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Le ou la Covid ? Suivez votre intuition, c’est la bonne !

Le ou la Covid ? Suivez votre intuition, c’est la bonne ! 2021-01-28
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"LA Covid". Cette injonction de l’Académie française, qui nous impose le féminin (ce qui s’oppose à l’usage le plus répandu, le masculin), en prétextant que 1) Covid signifie coronavirus disease, le mot disease étant traduit en français par "maladie", mot féminin ; et que 2) nos amis canadiens utilisent couramment le féminin pour la désigner en français, est parfaitement absurde et ne repose sur aucune règle observable. L’argument est donc que les Français disent "la CIA", alors qu’il s’agit d’une expression anglaise. Fort bien. À présent, voyons un peu la réalité des mécanismes de notre langue.

L’anglais n’a pas toujours été une langue familière pour tous. Plus on le connaît, plus on est capable de le traduire dans notre langue. Il se trouve que l’anglais n’attribue pas de genre aux noms. Ils sont neutres. Dès lors, lorsque le français importe un mot anglais, si ce mot anglais lui échappe car trop éloigné de lui, il lui attribue, par défaut, le neutre du français, à savoir le masculin. Le jogging, le building, le smoking, etc. Puis, lorsqu’il commence à mieux connaître l’anglais, il traduit et attribue le genre associé à la traduction française (cf. l’usage de plus en plus répandu de "la team" ou "la deadline", en raison des mots "équipe" et "ligne", quand "deadline", je le note, s’entendait souvent au masculin il y a encore quelques années).

Notons que le français éprouve moins de difficulté à intégrer les mots d’origine latine ou romane, car les genres des mots y sont similaires (tant en lexique qu’en marque) : impossible, par exemple, pour un francophone, d’envisager "le pizza", "le villa", etc., car le "a" marque clairement le féminin, comme le fait le "e" en français dans une vaste majorité des cas (pour les substantifs, mais aussi bien d’autres catégories grammaticales, notamment lorsqu’il s’agit d’accorder). Ce mécanisme intuitif d’appropriation se grippe pour les francophones confrontés à des termes inconnus venant de l’anglais ou des langues germaniques (j’exclus ici le suffixe -y, correspondant au -é français, liberty, city, activity, etc. ; et tous les mots du corpus anglais qui ont la même finale en français, -ion ou -tion : de toute manière, c’est le cas d’autres langues ayant importé le latin et/ou le français : communication (FR/EN), communicazione (IT), communicatie (NL), etc., (cela va jusqu’au russe).

La "règle" d’usage (en réalité un mécanisme naturel) reste donc : si je ne peux assimiler le genre dans la langue d’arrivée, je lui attribue le neutre (donc, en français, le masculin). Très bien.

"Covid" = coronavirus disease. Le mot disease sonne très germanique à l’oreille du francophone, qui a oublié que disease vient de dis-ease (mal-aise), lequel aise/ease provient du latin adjacens. Il voit donc (à tort) ce mot comme radicalement anglais, et lui attribue le neutre. Le Covid. Si les Canadiens utilisent le féminin sans problème, c’est tout simplement parce que, largement bilingues, ils ont davantage l’intuition du genre que l’anglais disease aura en traduction française. Ils savent, et disent donc très logiquement "la Covid". De même que lorsqu’un francophone entend "Central Intelligence Agency", il ne peut pas ne pas penser à "Agence centrale de l’intelligence", CIA, acronyme qui cumule les mots d’origine latine, et tous féminins.

Pour prouver la chose a contrario : si l’on suit le raisonnement de l’Académie en l’occurrence, nous devrions dire "la week-end", puisque l’expression signifie littéralement "la fin de semaine". Et les exemples de ce tonneau-là ne manquent pas : un tee-shirt, le bitcoin, le doughnut, le barbecue (qui vient de l’espagnol barbacoa), etc.

Loin des arrêtés autoritaires (et nous l’avons vu, infondés) qui poussent de pauvres locuteurs à se corriger au beau milieu d’une phrase, alors que leur premier choix, intuitif, était le bon, qu’il soit donc permis à tout un chacun de parler du ou de la Covid, indifféremment et à sa guise. Il n’y a pas de mal à parler naturellement. Ce virus nous a déjà presque tout ôté ; il serait bienvenu qu’on nous laisse au moins la liberté de suivre intuitivement les mécanismes naturels que notre bon parler français a modelés en nous.


La Libre / MCP, via mediacongo.net
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