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Intégration de la communauté Congolaise de Belgique:Bertin Mampaka, Mon Parcours

Intégration de la communauté Congolaise de Belgique:Bertin Mampaka, Mon Parcours 2005-05-17
Interviews
Faisant un reportage sur l'intégration de la diaspora congolaise dans leur pays d'accueil, mediacongo.net a eu l'occasion d'interviewer M. Bertin Mampaka, Député au parlement de la Région de Bruxelles-Capitale et Echevin à la Ville de Bruxelles. Voici en exclusivité sur mediacongo.net ce qui ressort de cet entretien :




médiacongo.net (MCN): M. Mampaka, quelles sont les circonstances qui vous ont fait quitter le Congo?

Bertin Mampaka (B.M.) :
J'ai terminé mes études secondaires en 1976 ou (1977) à un moment où il existait encore le système de quota ; c'était un système d'origine coloniale qui attribuait un quota d'accès aux l'universités en fonction de la région d'origine. Et en outre, comme tout jeune que j'étais, j'avais envie de vivre ma vie et de découvrir le monde.

MCN:Quel a été votre parcours pour en arriver au poste de député et d'échevin aujourd'hui ?

B.M.
" J'aime raconter mon parcours politique, non pour m'en vanter, mais afin quelle puisse servir de modèle aux autres "

En 1979, je débarque en Belgique avec seulement $ 700 pour tout bien ! Cette réalité m'a vite mis devant mes responsabilités quant à mon avenir. Dès lors, dès mon arrivée, comme pas mal d'étudiants, je me suis mis à jobber afin de payer mes études. Tout ça pour dire que même sans argent et sans l'aide du CPAS(Centre Public d'aide Sociale) on peut s'en sortir.
Ensuite, ayant terminé avec distinction en graduat en conseiller fiscal car, malheureusement pour moi, je n'ai pas pu entreprendre des études d'ingéniorat industriel à l'ISIM (Institut Supérieur de Mons) comme souhaité ni à l'université de Mons-Hainaut puisque je n'avais pas le minimum requis (par mon diplôme d'Etat, oui déjà à l'époque !) et en plus, je n'avais pas assez d'argent pour payer le minerval demandé à l'ISIM. Donc, je me suis inscrit à l'école qui était juste en face de l'ISIM. Je ne savais pas ce que c'était au juste sinon qu'on l'appelait " école sociale " !

Après cela, vers 1986, je finis par être engagé chez British Americain Tobacco (BAT) comme responsable marketing au Congo (à Kisangani). Trois ans plus tard, j'ai été viré parce que je n'étais pas d'accord avec l'évolution de mon traitement (salarial entre autres).

Je suis rentré en Belgique et ce fut la période la plus difficile de ma vie. J'ai été obligé de travailler comme ouvrier à Forest (une commune de Bruxelles) afin de subvenir à mes besoins; et encore, j'ai dû cacher le fait que j'étais universitaire pour y travailler car partout où j'avais postulé auparavant on me répondait que j'étais trop qualifié ou que j'avais le profil mais que l'on ne pouvait me donner un poste de responsable en raison de la clientèle qui pouvait être susceptible, voire raciste.

Reprenant des cours à l'Institut Coorremans, j'ai fini par atterrir dans mon ancienne école comme professeur. Donner cours était un moyen de lutter contre la discrimination et permet d'agir pour le changement des mentalités à l'égard des noirs.

Je m'étais déjà lancé en politique (dans le PDSC de Papa Ileo, parti politique congolais) vers 1990 car je connaissais très bien Papa Boboliko - un vieil ami de mon père - qui désirait former un comité représentatif du PDSC en Belgique. J'y suis resté jusqu'au moment où l'on m'a mis à la porte par certaines personnes (que nous avions placées !) jaloux des résultats que nous avions obtenus par notre travail et notre ténacité dans la formation de ce parti. C'était en 1993. Je m'en souviens encore bien car j'ai beaucoup pleuré.

