
Chroniques & Analyses
Introduction
La sous-région des Grands Lacs – composée de la République démocratique du Congo (RDC), du Rwanda et du Burundi – traverse depuis des décennies des crises sécuritaires et politiques qui freinent son développement. Pourtant, l’histoire nous rappelle qu’une coopération régionale forte est possible. Aujourd’hui, il est temps de redonner vie à la Communauté Économique des Pays des Grands Lacs (CEPGL), créée en 1976, pour bâtir une paix durable et une intégration économique solide.
Retour Historique : Une Coopération Ancienne
Sous la colonisation belge, le Congo belge et le Ruanda-Urundi formaient un ensemble administrativement intégré. L’armée coloniale, la Force Publique, couvrait tout le territoire, et les échanges humains et éducatifs étaient fréquents. À titre d’exemple, un militaire originaire de l’Équateur, en service à Cyangugu (actuelle Ruzizi), épousa une Rwandaise : elle deviendra la grand-mère de Kengo wa Dondo, ancien Premier ministre du Zaïre. Autre figure marquante : Pierre Ngendandumwe, jeune Burundais formé à l’Université Lovanium en 1960, qui deviendra Premier ministre du Burundi avant d’être assassiné en le 15 janvier 1965. Ces destins illustrent la profondeur des liens historiques entre nos peuples.
Après les indépendances, la CEPGL fut créée pour maintenir cette dynamique, avec des institutions clés comme :BDEGL, EGL, SINELAC…..
Ces structures ont permis des avancées notables, notamment dans l’énergie et la recherche agricole. Malheureusement, les crises des années 1990 (Génocide des Tutsis du Rwanda, guerres en RDC, instabilité au Burundi) ont plongé la CEPGL dans une longue léthargie.
Hommage au Prof. Romain Yakemtchouk (Lovanium/UCLouvain)
Des alumni retiennent cette idée‑force qu’il transmettait aux étudiants : « Le marché commun africain ne se fera pas d’un seul coup ; il progresse par regroupements sous‑régionaux ». Sa trajectoire et ses travaux sur Lovanium éclairent cette approche graduelle.
EAC et Conseil de l’Entente, pionnier des regroupements régionaux.
Pourquoi Relancer la CEPGL ?
Quelques chiffres clés montrent l’enjeu, Population combinée de plus de 100 millions d’habitants, Potentiel hydroélectrique de plus de 400 MW exploitables dans la filière Ruzizi, Commerce transfrontalier estimé à plus de 500 millions USD/an, mais largement informel.
La relance de la CEPGL est une nécessité stratégique pour Assurer la sécurité régionale par des mécanismes de coopération militaire et de renseignement, Stimuler le développement économique grâce à la libre circulation des biens et des personnes, Renforcer l’intégration énergétique via des projets communs comme Ruzizi III. Elle permettra aussi, ce qui est un pilier de la paix, promouvoir la recherche et l’éducation par des programmes universitaires conjoints.
S’inspirer du Panafricanisme
Les pères fondateurs de l’OUA, de Kwame Nkrumah à Muammar Kadhafi, ont rêvé d’une Afrique unie. Comme le disait Nkrumah : « L’Afrique doit s’unir ou périr ». Aujourd’hui, des initiatives comme l’Alliance des États du Sahel (AES) montrent une volonté de souveraineté face aux défis sécuritaires. Cependant, l’AES, malgré son ambition panafricaine, peine à enrayer la menace jihadiste faute de moyens et de coordination. Cette expérience nous enseigne que la CEPGL doit aller au-delà des déclarations politiques et mettre en place des mécanismes opérationnels solides.
Parallèle avec les Accords de Washington
Récemment, la RDC et le Rwanda ont signé à Washington les Accords pour la Paix et la Prospérité, accompagnés d’un cadre économique régional (REIF). Ces accords visent à consolider la paix par le développement économique concret : corridors commerciaux, énergie (dont Ruzizi III), mines, santé et transport. Comme la CEPGL, les deux initiatives misent sur l’économie comme ciment de la paix, des Projets communs prioritaires comme Ruzizi III figure dans les deux cadres, une vision panafricaine d’intégration économique et sécuritaire graduelle.
Les différences sont plus au niveau organisationnel, une est une organisation multilatérale, l’autre un accord bilatéral appuyé par des partenaires internationaux mais la vision est largement la même.
Enseignement :
Pour réussir, la CEPGL doit combiner son ambition régionale avec des engagements contraignants et des soutiens ciblés, à l’image des Accords de Washington, mais dans un cadre souverain et panafricaniste.
La mémoire des Rwagasore et Ngendandumwe, l’héritage de Lovanium et les liens familiaux à cheval sur les frontières disent une évidence : nous avons déjà vécu comme un seul espace. La relance de la CEPGL – appuyée par des projets ancrés (Ruzizi III), une mobilité facilitée et une gouvernance transparente – peut faire de la sous‑région un laboratoire panafricain crédible, complémentaire des accords bilatéraux récents.
Nos remerciements encore une fois, à Mr Charles Lututa, expert de la région des Grands-Lacs. En s’appuyant sur les faits historiques, il nous démontre la nécessité de redynamiser la CEPGL.
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