pour autant, si Joe Biden était élu, la pression sur l'Union européenne dans le commerce, et pour investir dans la défense au sein de l’Otan, sera probablement maintenu.

"Là aussi, Donald Trump a raison, les européens n’investissent pas assez dans leur défense, analyse encore Tanguy Struye. Or c’est une demande qui est régulièrement formulée par les américains, depuis J.W. Bush. Encore une fois, c’est la manière de faire du président Trump qui a posé problème. Mais cela ne l’a pas empêché d’investir dans les bases militaires américaines situées dans les pays d’Europe de l’Est.

Avec Biden, s’il est élu, il y aura une volonté de montrer que l’Alliance Europe-Etats-Unis est importante, mais les américains n’ont plus l’intention d’intervenir dans les questions européennes. Ils attendent des européens qu’ils prennent leurs responsabilités, tout en garantissant un soutien".

Sur le plan commercial, l’administration Biden n’hésitera pas à entamer des discussions avec les Européens afin de réduire le déficit commercial de son pays sur les produits agricoles, dénonçant les réglementations européennes trop pointilleuses à ses yeux – un chiffon rouge pour les Européens.

"Pour Donald Trump, le déficit commercial des Etats-Unis avec l’Europe autour de 200 milliards d'euros, est injuste, analyse Tanguy Struye. Car selon lui, les américains ont fait beaucoup de bien pour la Communauté internationale. A travers les sanctions économiques, il voit une façon de récupérer ce qu’il estime être un dû".

Les négociations commerciales ne seront pas forcément plus évidentes avec Joe Biden

Pourtant, d’aucuns estiment que les guerres commerciales lancées par Donald Trump sont "artificielles". "Les sanctions imposées à l’Europe ont été totalement contre-productives, renchérit Tanguy Struye. Car c’était s’attaquer à des alliés. Or les Etats-Unis ont besoin d’une Europe forte pour contrer la Chine. Et au final, les américains n’y ont pas gagné grand-chose…".

Joe Biden devrait déployer une série d’outils diplomatiques - notons que les principaux conseillers du candidat Biden en matière de politique étrangère ont des liens étroits avec l’Europe, notamment Antony Blinken, francophone et francophile (Cf. photo) – sans exclure pour autant, les moyens de pression.

"Les négociations commerciales ne seront pas forcément plus évidentes avec Joe Biden. Les américains vont continuer à vouloir défendre leurs intérêts mais avec une différence : au niveau des nouveaux accords commerciaux, ils devront respecter le droit des travailleurs et le Green-deal. Ce que les démocrates veulent faire".

A titre d’exemple, si les Européens continuent à défendre l’idée d’une taxe GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple), une administration Biden aura certainement à cœur de défendre ses fidèles donateurs de la Silicon Valley.


Nicole Bacharan, spécialiste de la politique américaine - © DAMIEN MEYER - AFP


Les analyses de Donald Trump sont bonnes mais sa politique étrangère est un échec. 

Enfin au Moyen-Orient, si Joe Biden était élu, il est peu probable que son administration renverrait de gros contingents militaires dans la région, préférant miser sur des missions contre-terroristes des forces spéciales. Le démocrate partage l’idée de "mettre fin aux guerres sans fin", avec le retrait des soldats de Syrie, d'Irak et d'Afghanistan. En se désengageant du Moyen-Orient, Donald Trump a lui-même prolongé la politique de Barack Obama.

"Avant Donald Trump, Barack Obama avait déjà compris que le statut américain de super-puissance, était terminé, analyse Tanguy Struye. Il avait compris que ce dessein de promouvoir la démocratie dans le monde, notamment avec des guerres, était impossible à réaliser. Il a donc commencé à avoir une politique beaucoup plus sélective, en défendant d’abord l’intérêt national américain".

Cela n’empêchera pas les Etats-Unis de consolider leur quadrillage militaire avec des centaines de bases américaines dans le monde.

"L'Arabie-saoudite restera un allié incontournable des Etats-Unis dans la région, estime Nicole Bacharan. Car l'influence iranienne est perçue comme étant très dangereuse avec l'arc chiite en Irak, en Syrie et le Hezbollah au Liban, jusqu’au Hamas (sunnite). On ne peut pas se passer de l'Arabie-Saoudite. En revanche, Joe Biden a déjà annoncé que les Etats-Unis ne soutiendraient plus la guerre au Yémen".

Au sujet du conflit israélo-palestinien, Joe Biden n’a jamais caché son soutien à Israël. Le démocrate a déjà annoncé qu’il ne ramènerait pas l’ambassade des Etats-Unis, transférée par Trump à Jérusalem, à Tel-Aviv.

"Obama, Trump et Biden ont des objectifs communs, conclut Tanguy Struye. La différence est dans les moyens utilisés. Au final, les analyses de Donald Trump sont bonnes mais sa politique étrangère est un échec. Le meilleur exemple est avec la Corée du Nord, c’était une bonne idée de vouloir négocier directement avec Kim Jong-un. Mais cette négociation a été sabordée par Trump lui-même. Sur tous les fronts, on pourrait s’attendre à ce que Biden envoie des experts aguerris pour négocier".


RTBF / MCP, via mediacongo.net
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