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Épidémie de coups d’État militaires en Afrique de l’Ouest

Épidémie de coups d’État militaires en Afrique de l’Ouest 2022-01-25
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L’épidémie a fait de nouveaux dégâts en Afrique de l’Ouest. Cette fois, c’est le Burkina Faso qui est touché de plein fouet par un coup de force militaire après le Tchad, le Mali et la Guinée. Depuis août 2020, quatre régimes sont passés sous la coupe d’une junte militaire.

Ce lundi en fin de journée, des militaires sont apparus à la télévision nationale et se sont présentés comme des membres du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR), ils ont annoncé le renversement du président, la suspension de la Constitution, la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale, ainsi que la fermeture de toutes les frontières du pays. Ils ont aussi annoncé que le coup d’État s’était déroulé “sans effusion de sang et sans aucune violence physique” avant de promettre la publication “prochaine” d’un calendrier de retour à l’ordre constitutionnel”.

La lettre de Démission du président Kaboré

Le sort du président burkinabé Roch Marc Christian Kaboré, arrivé en 2015 à la tête du pays, n’était pas encore très clair lundi soir. Seule certitude corroborée par plusieurs témoignages recueillis par téléphone, des coups de feu ont été entendus lundi au petit matin aux abords du lieu de résidence du président Kaboré, dans la capitale Ouagadougou. La veille, des mutineries ont secoué les casernes dans plusieurs villes du pays. Les militaires se plaignent de ne pas être entendus et de ne pas disposer des moyens humains et matériels nécessaires pour mener leur lutte contre les forces djihadistes. “Certains hauts gradés reprochent au président son manque de leadership et d’implication face à cette menace islamiste”, nous explique un activiste de la société civile de Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du pays et son principal centre économique au croisement des routes qui relient le Mali, le Niger, la Côte d’Ivoire et le Ghana.

Le président a ensuite été emmené par des militaires. Là, la confusion est totale. Pour certains, ces militaires ont placé le président derrière les barreaux, pour d’autres, ils l’auraient exfiltré et il serait retranché dans une caserne avec son Premier ministre, le président de l’Assemblée nationale et quelques proches.

“Tentative de coup d’État”

Ce lundi en milieu de journée, sans connaître le sort du président, l’Union africaine (UA) a fermement condamné la “tentative de coup d’État”, appelant l’armée nationale et les forces de sécurité “à assurer l’intégrité physique du président Roch Marc Christian Kaboré et de son gouvernement”.

Même prise de position de l’Union européenne qui par la voix de Josep Borrell, le chef de sa diplomatie, a rappelé son attachement au respect des institutions républicaines et de l’ordre constitutionnel. L’UE appelle également les forces de sécurité et de défense à demeurer fidèles à leurs missions premières de protection de la population et de défense du territoire, en faisant valoir leurs revendications de manière non violente.

Dans ce moment d’incertitude, l’Union européenne reste attentive à l’évolution de la situation, en appelant tous les acteurs au calme et à la retenue. Elle appelle également à ce que la liberté du président Kaboré et des membres des institutions de l’État soit immédiatement rétablie.

Un espoir déçu

Le président Kaboré a été élu pour un premier mandat de 5 ans en 2015, un an après la chute de Blaise Compaoré, renversé par une révolte populaire après 27 ans de pouvoir. L’élection de M. Kaboré avait suscité de grands espoirs de développement et de changement au Burkina Faso, le “pays des hommes intègres”.

Mais c’est pratiquement à son arrivée au pouvoir que le Burkina Faso, jusqu’alors épargné, a commencé à subir les assauts de groupes djihadistes armés qui n’ont fait que s’accentuer au fil des ans.

En 2020, lorsqu’il décroche son second mandat, la situation dans le pays s’est fortement dégradée. Le Burkina Faso s’est enfoncé dans une crise sécuritaire majeure. Les attaques de groupes djihadistes sont quotidiennes et font des centaines de morts. Les rebelles contrôlent une partie du pays qui échappe désormais à l’autorité de l’État. Les forces de l’ordre semblent incapables d’enrayer cette spirale de violences. Dans ce contexte, la campagne présidentielle de 2020 a été centrée sur ce défi de la lutte contre les rebelles islamistes et Kaboré a fait de cette lutte son leitmotiv pour la campagne électorale. Mais les attaques et les massacres dans le nord se sont poursuivis, comme celui d’Inata en novembre dernier qui a fait 57 morts, dont 53 gendarmes.

Dès lors, les manifestations de colère de populations excédées par cette violence se sont multipliées pour dénoncer “l’impuissance” du pouvoir, des manifestations le plus souvent réprimées par la police.

