Recherche
  Home Actualités Petites annonces Offres d’emploi Appels d’offres Publireportages C'est vous qui le dites Media & tendance Immobilier Recherche Contact



Infos congo - Actualités Congo - IMCongo (habillage new site)
Retour

Politique

Martin Fayulu:« le peuple continue d’être derrière moi »

2022-11-12
12.11.2022
Interviews
2022-11-12
http://www.mediacongo.net/dpics/filesmanager/actualite/2022_actu/11-novembre/07-13/martin_fayulu_afrikarabia.jpg -

Candidat à la présidentielle en 2023 en République démocratique du Congo (RDC), Martin Fayulu revient pour Afrikarabia sur les solutions qu’il envisage pour ramener la paix à l’Est du pays. Le président de l’Ecidé redoute également un report des élections et le risque d’un scrutin frauduleux, taillé sur mesure pour la réélection de Félix Tshisekedi. Martin Fayulu repart en campagne avec son meilleur atout: sa popularité

La situation sécuritaire continue de se dégrader à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) en dépit de l’état de siège instauré depuis mai 2021 en Ituri et au Nord Kivu.

Les ADF continuent leurs attaques, et les combats ont repris entre l’armée congolaise et les rebelles du M23, qui contrôlent depuis plus de 150 jours la ville de Bunagana. Quelles seraient vos mesures pour ramener la paix à l’Est du Congo ?

Martin Fayulu : La première mesure est d’équiper et de former correctement l’armée congolaise pour combattre, ce que Félix Tshisekedi n’a jamais fait après 4 années de pouvoir. 

C’est l’armée qui assure l’intégrité territoriale du pays. Dans mon programme électoral des 100 jours, j’avais annoncé que je déplacerai le camp militaire Kokolo de Kinshasa à Beni pour renforcer notre présence militaire à l’Est.

Je mettrai aussi en place des unités de surveillance des frontières dans cette région. La deuxième mesure est d’aller dénoncer à l’ONU l’attaque de notre pays par le Rwanda, mais aussi par l’Ouganda. Le Conseil de sécurité de l’ONU doit condamner ces pays et demander à ce qu’ils ramènent leurs militaires chez eux.

La troisième mesure est de demander aux Congolais de rester aux aguets pour défendre l’intégrité territoriale du pays, comme le prévoit l’article 63 de la Constitution.

Afrikarabia : Des négociations ont été engagées avec le Rwanda, sous l’égide de Luanda, mais aussi à Nairobi avec les groupes armés. Doit-on dialoguer avec le M23 ?

Martin Fayulu : Il faut continuer les négociations de Luanda, mais il ne faut pas dialoguer avec le M23. On ne dialogue pas avec une force supplétive d’un gouvernement d’un pays voisin. Il faut discuter avec ce gouvernement, avec le Rwanda, mais aussi avec l’Ouganda et le Burundi, sous médiation angolaise. Je suis d’accord avec ça. Il faut que le Rwanda et l’Ouganda disent ce qu’ils reprochent au Congo, et que nous disions ce que nous reprochons à nos voisins.

Afrikarabia : Que cherche le Rwanda selon vous ?

Martin Fayulu : Paul Kagame veut une partie du territoire congolais. Il envahit le Congo, déplace les populations, et replace des Rwandais. Paul Kagame veut également les richesses du Congo : l’or, le Coltan… Le Rwanda n’a pas d’or sur son territoire, mais possède une raffinerie et exporte de l’or congolais.

Le président ougandais, veut lui aussi tirer les avantages du commerce avec l’Ituri, et cherche à profiter des nappes pétrolifères seul. Nous reprochons à ces deux pays de nous déstabiliser pour profiter de nos ressources naturelles.

L’intégration de la RDC dans la Communauté des Etats d’Afrique de l’Est (EAC) fait également partie de cette stratégie. L’Est du Congo représente un important marché de 40 millions d’habitants très lucratif pour les pays d’Afrique de l’Est.

Afrikarabia : Vous attendez quelque chose de positif de la force régionale mise en place par la Communauté des Etats d’Afrique de l’Est pour lutter contre les groupes armés ?

