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Le camp d’al-Hol en Syrie est hors de contrôle : "Daech est devenu maître des lieux"

Le camp d’al-Hol en Syrie est hors de contrôle : "Daech est devenu maître des lieux" 2021-03-03
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Les incidents graves se multiplient dans le camp d’al-Hol en Syrie, où trente personnes ont été tuées depuis le début de l’année. Un résident du camp employé par Médecins sans Frontières a été tué dans sa tente, durant la nuit du 24 février. L’ONG, qui se dit sous le choc, a suspendu ses opérations dans le camp, en raison de l’insécurité qui y règne.

Des cellules du groupe Etat islamique s’y sont reconstituées et prennent progressivement le contrôle cette ville de tentes qui abrite 80.000 personnes déplacées.

Spirale de violence

"C’est un environnement dangereux", explique la directrice de la communication de MSF, Sophie Désoulières, qui dit avoir peu d’informations sur les circonstances exactes du meurtre de l’employé de l’organisation. "La spirale de violence grandit dans le camp ces dernières années, une spirale faite de meurtres, d’attaques, d’incendies… Il y a à la fois la violence des autorités et celle des personnes qui habitent dans le camp envers les autres." Plus de 30 meurtres ont eu lieu dans le camp depuis le début de l’année 2021, selon MSF.

Trois personnes ont été tuées par décapitation, ce qui est une signature du groupe Etat islamique. Il y a également eu des exécutions par balle à l’aide d’armes munies de silencieux. Parmi les victimes figurent entre autres dix Irakiens et quatre Syriens, tous résidents du camp. Les responsables kurdes des lieux semblent perdre progressivement le contrôle de la situation. De leur propre aveu, des cellules de l’Etat islamique se sont recréées et sont actives dans le camp. Elles prennent pour cible ceux qui coopèrent avec l’administration kurde, dans l’objectif "de semer le chaos et la peur", dit un responsable local.

Ils contrôlent le camp. Dans ces conditions, une mission sur place est trop dangereuse
Une équipe belge de médecins et psychologues aurait dû se rendre la semaine passée dans le camp pour organiser le rapatriement d’enfants belges. La mission a été annulée vu le chaos qui règne sur place. "Les conditions sécuritaires sur place sont devenues inacceptables pour organiser une mission", explique le délégué général aux droits de l’enfant Bernard De Vos, qui s’est pourtant déjà rendu sur place par le passé. "Il y a des combats autour du camp et une insécurité à l’intérieur du fait de la pression fondamentaliste. Daech est devenu maître du camp, ils contrôlent le camp. Dans ces conditions, une mission sur place est trop dangereuse." Plusieurs femmes belges avec lesquelles il était en contact ont disparu.

L’ancienne responsable kurde syrienne des affaires humanitaires Zozan Alosh affirme à De Morgen que les autorités locales ne contrôlent plus la situation dans le camp : "La partie la moins sûre du camp est celle où se trouvent ces femmes étrangères. Les autorités ont des difficultés à y entrer. Ces femmes deviennent folles là-bas. C’est lié aux cellules de l’EI qui y sont présentes, mais aussi à la situation humanitaire."

Ce camp ne devrait plus exister

Les partisans de l’EI ont gagné en assurance et mènent désormais des tentatives d’évasion et des attaques contre des gardes ou des employés d’ONG. Les Nations Unies évoquent "un environnement sécuritaire de plus en plus intenable". La responsable de MSF constate que "c’est un camp difficile à sécuriser, et surtout qui existe depuis trop longtemps. Le camp d’al-Hol aurait dû être un lieu temporaire d’accueil pour des personnes qui fuyaient une zone de guerre. La situation n’a fait que s’aggraver. C’était un camp d’urgence. Il aurait fallu trouver des solutions adaptées au profil de chacun. Nous, en tant qu’organisation humanitaire médicale, nous ne faisons pas de différence sur base des affiliations politiques." MSF a néanmoins dû suspendre ses activités en raison du danger qui y règne pour son personnel.

Environ 80.000 personnes vivent dans le camp depuis deux ans. Elles ont été transférées de la région de Deir Ezzor, la dernière qui était contrôlée par le groupe Etat islamique. 70.000 résidents du camp sont Syriens et Irakiens, considérés comme des civils. Les autres occupants représentent plus de 50 nationalités différentes et sont détenus dans une zone grillagée, appelée "l’annexe". Ces étrangers sont des familles de jihadistes.

"Ce n’est pas un camp de réfugiés, c’est un camp dans lequel les personnes sont détenues sans procédure judiciaire, dans des conditions inhumaines", explique l’experte des Nations Unies Fionnuala Ni Aolain. "C’est une prison à ciel ouvert, confirme Sophie Désoulières, où il y a différentes sortes de gens qui ont fui des zones occupées par l’Etat islamique, à Deir Ezzor. Elles sont là pour des raisons différentes. Il y a des familles, des hommes seuls, et énormément d’enfants qui sont en train de grandir dans un environnement qui n’est pas adapté à leur sécurité et à leur bien-être."

Quelque 80% des occupants du camp sont des femmes ou des enfants. "Les enfants grandissent dans un contexte de violence, souligne la responsable de MSF. Nous en appelons aux États dont ces enfants sont citoyens pour qu’ils prennent leurs responsabilités envers leurs citoyens les plus vulnérables." Les ONG, l’ONU, les organes de protection de l’enfance et les autorités kurdes appellent régulièrement les pays concernés à rapatrier ces femmes et enfants.

L’inaction du gouvernement belge

Le délégué général aux droits de l’enfant lance des cris d’alarme depuis des années, en soulignant que les responsables sécuritaires demandent aussi leur rapatriement : "L’Ocam (Organe de coordination pour l’analyse de la menace) et le procureur fédéral ont recommandé aux autorités belges de ramener ces enfants pour des raisons de sécurité et de justice. Mais de façon incompréhensible, parce que c’est opposé à nos engagements internationaux et à l’humanité, rien ne se passe depuis des années. C’est une situation qui me révolte", s’emporte Bernard De Vos. La plupart des pays européens, dont la Belgique, rechignent en effet à faire revenir leurs ressortissants considérés comme dangereux. Ils préfèrent qu’ils soient jugés et détenus sur place. Ils n’acceptent le retour des enfants qu’au cas par cas.

Les conditions de séjour à al-Hol sont particulièrement difficiles. Selon l’experte de l’ONU, "le seuil des tortures, des traitements inhumains et dégradants d’après le droit international a pu avoir été atteint dans ces camps". Samedi passé, deux enfants et une femme ont péri dans un incendie provoqué par un poêle. Plusieurs tentes ont brûlé. L’une des victimes était la fille d’un travailleur de MSF.

Les Kurdes désengorgent le camp

Pour désengorger quelque peu le camp, les forces kurdes de Syrie tentent de faire sortir une partie des détenus locaux. Elles ont autorisé le départ de Syriens. Plusieurs milliers d’entre eux ont récemment quitté al-Hol en vertu de médiations avec des chefs tribaux. Elles ont aussi remis il y a quelques jours une centaine de combattants irakiens aux autorités de leur pays. Les Kurdes ont également transféré des femmes européennes d’al-Hol vers le camp de Roj, beaucoup plus petit. Certaines avaient elles-mêmes demandé ce transfert pour raisons de sécurité. Les conditions de séjour seraient meilleures dans le camp de Roj.


RTBF / MCP, via mediacongo.net
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