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L’Afrique à la reconquête de sa souveraineté alimentaire (Analyse)

L’Afrique à la reconquête de sa souveraineté alimentaire (Analyse) 2021-09-15
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Pierre Jacquemot propose un état des lieux et esquisse des propositions pour une reconquête de la souveraineté agricole et alimentaire en Afrique.

Frontières fermées, mobilités restreintes, confinements… Les mesures prises pour lutter contre la pandémie du Covid-19 ont jeté une lumière crue sur une question, celle de la souveraineté en Afrique, notamment agricole et alimentaire. Pierre Jacquemot, diplomate, enseignant à l’Institut d’études politiques de Paris et auteur du rapport « La reconquête de la souveraineté alimentaire en Afrique » publié par la Fondation Jean-Jaurès, « y voit une occasion historique pour réinventer les systèmes agricoles et la souveraineté alimentaire du continent ». Après la crise liée à la pandémie, les gouvernements donneront probablement la priorité à la satisfaction des besoins alimentaires du pays ou de la région avant l’exportation des produits de rente. Avec cette publication, l’idée est aussi pour la Fondation Jean9Jaurès de participer au débat d’idées avant le sommet France-Afrique qui se tiendra à Montpellier du 7 au 9 octobre.

Agrobusiness versus agriculture paysanne

Deux visions s’affrontent. D’un côté, la modernisation des agricultures africaines, fondée sur l’agriculture commerciale, la « révolution verte » et de gros investissements en capitaux. Ce modèle, qui a permis à l’Asie de conquérir sa sécurité alimentaire, est défendu par le secteur privé, les multinationales et de grandes fondations philanthropiques, voire les grands bailleurs de fonds. « Ce modèle basé sur une augmentation de la productivité passe par des apports d’engrais, des semences sélectionnées et une irrigation à grande échelle, en se focalisant sur les moyennes ou grandes entreprises agricoles », détaille Pierre Jacquemot. À cette vision de l’agrobusiness s’oppose la vision de l’agriculture paysanne, portée par les réseaux d’organisations paysannes régionales et locales, des ONG, mais aussi certains chercheurs. Son poids est loin d’être négligeable. Quelque 100 millions d’exploitations familiales font vivre 500 millions de personnes sur le continent.

« Cette présentation bipolaire de l’agriculture africaine est assurément simpliste. Peu nombreux sont ceux qui adhèrent exclusivement, sans nuance, à l’une ou l’autre vision », précise l’auteur. Elle a surtout pour inconvénient d’occulter toutes les formes intermédiaires de combinaisons possibles. Il existe de multiples entre-deux. Il propose une troisième voie et reconnaît que les positions évoluent, même au sein des grands bailleurs de fonds

« Cette présentation bipolaire de l’agriculture africaine est assurément simpliste. Peu nombreux sont ceux qui adhèrent exclusivement, sans nuance, à l’une ou l’autre vision », précise l’auteur. Elle a surtout pour inconvénient d’occulter toutes les formes intermédiaires de combinaisons possibles. Il existe de multiples entre-deux. Il propose une troisième voie et reconnaît que les positions évoluent, même au sein des grands bailleurs de fonds.

Pour l’avenir, il est plus pertinent de parier sur le développement de l’agroécologie, des semences paysannes améliorées, des méthodes de revitalisation des sols, mais aussi des combinaisons, agroforesterie et agriculture-élevage, sans oublier bien sûr l’amélioration de l’organisation et de l’accès aux marchés locaux. « L’agriculture africaine demeurera principalement assise sur la paysannerie et les communautés rurales, lesquelles joueront un rôle crucial, notamment pour l’intégration d’une fraction importante de la jeunesse rurale », souligne le rapport.

Le rôle des femmes

L’un des principaux moteurs de cette nouvelle agriculture africaine est à chercher du côté de l’émancipation des femmes. Peu à peu, elles gagnent du pouvoir. Ce sont elles bien souvent qui sont dans les champs, le maraîchage, la transformation, la vente. « En gagnant plus de pouvoir, en accédant à la propriété et au crédit, elles vont révolutionner l’agriculture », insiste Pierre Jacquemot. « Certes, leur statut ne les aide pas ! Elles ne sont pas propriétaires, travaillent 18 heures par jour, aux champs et à la maison. Leur situation est pour le moins défavorable. Mais, depuis vingt ans, elles sont parties à la conquête de leur autonomie, améliorant la situation générale en Afrique. Ce sont elles qui subissent les conséquences en cas de crise. Ce sont aussi elles qui trouvent les solutions et sont à l’initiative du changement. L’arrivée de l’électricité dans un village bouleverse la donne. Elle s’en empare pour créer, produire, transformer. Ce sont elles qui gèrent le quotidien et trouvent les solutions pour améliorer le quotidien », détaille avec conviction Pierre Jacquemot.

L’accès à la terre et au crédit

Parmi les principaux facteurs limitants, les difficultés d’accès à la propriété et au crédit entravent le développement des activités agricoles, particulièrement pour les femmes et les jeunes. Pour faire sauter ces verrous, des solutions innovantes sont mises en œuvre, comme au Bénin ou à Madagascar à travers des certificats fonciers qui peuvent être présentés comme garantie lors d’un petit emprunt. Au sein d’un groupement de producteurs, la caution solidaire permet aussi cet accès au crédit indispensable pour acheter des semences, du petit matériel agricole, et pour transformer les produits. Au Ghana, l’accès au microcrédit est possible grâce à la caution solidaire scellée, à travers une photo qui témoigne que l’emprunteuse peut compter sur ses deux amies qui se portent garantes.

Sylvie Rantrua
Le Point / MCP, via mediacongo.net
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