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Comment la Belgique envisage des réparations pour la colonisation du Congo ?

Comment la Belgique envisage des réparations pour la colonisation du Congo ? 2021-11-23
Politique
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Dès lundi 22 novembre à Bruxelles, la commission spéciale sur le passé colonial belge au Congo doit examiner le rapport rendu par les experts qu’elle a mandatés. Qu’est-ce qui peut ressortir de ces discussions ? La journaliste belge et spécialiste de l'Afrique Colette Braeckman estime que des excuses peuvent être envisagées, mais que les réparations économiques seront plus difficiles à trancher. Entretien.

Travail forcé, contrainte permanente, fondements racistes… Fin octobre, les dix experts mandatés par une commission parlementaire spéciale belge ont rendu un rapport jugé accablant sur le passé colonial de la Belgique. Ils recommandent des réparations, comme la présentation d’excuses officielles et la restitution d’œuvres volées.

Ce que contient le rapport de la Commission spéciale Congo-passé colonial

Composé de 689 pages, le rapport des experts de la Commission spéciale se divise en trois parties :

  • La première partie porte sur l’historique de la période coloniale belge. Elle rappelle les éléments factuels de la période coloniale belge au Congo. Pendant 80 ans, les Congolais ont vu leur économie touchée par le colonialisme, ont subit les brutalités coloniales. Aujourd’hui, cette période laisse encore des séquelles. De nombreuses archives sont citées : des archives privées, d’autres d’institutions publiques, de ministère etc.
  • La deuxième partie se concentre sur la mémoire, les réparations et la participation. Il s’agit de proposer des pistes pour effectuer un travail de mémoire et de réconciliation sur cette période. Cette partie donne aussi des suggestions d’actions qui peuvent faire office de réparations, comme les restitutions.
  • La troisième partie porte sur le lien entre le racisme et le colonialisme. En plus d’analyser le rapport colonial tel qu’il était à l’époque, le rapport donne un panorama des liens entre le colonialisme et le racisme structurel. Que ce soit dans l’humour, dans la sphère privée ou dans les esprits, cette partie illustre les discriminations racistes qui sévissent encore aujourd’hui.
  • Enfin, comme le mentionne les experts en conclusion du rapport, l’objectif est ici de "créer un changement sociétal pour mettre fin au racisme et à la discrimination", en passant par un travail parlementaire.

Ce rapport sera examiné dès le 22 novembre par les parlementaires membres de la Commission spéciale, afin d’envisager les suites officielles. Colette Braeckman, journaliste au quotidien belge Le Soir et spécialiste de l’Afrique estime que ces débats seront longs. Pour elle, l’aspect économique va primer dans ces discussions. Il s’agit du point le plus sensible dans l’opinion belge.

TV5MONDE : Comment la commission spéciale a travaillé pour produire ce rapport ?

Colette Braeckman, journaliste spécialiste de l’Afrique : Ça n’a pas été très facile de réunir le groupe d’experts, de trouver des gens de toutes tendances. Le souci des députés a été de rassembler un spectre aussi large que possible. Il fallait inclure des représentants de la diaspora congolaise, rwandaise, burundaise. Il a fallu un certain temps pour avoir un consensus sur le groupe en question.

Lorsqu’ils ont commencé à travailler, la tâche s’est avérée plus grande et plus lourde que prévue. Le travail a duré beaucoup plus longtemps. Les chercheurs devaient travailler deux jours par semaine pendant trois mois. En réalité, leur travail a presque pris un an. Il a abouti à un rapport très fourni de 689 pages. Ce sont des regards croisés sur différents aspects du passé colonial belge.

Qu’est-ce qu’il va se passer au niveau parlementaire à présent ?

C’est un rapport d’experts, donc c’est purement informatif et consultatif. Mais maintenant, les députés vont commencer à examiner le document dès le 22 novembre, en séance au parlement.

Ensuite, des conclusions vont être rendues. Est-ce qu’il y aura des excuses ? À mon avis c’est possible. Par exemple, on reconnaît qu’on a commis des erreurs. Est-ce que ça ira plus loin et qu’il y aura un débat ? Dans l’entreprise coloniale, il y a eu des crimes contre l’humanité, c’est aussi à discuter. Cela risque de susciter une forte opposition. D’autres vont demander des réparations, comme les chercheurs originaires de la diaspora.

Les excuses, la définition de ce qu’il s’est passé, les réparations, et puis surtout la définition d’une nouvelle politique à l’égard des anciennes colonies. C’est ce dont il sera question au Parlement. Ces débats pourront durer plusieurs mois. Le rapport est très dense et controversé. Il y a des positions extrêmement divergentes. C’est aussi un rapport entre les forces écologistes, socialistes et d’extrême gauche qui sont en faveur des excuses, contre les socio-chrétiens et les libéraux qui s’y opposent. Je pense que l’opinion belge dans son ensemble n’est pas encore prête politiquement à aller trop loin.

La période coloniale Belge en République Démocratique du Congo en cinq dates :

  • 1885 : le roi Léopold II devient roi de l’État indépendant du Congo
  • 1908 : naissance du Congo Belge après la cession de l’État indépendant du Congo à la Belgique
  • 1959 : émeutes pour l’indépendance à Léopoldville
  • 1960 : indépendance du Congo

Quelle forme pourraient prendre les réparations ?

