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"Ils nous renvoient dans notre pays mais nous avons tout vendu pour venir ici" : la détresse des migrants haïtiens expulsés des États-Unis

"Ils nous renvoient dans notre pays mais nous avons tout vendu pour venir ici" : la détresse des migrants haïtiens expulsés des États-Unis 2021-09-25
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Des migrants haïtiens expulsés des Etats-Unis

« Je ne vais pas m’arrêter là » : pour les migrants haïtiens en route vers les États-Unis, mais coincés à la frontière nord de la Colombie, le voyage doit continuer, malgré les innombrables obstacles et l’expulsion de compatriotes par les autorités américaines.

« Mon objectif est d’y arriver et je ne vais pas m’arrêter là », assure Bénédictine Point Du Jour, une femme de 42 ans qui a fait le voyage depuis le Chili avec son fils Roberth.

Dans un espagnol parfait, le jeune homme de 22 ans raconte que sa principale crainte est de se noyer dans la traversée du golfe d’Uraba, un bras de mer d’une cinquantaine de kilomètres de large qui sépare le petit port colombien de Necocli, étape obligée pour les candidats à l’exode, de la zone frontalière avec le Panama.

« Être quelqu’un »

« J’ai peur aussi qu’ils (les États-Unis) m’expulsent, car ce que je veux le plus, c’est être quelqu’un dans la vie », ajoute Roberth, un lourd sac à dos noir sur les épaules, qui aspire au « rêve américain ».

Les nouvelles des expulsions par milliers par les États-Unis-et les images d’agents d’immigration américains à cheval pourchassant des migrants haïtiens avec des fouets — sont parvenues jusqu’ici.

« C’est triste », commente calmement Bénédictine. « Mais mon objectif est […] d’y arriver, quoi qu’il arrive en chemin », insiste-t-elle.

Comme la famille Point du Jour, ils sont près de 19 000 migrants haïtiens à s’entasser dans cette bourgade du nord de la Colombie, devenue ces dernières semaines un goulot d’étranglement dans l’attente d’un bateau qui les emmènera vers le village frontalier d’Acandi.

Deux compagnies privées se partagent la traversée du golfe, qui se fait dans l’ordre, à bord d’embarcations sûres et avec gilet de sauvetage. Avant la grande inconnue : la traversée à pied de la jungle hostile du Darien, marquant la frontière entre les deux pays.


Deux compagnies privées se partagent la traversée du golfe d’Uraba.

Pour tenter de maîtriser le flux, un accord entre les gouvernements colombien et panaméen a limité le transit vers la frontière à un maximum de 650 personnes par jour.

En attendant de pouvoir prendre le bateau, certains campent depuis près d’un mois sur les plages de Necocli, dans une chaleur étouffante, malgré les difficultés d’accès à l’eau et les dures conditions sanitaires.

« Trop tard pour revenir »

« Il est trop tard pour revenir en arrière maintenant », dit Frank, Haïtien de 38 ans qui vient du Chili et préfère ne pas révéler son nom de famille par crainte de représailles.

L’Amérique centrale le sépare encore des États-Unis, où sa famille et ses amis l’attendent. « C’est toujours comme ça », dit-il lorsqu’on l’interroge sur les actions des patrouilles de l’immigration américaine.

Son objectif est toujours de se diriger vers le nord, même s’il envisage maintenant de faire escale au Mexique et « d’attendre que (la crise) passe pour un moment ».

Il voyage avec cinq membres de sa famille, dont un bébé de six mois. 548 enfants ont été aidés par le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) à Necocli la semaine dernière.

Sur le débarcadère des deux compagnies maritimes de Necocli, les Haïtiens qui ont en main leur précieux ticket d’embarquement attendent patiemment en file indienne.

Lorsque leur tour arrive, ils embarquent équipés de machettes, de torches et de tentes. Un voyage d’au moins cinq jours à pied à travers le Darien, une jungle épaisse et infestée de serpents, les attend.

Là, livrés à la cupidité des « coyotes » (surnom donné aux passeurs), ils devront faire face également à des gangs de pillards dans une région où le Clan del Golfo, principal groupe de narcotrafiquants en Colombie, règne en maître.

« Ce voyage depuis l’endroit d’où nous venons, tout le parcours […] pour arriver là (aux États-Unis) et ensuite nous expulser, c’est difficile », s’inquiète Bénédictine.

Si, à la frontière des États-Unis, ils rencontrent une patrouille d’immigration, « j’espère qu’à mon arrivée, ils me laisseront entrer, et pas seulement nous, mais tous », veut croire Roberth, alors qu’il attend son tour pour prendre le large.

Juan Sebastian Serrano
AFP / La Presse / MCP, via mediacongo.net
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