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Daniel Kawata, Coordinateur Général de la CONADER

Daniel Kawata, Coordinateur Général de la CONADER 2005-12-18
Interviews
Né à Kipungu (Bandundu), le 31 mai 1961, Daniel Kawata a un Master of Business and Administration (MBA) de l'Université Brunel de Londres, et il suit pour le moment une formation PhD. in Management & Biblical Studies à Trinity College& Seminary, Newsburgh, Indiana, USA. Dans sa carrière professionnelle, il a assumé successivement les fonctions de Gestionnaire de TV Service - Hôtel Intercontinental ( Kinshasa/ RDC), de directeur Représentant de " World Vision " en RDC ainsi que plusieurs fonctions de conseillers dans des cabinets ministériels et enfin de Coordinateur Général de la Commission Nationale Désarmement, Démobilisation et Réinsertion " CONADER ". Intelligent et d'une probité morale reconnue, Daniel Kawata est aussi - " avant tout " dirait quelqu'un - un fervent chrétien et a souvent été orateur principal lors de grandes campagnes d'évangélisation au Congo et à travers le monde. Après plusieurs années de guerre et une armée disparate la CONADER est une pièce maîtresse dans le processus vers la création d'une armée nationale unique et homogène. C'est donc en sa qualité de coordonnateur général de la CONADER que nous l'avons interviewé.


INTERVIEW
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mediacongo.net (MCN) : Pouvez-vous brièvement nous définir la mission de la CONADER ?

Daniel Kawata : La CONADER est la Commission Nationale de Démobilisation et de Réinsertion. Elle a pour mission de concevoir le programme de démobilisation et de réinsertion sur toute l'étendue de la République. La CONADER accompagne, non seulement le désarmement qui permet à la nouvelle Armée de récupérer toutes les armes entre les mains des anciens groupes armés, mais aussi de posséder une base de données fiables de tous ceux qui ont fait l'objet du processus et qui pourront se retrouver soit dans l'Armée ou dans la vie civile. Aujourd'hui la CONADER compte 40500 personnes démobilisés dont 16200 enfants.

MCN : Comment se déroulement en pratique le processus de démobilisation ?

Daniel Kawata : La démobilisation se passe en 5 étapes :
1ère étape : le recensement des militaires par les postes de commandement d'Etat Major général des FARDC 5Forces Armées de la RDC). À ce jour il y a126 000 militaires déjà recensés mais le recensement n'a pas encore pris fin selon l'Etat Major général des FARDC.

2ème étape : les militaires recensés sont conduits aux centres de regroupement, et là on contrôle les armes, on les reprend conjointement avec la MONUC. A ce jour, 55.000 à 65.000 soldats sont passés par les centres de regroupements.

3ème étape
: Après avoir été désarmés, ils passent dans les centres d'orientation. 10 centres sont opérationnels à ce jour et dans lesquels sont organisés quatre activités principales à savoir la sensibilisation, l'identification, la vérification ( on vérifie l'âge et les aptitudes physiques) et l'orientation( le choix entre la vie civile ou l'armée)

4ème étape
: Cette étape concerne deux types de choix :
- Pour l'armée : les militaires sont brassés et recyclés ;
- Pour la vie civile : les militaires démobilisés proposent alors de petits projets dans un domaine quelconque.
5ème étape : Pour l'armée, il y a redéploiement des militaires recyclés dans la brigade.

Pour ceux qui rendrent à la vie civile, il y a un accompagnement vers leurs provinces respectives puis nous les aidons au travers de projets de réinsertion. Dernièrement la CONADER a donné 4 millions de dollars à l'USAID pour soutenir les projets de démobilisés.

MCN : Que faites-vous des blessés de guerre parce qu'on les voit déambuler à travers les rues alors qu'ils devraient bénéficier du programme de la CONADER ?

Daniel Kawata : L'Etat major Général des FARDC voudrait que les blessés de guerre et les handicapés soient de fait démobilisés, mais il y a des éléments qui ne veulent pas être démobilisés et préfèrent rester tels quels dans l'armée.
Il convient de préciser que la démobilisation n'est obligatoire que pour les enfants (mineurs).
C'est à l'Etat major général des FARDC de nous envoyer ses blessés pour la démobilisation afin qu'ils puissent aussi jouir des avantages de la démobilisation comme les autres démobilisés.

MCN : A combien de démobilisés la CONADER s'attend pour atteindre son objectif ?