Il y a un premier point qui risque de beaucoup agiter l’opposition et la diaspora, c’est la restitution des œuvres d’art qui ont été emmenées en Belgique. Dans le musée de l’Afrique à Tervuren, il y a environ 85 000 pièces d’art qui ont été amenées depuis le Congo. C’est énorme. Il est exclu de restituer l’intégralité de ces œuvres parce qu’on ne saurait pas où les stocker dans de bonnes conditions. Mais quel est le processus qui pourrait mener à une restitution de certaines d’entre elles ? Ou un partage ?

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Le ministre de la Politique scientifique en charge de cette question Thomas Dermine doit se rendre à Kinshasa cette semaine pour discuter des modalités pratiques de restitutions de certaines pièces. Le dialogue est déjà plus ou moins commencé, mais il va être entériné par la commission parlementaire. Quant à la prédation économique, elle est colossale, inestimable. Pendant la période coloniale, la Belgique a pompé les ressources du Congo, comme toutes les puissances coloniales. Comme le Congo était riche et que la Belgique était un petit pays, proportionnellement, c’est beaucoup. Il faut adopter une politique de coopération qui tienne compte de cette nécessité de réparer.

Un autre point, qui était déjà discuté il y a quinze jours lors d’un séminaire à Kinshasa, c’est comment enseigner l’histoire de la colonisation à la population belge. Après l’indépendance du Congo, on a tourné la page, ce sujet a presque été rayé des programmes scolaires. Et même dans les manuels scolaires, la colonisation figurait sous forme de propagande. On parlait de l’œuvre civilisatrice de la Belgique au Congo, de l’ouverture du pays au continent… C’était très laudatif. Maintenant, on doit réintroduire l’histoire de la colonisation dans les programmes scolaires et on doit aussi introduire ce chapitre dans l’histoire congolaise. Il faut discuter de la manière d'envisager ce passé commun, comment le transmettre aux nouvelles générations.

À mon avis, ce qui va être le plus compliqué au niveau des parlementaires, c’est de savoir s’il faut présenter des excuses, de savoir si le roi va y aller et quelles seront les réparations.

À ce niveau, la Belgique semble être à contre-courant des autres anciennes puissances coloniales européennes, comme la France et le Royaume-Uni. Comment l’expliquer ?

La Belgique a une capacité à la fois de faire comme tout le monde et d’avoir une politique coloniale, d’être extrêmement dure et répressive et de reconnaître les choses en face. La Belgique n’est pas un grand pays, n’est pas une puissance coloniale comme la France ou l’Angleterre.

Il faut savoir que le peuple belge ne soutenait pas l’entreprise coloniale. C’était l’affaire du roi et d’une certaine élite politique. La population belge s’en fichait complètement. Il a fallu tout un travail de propagande et de persuasion pendant l’époque coloniale pour que la population belge y adhère, mais à contrecœur.

Ça explique aussi pourquoi au moment de l’indépendance, la Belgique a lâché en six mois. Il n’y avait pas de majorité politique avec la volonté de se battre pour garder le Congo. Il ne faut pas oublier non plus que dans le cas du Rwanda, le Belgique a été le premier pays dont le premier ministre s’est rendu à Kigali pour présenter des excuses au nom du peuple pour avoir abandonné le Rwanda dans le génocide en 2000. Quand il est rentré, il a été félicité pratiquement à l’unanimité. Donc en Belgique, c’est possible de s’excuser. Il y a déjà eu un précédent.

Les liens entre la Belgique et le Rwanda en cinq dates :

  • 1919 : traité de Versailes, le Rwanda est attribué à la Belgique
  • 1924 : la Société des Nations confie un mandat de tutelle à la Belgique pour le Rwanda
  • 1962 : indépendance du Rwanda
  • 1994 : génocide du Rwanda
  • 2000 : le Premier ministre Belge Guy Verhofstadt demande pardon aux Rwandais

 


TV5 Monde Afrique / MCP, via mediacongo.net
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TROP C'EST TROP | 7PNROT2 - posté le 23.11.2021 à 11:30

Je pense que la RDC doit déclencher la procédure d'achat du bâtiment ou des lieux abritant ces œuvres d'arts et en faire une source des revenus. Elle paierait alors ses taxes à la Belgique. Il est hors de question de partager ces œuvres d'art et au delà, la Belgique doit indemniser la RDC à hauteur de 965 milliards de dollars américains.

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Salima | TTYVYQL - posté le 23.11.2021 à 08:47

Et de Turvuren, le domaine du musée de Turvuren, terres et bâtiments, contenus du musée et même le lieu de sépulcre des villageois congolais congolais ramenésamenés pour l'exposition universelle mort de froid, le contenu du musée, ses comptes et ses opérations etc, le tout est une propriété du Congo belge et donc du Congo. La RDC, jusqu'à preuve du contraire, peut bien garder sur les lieux ses avoirs y compris le contenu du musée qui est déjà conditionné pour le climat de ce pays. Si les belges ont des carrés miniers au Congo, rien n'empêche le Congo à avoir don domaine de Turviren en Belgique qui lui fait entrer de l'argent.

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Salima | TTYVYQL - posté le 23.11.2021 à 08:35

Les Socio-chrétiens s'opposent à présenter des excuses, dit-on ici. Ils sont sociaux, donc enclins à savoir comment vivre socialement avec les autres. Et ils sont chrétiens et ils sont supposés connaître le rite chrétiens de confession. Pourquoi se dénomment-ils Sociaux-Chrétiens alors?

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