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"Deepfakes" musicaux : l’intelligence artificielle appliquée à la musique pourrait totalement transformer l’industrie

"Deepfakes" musicaux : l’intelligence artificielle appliquée à la musique pourrait totalement transformer l’industrie 2020-12-09
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L’intelligence artificielle (IA) est utilisée pour créer de nouvelles chansons apparemment interprétées par Frank Sinatra et d’autres stars mortes. Après les samples retravaillés ou la sortie d’albums produits avec des enregistrements inédits ou totalement remastérisés, voire des hologrammes pour l’aspect visuel des choses, l’industrie de la musique cherche à refaire vivre certains artistes de légendes aujourd’hui disparus par tous les moyens. Dernière innovation en date, des "Deepfakes" musicaux. Il s’agit de créer des chansons inédites grâce à un modèle d’apprentissage qui se base sur des centaines de milliers de morceaux.

Le Guardian s’est intéressé à ces OVNIS musicaux. Après avoir mené l’enquête, le célèbre quotidien britannique estime que ce sont de jolis tours de passe-passe technologiques, mais qu’ils pourraient transformer et changer l’industrie musicale à tout jamais. Et pas uniquement pour le meilleur.

La voix de Sinatra étrangement ressemblante

"C’est la période de Noël ! C’est l’heure du bain chaud !" chante Frank Sinatra. Du moins, c’est ce qu’on peut croire à l’écoute de ce morceau mis en ligne sur la plateforme "Sound Cloud".

Cette chanson pourrait facilement passer pour une démo de Sinatra égarée depuis longtemps. Le style musical, le rythme mais aussi la voix. Cette voix inoubliable semble étrangement familière, même si elle ne sonne pas toujours juste et semble, parfois, avoir été enregistrée au fond d’une piscine.

OpenAI · Classic Pop, in the style of Frank Sinatra - Jukebox

Cette chanson en question n’est pas un morceau original, mais un faux créé par la "société de recherche et de déploiement" OpenAI, dont le projet Jukebox utilise l’intelligence artificielle pour générer de la musique, avec des paroles, dans une variété de genres et de styles d’artistes. Le résultat est assez bluffant.

Mais Sinatra n’est pas le seul artiste à avoir inspiré les créateurs de la plateforme. Ceux-ci ont également fait ce qu’on appelle des "Deepfakes" de : Katy Perry, Elvis, Simon and Garfunkel, 2Pac, Céline Dion et bien d’autres.

Comment ça fonctionne ?

Après avoir entraîné un modèle informatique en utilisant 1,2 million de chansons récupérées sur le web, avec les paroles et les métadonnées correspondantes, il peut produire un son brut de plusieurs minutes en fonction des données ingérées. Vous pourriez dès lors créer un nouveau morceau en mélangeant du Queen et du Mozart, et vous obtiendrez une composition approximative au bout du parcours.

"En tant qu’élément d’ingénierie, c’est vraiment impressionnant, déclare le Dr Matthew Yee-King, musicien électronique, chercheur et universitaire chez Goldsmiths. Ils décomposent un signal audio en un ensemble de lexèmes musicaux – un dictionnaire si vous voulez – à trois niveaux de temps différents, vous donnant un ensemble de fragments de base qui est suffisant pour reconstruire la musique qui a été alimentée. L’algorithme peut ensuite réarranger ces fragments, en fonction du stimulus que vous avez introduit. Donnez-lui par exemple Ella Fitzgerald, et il trouvera et rassemblera les morceaux pertinents du "dictionnaire" pour créer quelque chose dans son espace musical".

Les cris des damnés
Aussi impressionnante que soit la réalisation technique, il y a quelque chose d’horrifiant dans certains de ces extraits recomposés à l’aide de machines explique l’article du Guardian. En particulier ceux d’artistes qui sont morts depuis longtemps : "de tristes fantômes perdus dans la machine, marmonnant des clichés banals".

"The screams of the damned" (Les cris des damnés) peut-on dans un commentaire publié en dessous de l’extrait créé à partir du répertoire de Sinatra ; "SOUNDS FUCKING DEMONIC" (CELA SONNE PUT*** DÉMONIAQUE) écrit un autre utilisateur.

Des commentaires très critiques sur cette nouvelle approche pour créer des morceaux. L’IA se développe dans tous les secteurs et la musique n’y échappe pas. D’ailleurs la musique "deepfake" devrait avoir de vastes ramifications pour l’industrie musicale, puisque de plus en plus d’entreprises appliquent des algorithmes à la musique.

Le projet Magenta de Google, dont le but est "d’explorer l’apprentissage machine comme outil dans le processus de création", a développé plusieurs interfaces de programmation open source qui permettent de composer en utilisant des sons entièrement nouveaux, générés par la machine, ou des co-créations d’IA humaines.

De nombreuses start-ups, comme Amper Music, produisent de la musique personnalisée générée par l’IA pour les contenus médiatiques, avec des droits d’auteur mondiaux. Même Spotify s’y essaie : son groupe de recherche sur l’IA est dirigé par François Pachet, ancien responsable du laboratoire d’informatique de Sony Music.