Daniel Kawata : La CONADER compte démobiliser 150 000 militaires pendant toute la durée de sa mission qui est de 3 ans mais à l'allure où vont les choses, l'on arrivera sans doute autour de 60 % de ce nombre.

MCN : Quels moyens financiers disposent la CONADER pour mener sa mission et quelle est la contribution du gouvernement ?

Daniel Kawata : La CONADER a un budget de 200 millions de dollars financés par la Banque mondiale au travers du MDRP (Multicountry Demobilization and Reinsertion Programm). Le MDRP regroupe 11 pays dont notamment la Suède, le Danemark, la Grande-Bretagne, la France, la Belgique et l'Union européenne pour ne citer que ceux-là.
Quant au Gouvernement congolais, il ne contribue en rien autrement dit, il n'a aucun apport.

MCN : Dans le programme de démobilisation, quelle est la part de responsabilité de la CONADER, de l'Etat Major Général des FARDC et de la MONUC ?

Daniel Kawata : L'Etat major Général patronne l'armée. C'est sous sa responsabilité que la nouvelle armée se forme. La MONUC c'est l'œil de la Communauté internationale ; elle garde les armes pour les restituer aux nouvelles brigades et contrôle les effectifs.
La CONADER récupère les démobilisés et assure leur suivi pendant une période déterminée.

MCN : A cause de nombreuses dérives par-ci et par-là, comment arrivez-vous à concilier la vie politique et celle d'homme d'église autrement dit de " Serviteur de Dieu "?

Daniel Kawata : Je suis laïque et je ne suis pas responsable d'une église. Pour moi prêcher à l'église, c'est la façon de communiquer ma foi. Je vis ma foi dans le milieu professionnel et ce n'est pas deux choses différentes mais c'est la même chose.
Prenez l'exemple de David ou de Daniel, ce sont des hommes de Dieu qui ont occupés des fonctions importantes dans la politique. C'est Dieu qui donne la sagesse et l'intelligence. Pour de grandes responsabilités, on a toujours besoin de lui. Beaucoup de chrétiens pensent que la vie chrétienne est incompatible avec la politique, ils se trompent.
La Politique est l'art de diriger et pour diriger, il faut avoir de la sagesse. Et c'est Dieu qui donne la sagesse. Donc je ne peux pas hésiter de travailler dans n'importe quel endroit où Dieu m'appelle. Même si le degré de péché est élevé, Dieu me délivrerait de n'importe quelle situation. Certains me proposent des choses malhonnêtes, mais comme j'ai toujours mon Dieu avec moi, je sais dire 'non' quand ce n'est pas correct. Ni les ambassadeurs, ni le Président ne peuvent m'obliger à faire ce qui est contre la volonté de Dieu. Si je suis acculé, je dirais " non " et je peux même quitter mon poste mais la tête haute.

MCN : Tout justement, en tant que " Serviteur de Dieu ", lorsque vous rencontrez ces démobilisés qui souvent ont été violés, pillés, maltraités et parfois ont tué, quel est le message que vous leur apportez ?

Daniel Kawata : j'ai toujours un discours d'encouragement et parfois je leur prêche. Je les aide en donnant mon propre exemple. Né d'une mère très jeune avant mariage, j'ai été à un moment abandonné et je suis devenu enfant de la rue. J'ai aussi perdu un bras suite à un accident alors que je n'avais que douze ans. Je leur parle de ma vie et je me mets à leur place.
Je suis bien placé pour leur prodiguer des conseils puisque je me suis retrouvé dans la même position qu'eux à un moment de ma vie.

MCN : Vous êtes souvent en déplacement, quel est le motif de ces voyages à l'étranger ?
Daniel Kawata : C'est pour des raisons de service.

MCN: Actuellement dans le pays, les postes sont très politisés du fait de la forme de composantes et entités du pouvoir. A quelle composante appartenez-vous ?

Daniel Kawata : Pour la CONADER, on ne voulait pas qu'elle soit sous contrôle d'une composante au regard de sa mission. C'est une institution neutre comme la CEI. Elle n'appartient à aucune composante.

MCN : La population a été appelée à se prononcer par référendum sur le projet de constitution, quelle est votre position par rapport au projet de constitution ?

Daniel Kawata : Je souhaiterais que les congolais votent " oui " malgré certaines imperfections. Les institutions à venir pourront corriger les failles ou les amender.
Les gens ont dit " non " au schéma " 1+4 " mais ce schéma a quand même été choisi. Votons ''OUI' pour au moins en sortir et passer à une autre étape. C'est une porte vers les élections.



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