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La junte se dit résolue à «réprimer l’anarchie»

La junte se dit résolue à «réprimer l’anarchie» 2021-03-23
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L’armée birmane, confrontée à un mouvement social depuis son coup d’État, s’est montrée mardi, sourde aux sanctions de la communauté internationale.

La junte au pouvoir en Birmanie, depuis le 1er février, s’est dite mardi, résolue à «réprimer l’anarchie», sourde aux nouvelles sanctions approuvées la veille par les États-Unis et l’Union européenne.

Plus de 260 civils ont été tués par les forces de sécurité depuis le coup d’État militaire qui a renversé le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi, selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

Le bilan des victimes pourrait être beaucoup plus lourd: des centaines de personnes arrêtées ces dernières semaines sont portées disparues.

«Les terroristes sont nos ressortissants»

«Je suis triste car les terroristes et les personnes violentes qui sont mortes sont nos ressortissants», a déclaré Zaw Min Tun, porte-parole du régime lors d’une des rares conférences de presse organisées par les militaires depuis leur passage en force.
Mais «nous devons réprimer l’anarchie. Quels pays dans le monde acceptent l’anarchie?» a-t-il ajouté, précisant que l’accès à Internet resterait restreint «pendant une certaine période».

Recours aux armes létales, pillages, arrestations en masse: l’armée n’a cessé d’intensifier sa répression pour tenter d’éteindre la fronde démocratique en Birmanie, un expert de l’ONU dénonçant de probables «crimes contre l’humanité».
Le bilan s’alourdit chaque jour. Au moins trois personnes ont été abattues, lundi, à Mandalay (centre) dont un garçon de 15 ans, «sorti chercher de l’eau devant sa maison» selon l’AAPP.

La liberté plutôt que la peur

Malgré l’effusion de sang, la mobilisation ne faiblit pas.

À Rangoun, la capitale économique en partie soumise à la loi martiale, des manifestants ont défilé mardi, avant l’aube, pour tenter de déjouer la riposte des forces de sécurité. «La liberté plutôt que la peur», «Debout pour les droits humains», pouvait-on lire sur leurs banderoles.
Lundi, des Birmans avaient allumé des bougies et lâché des ballons pour appeler la communauté internationale à l’aide. D’autres avaient déposé des poupées en chiffon, des mannequins en tissu ou des images en carton dans les rues pour symboliser la contestation.


Médecins, cheminots, enseignants: de nombreux fonctionnaires et salariés du privé restent en grève, paralysant des secteurs entiers de la fragile économie.

La junte n’a pas évoqué mardi, les nouvelles sanctions imposées la veille par Bruxelles et Washington. L’Union européenne a gelé les avoirs et interdit les voyages sur son territoire de onze responsables dont le chef de la junte, le général Min Aung Hlaing.

Il s’agit des premières mesures coercitives décidées par le bloc depuis le 1er février. Plusieurs militaires avaient déjà été sanctionnés, ces dernières années, pour les persécutions contre la minorité musulmane des Rohingyas.

Les États-Unis ont de leur côté élargi leur liste de haut gradés ciblés, sanctionnant aussi deux divisions de l’armée accusées d’avoir participé «à l’assassinat de manifestants».

Ni chaud ni froid

«Cela ne leur fait ni chaud ni froid. Les sanctions ciblées sous les dictatures militaires précédentes sont toujours restées sans grand effet, a commenté Françoise Nicolas, directrice Asie de l’Institut français des relations internationales. La grève générale a un poids beaucoup plus lourd. Les généraux étaient peu préparés à une telle résistance.»

Le pays reste fermé à toute information indépendante. Outre les connexions Internet mobiles coupées ainsi que des réseaux wi-fi, les journaux privés ont tous fermé et seuls les médias d’État couvrent la crise. Une quarantaine de journalistes ont été arrêtés dont un correspondant birman de la BBC finalement libéré lundi.

Les jours qui viennent s’annoncent encore très tendus. Mercredi, Aung San Suu Kyi, 75 ans, doit comparaître devant la justice. Elle fait face à des accusations de corruption et est inculpée de plusieurs autres infractions. Si elle est reconnue coupable, elle pourrait être condamnée à de longues années de prison et bannie de la politique.

Les observateurs craignent aussi des tensions autour du 27 mars, «journée des forces armées» durant laquelle un grand défilé est habituellement organisé à Naypyidaw, la capitale administrative.


Le Matin.ch / MCP, via mediacongo.net
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