Martin Fayulu : Non, je n’attends rien de cette force. On ne peut pas demander à un pyromane d’aller éteindre l’incendie qu’il a allumé. D’ailleurs, le Kenya a déclaré qu’il ne sera qu’une « force tampon ». Ils ne vont pas combattre. Il y a déjà un contingent kenyan au sein de la Monusco. Que vont-ils faire de nouveau qu’ils n’ont pas pu faire avec les casques bleus ? Nous avons besoin d’une force robuste.

Afrikarabia : La Monusco ne peut pas jouer ce rôle ?

Martin Fayulu : La mission de la Monusco a échoué et elle doit se retirer. Mais il faut créer une nouvelle mission offensive, comme en 1964, l’ONUC, une force combattante pour repousser le M23 et les soldats rwandais et ougandais. Mais nous ne pouvons rien attendre de la force régionale de l’Afrique de l’Est, dont le renseignement serait assuré par le Rwanda !

Afrikarabia : Dans ce contexte de crise sécuritaire, le président Félix Tshisekedi a renvoyé l’ambassadeur rwandais à Kinshasa et envoyé des avions de chasse contre le M23, ce sont des bonnes initiatives ?

Martin Fayulu : Le renvoi de l’ambassadeur rwandais était la première chose à faire, et je le disais depuis longtemps. Il l’a fait avec beaucoup de retard, car il doit beaucoup à Paul Kagame et Joseph Kabila, qui l’ont placé à la Présidence. Il faut aller plus loin, et déposer plainte au Conseil de sécurité des Nations unies, mais aussi devant l’Union africaine.

Afrikarabia : Que fallait-il faire d’autres selon vous ?

Martin Fayulu : Il fallait faire appel à des pays amis qui ont des armées aguerries, comme l’Angola par exemple. Il y a d’autres leviers. Les pays européens et les Etats-unis pourraient décider de suspendre l’aide financière au Rwanda et de ne plus acheter l’or ou le Coltan du Rwanda. On pourrait aussi demander au Paris Saint-Germain et à Arsenal d’arrêter leur campagne « Visit Rwanda », alors que l’on tue à l’Est du Congo.

Afrikarabia : Dans un an doivent se tenir des élections présidentielle et législatives. La Commission électorale (CENI) n’a toujours pas publié son calendrier. Etes-vous inquiet ?

Martin Fayulu : Je suis plus qu’inquiet. Le 8 mars 2021, nous avons présenté notre proposition de loi sur la CENI et le 9 avril, nous avons fait une proposition sur la loi électorale. En septembre 2022, nous avons présenté notre calendrier électoral pour aller aux élections le 22 octobre, soit 90 jours avant la fin du mandat présidentiel, et pas en décembre comme on le dit.

Nous n’avons pas été entendu et nous constatons les difficultés de la CENI à organiser les élections à temps. Son président, monsieur Kadima, a traîné les pieds et a longtemps cherché l’argent pour organiser le scrutin.

Afrikarabia : Que se passera-t-il en cas de « glissement du calendrier électoral ?

Martin Fayulu : Le 23 janvier 2024 à minuit, c’est la fin du mandat usurpé de Félix Tshisekedi. Selon la Constitution, « en cas de décès, de démission, ou de tout autre empêchement », les fonctions du président sont assurés par le président du Sénat.

Mais le président du Sénat n’est pas crédible, étant membre de l’Union sacrée de Félix Tshisekedi. Nous devons trouver la personne pour assurer cet intérim de 4 mois.

C’est pour cela que nous demandons, avant la fin de la session parlementaire du 15 décembre, que toutes les parties prenantes se mettent autour de la table pour : recomposer la Commission électorale, notamment le bureau et une partie de la plénière ; discuter du calendrier électoral ; de la sécurisation des élections à l’Est où il y a la guerre ; et enfin recomposer la Cour constitutionnelle qui est à la botte de Félix Tshisekedi.

Afrikarabia : Que faire pour être certain que ce scrutin soit transparent et crédible ?

Martin Fayulu : Les résultats doivent être proclamés et affichés bureaux de vote par bureaux de vote, contrairement aux élections de 2018. C’est pourquoi nous demandons élégamment la digitalisation des procès-verbaux.

Il faut aussi réformer le système proportionnel qui complexe et qui n’est pas compris par la population. Nous proposons également la parité entre les hommes et les femmes dans les circonscriptions à 4 sièges et plus. Même chose pour les suppléants qui sont de la même famille, mari, femme, enfants… ce n’est plus possible.