Après le PDSC, connaissant l'environnent du PSC (l'actuel CDH, parti politique belge) et par opportunisme, j'ai choisi de m'y affilier au lieu du PS (trop de lutte) voire à l'une ou l'autre des composantes de l'actuel MR qui étaient encore à la traîne pour concernant l'intégration des étrangers en politique.

C'est ainsi que pour finir - et malgré le fait qu'au début j'étais plus considéré comme un pestiféré par les gens du PSC - j'ai réussi à leur faire comprendre l'importance de la communauté congolaise dans le paysage politique belge, jusqu'à me faire élire et recevoir des postes à responsabilités.

Je revendique le mérite d'avoir amener les congolais dans la politique belge. Aujourd'hui, 7 ou 10 personnes travaillent dans des cabinets de ministres (sans compter ceux qui travaillent dans les cabinets des Secrétaires d'Etat); de même, je revendique la nomination du Secrétaire d'Etat congolais car sans ma nomination, le MR et d'autres partis n'auraient pas été incités à nominer des compatriotes d'origine congolaise.


MCN: Justement, concernant la Belgique, on entend souvent parler de la communauté juive, turque, marocaine,... pensez-vous qu'il existe aussi une communauté congolaise dans ce même sens ?

B.M.
" [...] je rêve (et je prie le bon Dieu pour cela) de voir un homme sage, crédible, respectable, qui a réussi dans sa vie et qui peut fédérer toutes ces associations qui existent à l'heure actuelle "

Je pense qu'il y a une volonté d'existence chez les Congolais (et les Africains en général), je suis persuadé qu'il y a une prise de conscience de cette communauté (je suis moi-même en train de changer mon discours à ce sujet).

Toutefois, contrairement aux juifs ou aux rwandais qui sont soudés parce qu'ils ont été victimes de génocide, les congolais, bien qu'ayant subi le traumatisme de la guerre (qui peut suscité un tel élan de solidarité ) ont plus difficile à trouver un leadership en raison de leur grande diversité : " Plus nombreux on est, plus ardue est la reconnaissance d'un organe qui rassemble le plus grand nombre "

Mais je rêve (et je prie le bon Dieu pour cela) de voir un homme sage, crédible, respectable, qui a réussi dans sa vie et qui peut fédérer toutes ces associations qui existent à l'heure actuelle sur base des affinités tribal (association des Katangais, ARKEM, ARKOR, Anamongo…) dans une fédération où l'on pourrait prendre des décisions importantes qui défendent réellement les intérêts des congolais plutôt que de se limiter à une solidarité ponctuelle et limitée où nous allons donner quelques euros pour soutenir un tel qui à perdu sa grand-mère dans je ne sais pas quel coin du pays(ce qui en soit n'est pas une mauvaise chose).

Pour y arriver il faut que les présidents de toutes ces associations se mettent en faitère c-à-d qu'ils soient des personnes altruistes qui ont la passion de faire du bien tout en s'oubliant. Pour moi c'est la seule formule possible de représentation représentative qui tiennent compte de notre géopolitique congolaise. A partir de là on pourra avoir une représentation congolaise reconnue.
Je ne suis certainement pas cet homme en raison de mon caractère bouillon mais je reste néanmoins à la disponibilité d'une telle personne.

MCN: selon vous, dans quel(s) domaine(s) le peuple congolais peut-il contribuer au développement de leur pays d'accueil(en l'occurrence la Belgique) ?


Le roi Baudoin dans son discours d'indépendance a dit : " la Belgique à donné au Congo le meilleur de ses enfants ". Il l'a fallt du temps pour comprendre cette phrase. Mais, en effet, pour être administrateur de territoire à cet époque, il fallait nécessairement être un juriste.

De même aujourd'ui, l'Occident (pas seulement la Belgique) prend le meilleur du Congo. On ne pille pas seulement les matières premières du congo ( ni de l'Afrique en général) mais ce qu'il a de plus cher: sa matière grise (ses intellectuels).
On pille sans le piller car, aujourd'hui tout intellectuel, ne peut pas vivre dans un pays aussi chaotique que le Congo. Qu'est ce que l'on fait, on se sauve tous.
Bref, un tas de personnes est contraint à l'exode !

