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Mort de l’ambassadeur Luca Attanasio: rien ne filtre des enquêtes diligentées par l’Italie, assistées par le renseignement congolais

Mort de l’ambassadeur Luca Attanasio: rien ne filtre des enquêtes diligentées par l’Italie, assistées par le renseignement congolais 2021-04-13
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A Kinshasa, à Goma, à Bukavu, partout où il est passé, Luca Attanasio, 43 ans, l’ambassadeur italien tué le 23 février dernier à quelques kilomètres de Goma, sur la route menant à Rutshuru, a laissé le souvenir d’un homme bon et généreux, aimant profondément le Congo où, avec son épouse, il avait fondé une ONG, Mama Sofia, au profit d’enfants nécessiteux.

« Italianissime » disent ses collègues à Kinshasa, « un diplomate qui organisait des réceptions brillantes, proposant le meilleur de la cuisine italienne, aimant servir lui-même ses hôtes et qui prenait des initiatives en faveur de la paix… » « Généreux » assure le directeur d’une maison d’accueil pour enfants en situation de rue « accompagné par son épouse, il passait volontiers le dimanche avec nos gosses et leur amenait des jouets, des desserts… » « Profondément croyant, il soutenait la communauté San Egidio, si souvent médiatrice dans les conflits déchirant la région… ».

Si tous ceux qui ont connu ce diplomate hors normes ne tarissent pas d’éloges à son sujet, tous, en même temps, se demandent pourquoi, en cette matinée fatale du lundi 22 février, il s’est embarqué sans escorte et sans prévenir personne, sur une route fréquentée certes, mais classée « rouge »…

A Kinshasa comme à Goma, les officiels eux aussi s’interrogent : alors que, conformément aux usages, il avait prévenu de son départ de Kinshasa, l’ambassadeur ne s’est pas rendu, comme prévu, au salon d’honneur de l’aéroport, où il fut attendu en vain. Quant à son emploi du temps durant le week end, il pose également question : sans se présenter aux autorités du Sud Kivu, l’ambassadeur, qui souhaitait rencontrer la communauté italienne, passa du temps à Bukavu, avec des prêtres et des religieuses de divers ordres, souvent très critiques à l’égard du Rwanda.

Le lundi matin, au lieu d’emprunter un avion de la Monusco ou une vedette rapide, il s’embarqua pour Goma à bord d’un bateau privé de la compagnie TMK. Débarquant sans fanfare et sans se signaler aux autorités, (le gouverneur de la province, les services de sécurité…) qui cependant l’attendaient, il prit immédiatement la route du Nord. Son cortège se limitait à deux jeeps du Programme alimentaire mondial, des véhicules non blindés et qui n’étaient accompagnés d’aucune escorte onusienne alors que les patrouilles des Casques bleus de la Monusco sont fréquentes dans ces parages.

A côté de l’ambassadeur, un seul homme était armé, son garde du corps italien Vittorio Iaccovacci, 30 ans. A Goma, tout le monde connaît le lieu dit des « Trois Antennes », à 15 km de la ville : la route y longe la frontière rwandaise, distante de trois kilomètres. Au niveau de Kibumba, un village où se trouvaient naguère des camps de réfugiés hutus, démantelés en 1996, les kidnappings sont fréquents. Les ravisseurs exigent généralement des rançons élevées, payables en dollars via des intermédiaires de la place.

Lorsque l’épouse du diplomate a déclaré, depuis l’Italie, que son époux avait sans doute été trahi, tout le monde a compris : alors que le déplacement se préparait, quelqu’un a sans doute prévenu les ravisseurs potentiels du déplacement d’une « grosse prise », un Européen, un diplomate. Bref, un pactole potentiel. Jusqu’aujourd’hui, rien ne filtre des enquêtes diligentées par l’Italie, assistées par les services de renseignement congolais, et les « fuites » privilégient toutes l’hypothèse d’une tentative d’enlèvement qui aurait mal tourné, mettant en cause les rebelles rwandais FDLR, des Hutus hostiles à Kigali. Ces derniers, en effet, ne sont pas loin : à quelques kilomètres en amont des « Trois Antennes », ils contrôlent la route qui longe le parc des Virunga et mène à la ville de Rushuru. Leur activité principale est la fabrication et le commerce du charbon de bois mais ils peuvent aussi s’en prendre à des civils ou affronter les éléments de l’armée congolaise, parmi lesquels, assure-t-on, des militaires rwandais portant l’uniforme des FARDC et veillant sur une sorte de « zone tampon » séparant les deux pays.

Prié de quitter son véhicule par ses ravisseurs, au nombre de six, l’ambassadeur fut touché lors d’un échange de tirs alors qu’il marchait dans les broussailles. Selon la version officielle, le petit groupe était tombé sur des éléments de l’armée congolaise et des éco gardes du parc des Virunga, en patrouille dans le coin. Le crime fut attribué aux ravisseurs, mais seuls les deux Italiens et leur chauffeur congolais furent tués, les occupants de la première jeep étant sains et saufs.

Les journalistes d’investigation de Goma, les premiers sur les lieux, ne cessent de s’interroger sur cet « échange de tirs »: pourquoi les ravisseurs auraient ils abattu l’otage qui les accompagnait et qu’ils entendaient monnayer ? Et comment peut on croire que des « éco gardes » formés à protéger les touristes du parc des Virunga aient pu tirer sur un Européen ou perdre leur sang-froid jusqu’à liquider les otages ?

D’autres hypothèses, invérifiables, évoquent un « commando » qui serait venu du Rwanda avec une mission précise, retraversant aussitôt la frontière. Mais pourquoi le diplomate, qui avait soigneusement évité de prévenir les autorités congolaises, au mépris des usages et des règles de sécurité, s’était il aventuré quasi seul dans ce coin notoirement pourri ? Pour vérifier sur le terrain l’efficacité des distributions de vivres du Programme alimentaire mondial, un programme de l’ONU qui bénéficie d’une forte contribution italienne ? Peut-être, mais à Goma nul n’y croit et le mystère persiste…

Colette Braeckman
Le Soir / MCP, via mediacongo.net
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