Roch Marc Christian Kaboré, de l’ethnie majoritaire mossi, n’a pas réussi à honorer sa promesse en dépit de plusieurs changements à la tête de l’armée et du gouvernement.

Avec un regard appuyé sur le Mali voisin

Ce lundi, les ministres des Affaires étrangères des vingt-sept États de l’Union européenne avaient aussi sur leur table de travail le dossier de l’avenir de leurs relations avec le Mali, voisin du Burkina Faso, en proie aux offensives djihadistes et dont le pouvoir civil a, lui aussi, été chassé par un double coup d’État militaire. La junte au pouvoir traîne des pieds pour organiser un retour aux urnes et rétrocéder le pouvoir aux civils. Une attitude qui a poussé la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) à prendre des sanctions contre ce pays membre de leur organisation où des troupes européennes et l’opération militaire française Barkhane sont engagées aux côtés des militaires maliens contre les offensives djihadistes. Mais selon les Européens, les Américains et les Nations unies, la junte militaire malienne aurait aussi fait appel aux mercenaires du groupe Wagner face aux islamistes.

“Les décisions prises par les autorités maliennes, pour proposer une transition (politique) de quatre ans et le déploiement avéré (du groupe) Wagner ne sont pas acceptables”, a d’emblée déclaré lundi Josep Borrell, à l’issue de sa réunion avec les chefs de la diplomatie des Vingt-Sept. S’il a indiqué que le travail sur des sanctions européennes, visant des individus qui font obstacle au processus démocratique au Mali, continue, les États membres auraient cependant trouvé une sorte de préaccord pour cibler une demi-douzaine de personnes.

Au vu de la dégradation de la situation dans ce pays du Sahel, l’Union européenne s’était dotée en décembre dernier d’un cadre de sanctions spécifique afin de sévir, si la dérive persiste. Or début janvier, les militaires maliens ont proposé d’organiser des élections présidentielles en… 2026, s’attirant ainsi les foudres de la Cédéao, qui a réagi en fermant les frontières avec le Mali et en le plaçant sous embargo.

Si les Européens ont exprimé leur soutien à la Cédéao, ils s’en tiendraient donc pour l’heure à des mesures visant quelques individus, au grand dam de la France qui est fortement impliquée sur le terrain dans la lutte contre la menace djihadiste et qui plaidait pour hausser le ton. Notez qu’aucune sanction ne sera adoptée avant la réunion prévue mercredi entre Josep Borrell et les ministres des Affaires étrangères du Burkina Faso – sa présence est désormais incertaine… –, de la Mauritanie, du Niger, du Tchad et du Mali (pays du G5 Sahel). Adopter des mesures en amont, “ce ne serait pas la meilleure manière de recevoir le ministre malien”, a justifié M. Borrell, espérant obtenir de ce dernier des clarifications sur “ses intentions”.

Cependant, rien ne permet de penser qu’un changement de cap de Bamako est possible. Encore moins depuis que les paramilitaires du groupe russe Wagner ont débarqué dans le pays début janvier, sur invitation de la junte. Déjà active en Centrafrique, en Ukraine, en Syrie ou en Lybie, cette société privée – mais suspectée d’être liée au Kremlin – est ciblée par des sanctions européennes : huit personnes et trois sociétés sont visées. Cette situation rend donc la présence des Européens sur place presque intenable. Une dizaine de pays de l’UE, dont la Belgique, participent actuellement à la force Takuba, placée sous le commandement de la France pour accompagner les soldats maliens dans le combat contre les djihadistes. Pour l’heure, les Européens entendent rester au Mali, “mais pas à n’importe quel prix”, avait déclaré vendredi 14 janvier le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian à l’issue d’une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Brest. “On n’est pas en train de discuter d’un retrait de la mission. On veut peser au niveau diplomatique sur les autorités pour essayer de parvenir à une solution”, affirmait à nouveau vendredi un diplomate européen. Mais “nous évaluerons notre présence en permanence”, indiquait un autre.

Contagion

L’UE sait qu’elle ne peut se désengager de cette région et de ce combat contre les offensives islamistes qui ont sapé les fondements de jeunes États fragiles. Elle sait aussi qu’elle ne peut céder du terrain face aux réponses apportées par les groupes paramilitaires. Et cette situation qui prévaut dans l’Ouest africain n’est pas un cas isolé. Les mêmes islamistes, affiliés aux mêmes internationales du djihadisme que sont l’État islamique ou Al-Qaïda frappent aussi au Mozambique et menacent la Tanzanie, sans oublier leurs attaques dans l’est de la République démocratique du Congo.


La Libre / MCP, via mediacongo.net
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