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Consultation prénatale : la conception « tordue » des femmes du quartier Kimwenza mission (reportage)

2022-08-09
09.08.2022
2022-08-09
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Pauvreté, promiscuité, désinformation, clichés et autres fléaux du genre, sont les traits qui caractérisent en majeur partie les femmes du quartier Kimwenza mission, un bidon ville de Kinshasa situé dans la commune de Mont-Ngafula. Sur dix femmes qui y accouchent, une seule est consciente de l’importance des CPN (consultations prénatales), et se fait suivre dès les premières semaines de grossesse. Le seul centre hospitalier situé dans un rayon de 2 Km, relève au quotidien les défis de cette contrée pour arriver à réduire sensiblement le taux de mortalité maternelle. Notre reporter est allé à la rencontre de ses responsables, et aussi des femmes du coin. C’est un reportage de Djodjo Vondi.

Les difficiles conditions logistiques et environnementales

Répondant à moins de 10% des conditions viables d’une maternité, le centre médical et maternité le docteur se trouve dans une zone urbano-rurale pour une population de près de 600 habitants. Cet hospice fonctionne depuis cinq ans dans des conditions très peu viables ne lui permettant pas de fournir un service de qualité : trois chambres pour une maternité avec trois lits, une pharmacie quasi vide, à peine quatre pinces hémostatiques, deux ciseaux, deux pinces porte-aiguilles, un bassin, un seau et une seule balance pèse-bébé, un lit d’accouchement en piteux état, du courant de très faible tension, un plateau technique qui ne répond pas aux exigences médicales, un personnel réduit avec un seul Docteur, trois infirmiers, une sage-femme et un laborantin ; avec les conditions de prise en charge précaires qui ne rassurent pas. Il offre ses services pour 15.000 FC à chaque séance de consultation.

D’un autre côté, l’urbanisation sauvage cohabite avec un paysage offrant un relief avec plusieurs irrégularités du sol, rendant l’endroit difficilement accessible. Collines, plaines, plateaux et routes sablonneuses, jonchées parfois par des touffes d’herbes. Aussi, à compter, plusieurs têtes d’érosions. Pour y accéder, il faudrait passer par un ravin qui donne sur une route serpentée après multiples acrobaties. L’accès n’est possible qu’à pieds, les véhicules n’y ont pas accès. La précarité du coin donne lieu à des mentalités très peu formées, informées, et ouvertes.

Entre clichés, promiscuité et désinformations

« Je ne savais pas que j’étais enceinte jusqu’à ce que la grossesse atteigne deux mois. Nous l’avions appris au même moment avec mon copain lors d’un check-up que j’avais effectué suite à une malaria contractée. J’ai dû attendre le sixième mois pour commencer les consultations prénatales, » fait savoir Jessica Keyakama, une fille mère de 18 ans, habitante du coin. Un retard dans les consultations qui lui a d’ailleurs valu une surprise lors de l’accouchement. S’attendant à un seul bébé, elle en a plutôt eu trois, un triplé de filles dont l’une est décédée deux semaines plus tard. Elle explique qu’elle et le papa des enfants, ne trouvaient pas opportun d’être suivis dès les premières semaines de grossesse, étant donné qu’aucune anomalie ni complications ne se présentaient.

Actuellement enceinte de 7 mois, et malheureusement figée sur « l’exploit » des cinq précédentes grossesses, Chancellevie, 28 ans, explique et justifie son retard dans le suivi de sa sixième maternité. « J'ai débuté les consultations prénatales au sixième mois de la grossesse. J'ai pris du temps pour aller voir le médecin parce-que d'habitude, j'accouche sans problème. Les autres grossesses ne m’ont jamais compliqué, je suis donc habitué », se justifie-t-elle. Une fixation faite sur une expérience qui est aujourd’hui restée un modèle et une référence pour cette dernière.

Prise de peur, et à ses risques et périls, Rachel Muadi, 22 ans, avait, elle, débuté les consultations prénatales également au sixième mois. En cause, elle avait décidé de dissimuler sa grossesse et ne voulait pas que cela se sache par peur de représailles. Cinq mois durant lesquels elle a dû cacher son état dans un scénario monté de toute pièce. Une décision qu’elle dit ne plus vouloir répéter, car estime-t-elle, « c’était un véritable calvaire de vivre en cachette avec cette grossesse. »

Sensibilisation porte-à-porte

D’après Henoc Mbungu, l’un des responsables du centre hospitalier et maternité le docteur, le véritable problème dans ce coin, reste l’accès à la bonne information et à la prise de conscience. Ainsi pour briser cette mentalité, explique-t-il, le centre sensibilise régulièrement, au moins deux fois le mois, sur l’importance des consultations prénatales dans une approche de terrain, faisant du porte-à-porte. Pour plus d’impact, un des leaders communautaires y est associé. “ Nous essayons d’aider notre communauté à voir les choses autrement. Ici, la mentalité des gens est peu avancée et peu ouverte. La plupart d’entre elles ne sont pas instruites. Depuis que nous avons mis en place cette stratégie, nous connaissons plus d’afflux des femmes enceintes qui viennent se faire consulter dès le 2éme mois”, explique Bienvenue Muyombo, leader communautaire, tout en insistant sur le fait que le but poursuivi, entre autres, est de parvenir aux changements de mentalités.

Pour le second trimestre de cette année, le centre a enregistré 7 naissances au mois d’avril, dont 3 filles et 4 garçons. Pour le mois de mai, 10 naissances, dont 7 filles et 3 garçons. 15 naissances, dont 10 filles et 5 garçons, ont été enregistrées au mois de juin. 32 naissances au total pour le dernier trimestre avec un seul cas de complication. Les statistiques du centre évoquent la tranche d’âge des femmes qui accouchent fréquemment, variant entre 15 et 25 ans. En cinq ans d’existence, ce centre n’a enregistré aucun cas de décès maternel.

Les grands défis du changement de mentalités

L’un des grands problèmes de ce coin demeure l’éducation sexuelle responsable en milieu des jeunes, mais aussi la sensibilisation sur la planification familiale. Pour le Docteur Paul Tusewo, un des aspects, et très négligé dans le processus de maternité de manière générale, est la consultation pre-conceptionnelle. Elle consiste en un entretien entre les futurs parents et un médecin ou une sage-femme sur certains aspects liés à la maternité, une fois le projet de grossesse décidé par le couple. Les futurs parents reçoivent des conseils et orientations liés à la vaccination, à l’hygiène alimentaire, à la prévention de certaines pathologies héréditaires et toutes informations nécessaires à ce sujet.

Les données de 2017 de l’Organisation Mondiale de la santé montrent qu'environ 810 femmes meurent chaque jour des causes liées à la grossesse et à l'accouchement. Celles-ci auraient pu être sauvées si les consultants de suivi étaient bien respectés. La RDC a le 23ème taux de fécondité le plus élevé du monde avec 4,66 enfants par femme (2015). Le pays a le 17ème taux de mortalité maternelle le plus élevé du monde, avec 693 morts/ 100.000 naissances (en 2015). Au cours du 1er semestre 2018, les 26 DPS (Division Provinciale de Santé) ont notifié 3.656 cas de décès maternels, dont 1.314 dans les formations sanitaires (FOSA) et 2.342 dans la communauté.

Djodjo Vondi
congo-press.com (MCP) / mediacongo.net
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