Afrikarabia : Quel rôle pour la communauté internationale dans ces élections ?

Martin Fayulu : Nous disons aux occidentaux qu’ils doivent appliquer les principes démocratiques aussi pour l’Afrique. Lorsque les chiffres d’une élection sont fabriqués, ce n’est plus possible de dire, comme Jean-Yves Le Drian : « Martin Fayulu a gagné » et quelques jours après, de « prendre acte » de la fraude électorale en reconnaissant Félix Tshisekedi comme président.

Ce n’est plus possible et c’est très dangereux. S’il y a fraude, il faudrait que la communauté internationale ne reconnaisse pas ces régimes. On ne peut pas continuer à ne pas respecter les Congolais.

Afrikarabia : Vous craignez vraiment que le scrutin soit frauduleux, comme en 2018 ?

Martin Fayulu : Félix Tshisekedi est parti pour voler la victoire du peuple. Il a commencé le 17 juillet 2020 en mettant une Cour constitutionnelle à sa main. C’est cette Cour qui proclamera les résultats définitifs.

Il a renchéri en mettant en place une CENI composée d’hommes de son camp et de débauchés qu’il a récupéré à son compte. Il a fait adopter une loi électorale qui lui est complètement favorable.

L’état de siège va également le favoriser en excluant du scrutin l’Ituri et le Nord-Kivu qui ne lui sont pas favorables. Il regarde aussi comment intégrer le Sud-Kivu dans l’état de siège pour les mêmes raisons. Le camp présidentiel cherche aussi à multiplier les candidatures pour éparpiller les voix et frauder plus facilement.

Afrikarabia : Justement, ces multiples candidatures ne sont-elles pas un handicap pour vous dans une élection présidentielle à un seul tour ?

Martin Fayulu : Joseph Kabila a instauré la présidentiel à un seul tour le 11 janvier 2011 parce qu’il avait peur de la candidature d’Etienne Tshisekedi. Il était plus facile pour lui d’organiser la tricherie. Moi, je propose de revenir à la Constitution originelle, celle de 2006, avec une élection à deux tours.

Afrikarabia : Dans ce contexte d’une multiplication des candidatures d’opposition, ne faudrait-il pas désigner un candidat unique de l’opposition ?

Martin Fayulu : Un candidat commun, oui. Nous sommes d’accord, mais est-ce que vous pensez qu’il y a plus de 3 ou 5 candidats valables dans cette élection aujourd’hui ? En 2018, il y a eu 21 candidats. J’ai eu 62%, Tshisekedi et Shadary ont eu 15 et 17%. Cela veut dire que les 18 autres candidats se partageaient 4% !

Afrikarabia : Vous pourriez nouer des alliances avant les élections avec d’autres personnalités ?

Martin Fayulu : Dans son dernier Congrès, l’Ecidé, notre parti, a décidé qu’il était d’accord pour aller aux élections avec toute personne qui regarde dans la même direction : la défense de la Constitution, la vérité des urnes, la bonne gouvernance, et le combat contre les anti-valeurs.

Afrikarabia : Vous avez rencontré l’ancien Premier ministre Matata Ponyo, le prix Nobel de la paix, Denis Mukwege. Ce sont des personnes avec qui vous pourriez travailler ?

Martin Fayulu : Le docteur Mukwege est un ami. Je le rencontre quand c’est possible et je discute avec lui régulièrement. Monsieur Matata est venu me voir pour me dire qu’il basculait dans l’opposition et je lui ai dit que les portes de Lamuka étaient ouvertes. Notre combat à tous est d’avoir des règles du jeu bien définies et acceptées par tous.

Afrikarabia : Concernant Lamuka, quid d’Adolphe Muzito ?

Martin Fayulu : Posez-lui la question. Moi, il ne m’a jamais rien dit.

Afrikarabia : Il souhaite visiblement se présenter à la présidentielle ?

Martin Fayulu : Il est libre de le faire. Il était déjà candidat en 2018.

Afrikarabia : Est-ce que vous redoutez une possible candidature de Denis Mukwege ? Il ne s’est pas encore exprimé sur la question.