En Belgique, le travail que nous faisons sert, non pas au congolais, mais aux concitoyens belges. Les congolais n'apportent pas que de l'exotisme; ils apportent au moins autant que les belges. Et même ceux qui travaillent encore procurent un enrichissement économique à ce pays.

En outre, notre jeunesse, notre fécondité permet d'équilibrer la pyramide d'age de ce pays. Et que dire de la joie, du bonheur offert, p. ex. lorsqu'on voit des joueurs comme Vincent Kompany ou Emile Mpenza nous donner de l'espoir dans le processus qualificatif.

C'est à la Belgique de les employer d'une manière efficace en les intégrant professionnellement.


MCN : Et vous personnellement quelle est votre contribution ?

B.M.
" je contribue à la création des richesses en Belgique par des décisions efficaces et intelligentes "

En toute modestie, je crois que de ma petite fonction de député, j'offre une vision nouvelle en matière politique; une ambition; une audace pour toute les personnes qui veulent participer à la gestion de la cité sans distinction d'origine ou de race.

En tant qu'échevin, les options que j'ai prises en matière immobilier trouveront, je l'espère, une appréciation auprès de mes concitoyens contribuant à faire de moi un bon échevin sinon un des meilleurs. Et surtout, j'espère pouvoir apporter la même chose au congolais vivant au Congo

MCN : Justement, étant député et échevin en Belgique, en quoi contribuer vous au développement du Congo ?

B.M.
" Je soigne déjà la misère des congolais d'ici "

Je m'occupe de l'accueil des congolais; de tout ceux qui viennent en Belgique sans papier, déprimés, perdus, délaissés... en leur donnant des informations, et dans la mesure du possible de l'emploi et des papiers puisqu'on a même pas de centre d'accueil (une maison culturelle congolaise) dans ce pays pour s'occuper de tels problèmes ! Parce que je sais que ces gens là, en travaillant, vont augmenter le PNB du Congo (par l'argent et autres biens qu'ils enverront au pays).

Dans ma fonction de mandataire publique, je suis persuadé que sans ma présence à ce poste, dans le cadre de coopération et de jumelage des communes, la Ville de Bruxelles aurait certainement choisi d'aller à Cotonou ou à Dakar (comme avant) au lieu de Kinshasa. On aurait pas non plus répondu à l'opération SOS Goma pour la récolte des vêtements.

Autre exemple, en matière de propreté, sans être ministre des transports ni de la propreté au Congo, nous avons pu fournir des camions balayeurs en bon état de près de $ 1.000.000 pour entretenir le centre ville de Kinshasa. Voilà ce que j'amène pour le Congo !

MCN : Avez vous un conseil à donner aux jeunes gens de la diaspora qui ont terminé ici et qui désire retourner au Congo ?

B.M.
" Si tu es dans une gare est que le train tarde à arriver, construis- toi une case, et s'il le faut marie-toi, en attendant l'arrivée du train "

J'ai moi même connu beaucoup de personnes dans cette situation et je crois que le seul conseil que je peux donner à toutes ces personnes c'est d'éviter à tout prix une situation ambiguë où ils risquent de ne rien construire de leur vie que se soit ici en Belgique ou au Congo.

Comme on dit chez nous: " Si tu es dans une gare est que le train tarde à arriver, construis- toi une case, et s'il faut marie toi, en attendant l'arrivée du train ". Donc, je les conseillerait de prendre la nationalité belge et de chercher à jouir de tous les avantages que procure cette nationalité en attendant que les choses s'améliorent au Congo.
Et puis l'expérience acquise ici sera indéniablement valorisée lorsque le moment sera venu de rebâtir le Congo; ce qui pour moi, n'est pas encore à l'ordre du jour.

Voilà j'espère que mon propre parcours politique pourra inspirer certains de mes concitoyens d'origine congolaise qui se diront pourquoi ne deviendrais-je pas aussi un député ? Je reste persuadé qu'aux prochaines élections communales il y en aura beaucoup d'autres.

Propos recueillis par Kiswaka D.


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