Et l’éthique et la propriété intellectuelle dans tout ça ?

Il n’est pas difficile de prévoir, cependant, comment de telles manipulations pourraient entraîner des problèmes d’éthique et de propriété intellectuelle. Si vous ne vouliez pas payer le prix du marché pour utiliser la musique d’un artiste qui apparaît dans un film, une émission de télévision ou une publicité, vous pourriez créer votre propre "imitation".

Les services de diffusion en continu pourraient, quant à eux, compléter les listes de lecture de genre avec des artistes d’IA au son similaire qui ne perçoivent pas de droits d’auteur, ce qui augmenterait leurs profits. En fin de compte, les services de streaming, les stations de radio et autres éviteront-ils de plus en plus de payer des "droits" aux humains pour diffuser de la musique ?

Les services juridiques de l’industrie de la musique suivent de près l’évolution de la situation. Au début de l’année, Roc Nation a déposé une demande de retrait de la DMCA contre un utilisateur anonyme de YouTube pour avoir utilisé l’IA afin d’imiter la voix et le flow du rappeur Jay-Z pour une déclamation rappée d’un texte de Shakespeare. Le résultat est bluffant.

"Ce contenu utilise illégalement une IA pour imiter la voix de notre client", indique la plainte. Et alors que les vidéos ont finalement été réintégrées "dans l’attente de plus d’informations de la part du plaignant", l’affaire – la première du genre – se poursuit.

Roc Nation a refusé de commenter les implications juridiques de l’usurpation d’identité de l’IA, tout comme plusieurs autres grands labels contactés par le Guardian : "En tant qu’entreprise publique, nous devons faire preuve de prudence lorsque nous discutons de sujets d’avenir", a déclaré l’un d’entre eux sous le couvert de l’anonymat. Même l’organisme britannique de l’industrie, le BPI, a refusé de s’exprimer sur la manière dont l’industrie va faire face à ce nouveau monde et sur les mesures qui pourraient être prises pour protéger les artistes et l’intégrité de leur travail. L’IFPI, un organisme international du commerce de la musique, n’a pas répondu aux courriels du Guardian non plus.
Casse-tête juridique en vue
La raison en est peut-être que certains craignent qu’on craint qu’il n’y ait pas vraiment de base pour la protection juridique. "Avec la musique, il existe deux droits d’auteur distincts", explique Rupert Skellett, responsable juridique de plusieurs labels britanniques. "Un dans la notation musicale et les paroles – c’est-à-dire la chanson – et un autre dans l’enregistrement sonore, ce qui concerne les labels. Et si quelqu’un n’a pas utilisé l’enregistrement réel (NDLF : s’il a créé un faux en utilisant l’IA) vous n’aurez aucune action légale contre lui en termes de droits d’auteur en ce qui concerne l’enregistrement sonore".

Il pourrait y avoir une cause potentielle d’action en justice concernant la "contrefaçon" de l’enregistrement, mais, selon M. Skellett, la charge de la preuve est onéreuse, et une telle action aurait plus de chances d’aboutir aux États-Unis, où il existe des protections juridiques contre l’usurpation d’identité de personnes célèbres à des fins commerciales.

La législation britannique ne contient aucune disposition de ce type ni aucun précédent, de sorte que même l’exploitation commerciale de faux jetons, si le créateur était explicite quant à leur nature, pourrait ne pas donner lieu à des poursuites. "Cela dépendrait des faits de chaque cas", déclare M. Skellett.
Des possibilités musicales incroyables, mais une déshumanisation certaine
Certains, cependant, sont enthousiasmés par les possibilités de création. Mat Dryhurst, un artiste et podcasteur qui a passé des années à faire des recherches et à travailler avec l’IA explique : "L’analogie la plus proche que nous voyons est l’échantillonnage (ndlr : connu aussi sous le nom de sampling. Cela permet de réutiliser des extraits de musique dans d’autres titres). Ces modèles permettent une nouvelle dimension de cela, et représentent la différence entre échantillonner un enregistrement fixe de la voix de Bowie et faire chanter Bowie comme on veut – un pouvoir et une responsabilité extraordinaires".

Les Deepfakes posent également des questions plus profondes : qu’est-ce qui rend un artiste particulier spécial ? Pourquoi répondons-nous positivement ou négativement à certains styles ou types de musique, et que se passe-t-il lorsque cela peut être créé à la demande ?

Le Dr Yee-King imagine que ces machines seront bientôt capables de générer le morceau de musique parfait pour vous à tout moment, sur la base de paramètres que vous sélectionnez. Le système utilisant l’AI pourrait permettre de prédire quelles chansons seront populaires.

Mais si nous perdons tout sens de l’investissement émotionnel dans ce que font les artistes – et dans le côté humain de la création – nous perdrons quelque chose de fondamental pour la musique, indique l’article. "Ces systèmes sont formés à l’expression humaine et l’augmenteront", explique l’artiste Dryhurst. Mais cette question du risque d’une déshumanisation de la musique à travers les machines pourrait prendre de l’ampleur à mesure que les "Deepfakes" musicaux évolueront et se multiplieront.


RTBF / MCP, via mediacongo.net
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