Martin Fayulu : Attendons qu’il s’exprime. Il ne l’a pas fait, vous l’avez dit. Mais tout Congolais en mesure de le faire peut être candidat. Je n’empêcherais personne d’être candidat. Je suis démocrate.

Afrikarabia : Denis Mukwege ferait-il un bon président de transition en cas de report des élections de 2023 ?

Martin Fayulu : Nous avions déjà demandé la transition sans Kabila et nous pensions déjà au docteur Mukwege. Reste aujourd’hui à savoir s’il est candidat ou pas. S’il n’est pas candidat, avec sa notoriété, son sérieux et les principes qu’il défend, il a le profil idéal pour mener cette transition sans Tshisekedi.

Afrikarabia : Pour mener une campagne électorale, il faut des moyens financiers importants. N’est-ce pas votre point faible par rapport à d’autres candidats ?

Martin Fayulu : En 2018, le candidat de Joseph Kabila, Emmanuel Ramazani Shadary, avait quels moyens financiers ? S’il avait 100, je n’avais même pas 5, et pourtant j’ai gagné ! J’ai travaillé et tout ce que j’ai, c’est à la sueur de mon front. J’ai déclaré mes biens au Ministère de l’Intérieur.

Afrikarabia : Je vous pose cette question, parce qu’au Congo, on sait que certains sympathisants sont rémunérés pour venir assister aux meetings ?

Martin Fayulu : C’est bien de le dire en effet. Si on reprend l’exemple de monsieur Shadary. Combien a été dépensé et pour quel résultat ? Les gens prennent l’argent et votent ce qu’ils veulent ensuite. Mais vous avez raison, il faut de l’argent pour payer les déplacements, les billets d’avion… mais ce n’est pas le plus déterminant. Le plus important, c’est le message : construire un Congo digne, fort et prospère.

Afrikarabia : Qu’est-ce que vous avez appris depuis les élections de 2018 ?

Martin Fayulu : J’ai surtout appris à connaitre Félix Tshisekedi. Par exemple, je ne pouvais pas penser que Félix Tshisekedi puisse parler de tribus au Congo. Il est né à Kinshasa, je suis né à Kinshasa et on n’a jamais parlé de tribus. J’ai compris que ce qui compte le plus pour Félix Tshisekedi, c’est l’argent. Tout ce qu’il a fait, c’est pour jouir et prendre les deniers de la République. C’est pour cela qu’il a trahi la coalition.

Lorsque Félix Tshisekedi a déclaré le 11 novembre 2018 à Genève que « le changement s’appelle Martin Fayulu », je le croyais sincèrement ! Mais depuis, j’ai aussi appris que le peuple congolais était patriote, aimait son pays et était prêt à le défendre.

Quand je suis allé à Kisangani, à Beni, vous avez vu l’affluence. Je vois que le peuple continue d’être derrière moi. J’avais dit en 2019 que je n’étais pas le Jean-Pierre Bemba de 2006, ou le Etienne Tshisekedi de 2011. Je vais maintenir la flamme allumée. Et la flamme jusqu’aujourd’hui est allumée.

 

Propos recueillis par Christophe Rigaud
Afrikarabia / MCP , via mediacongo.net
right
Article suivant RDC: la Mission internationale d’observation électorale exige des moyens financiers pour la Ceni
left
Article précédent Nairobi III : les groupes armés adhèrent au PDDRCS et réclament la tête de son principal responsable

Les plus commentés

Politique RDC-RWANDA : après la douche froide que Félix Tshisekedi a infligée à son homologue rwandais, l’équipe de communication de Paul Kagame en débandade (Analyse)

05.12.2022, 23 commentaires

Politique Tshisekedi recadre Kagame : « c’est diabolique d’assumer le fait qu’on sème la mort et la désolation »

04.12.2022, 15 commentaires

Politique Biruta à Blinken : « le M23 ne doit pas être assimilé au Rwanda »

06.12.2022, 15 commentaires

Société Nairobi III : les groupes armés adhèrent au PDDRCS et réclament la tête de son principal responsable

06.12.2022, 10 commentaires
Infos congo - Actualités Congo - IMCongo Application - bottom - 30 août 2022

Ils nous font confiance

Infos congo - Actualités Congo - confiance