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Lieutenant-colonel Thierry FUSALBA : l’EUFOR n’est pas là pour empêcher une contestation des résultats des urnes

Lieutenant-colonel Thierry FUSALBA : l’EUFOR n’est pas là pour empêcher une contestation des résultats des urnes 2006-08-16
Interviews
Dans une interview exclusive accordée à mediacongo.net, le lieutenant-colonel Thierry Fusalba, porte-parole de la Force de l'Union Européenne au Congo (EUFOR) présente la mission,le mandat et la structure de l'EUFOR. Profitant de l'occasion mediacongo.net a relayé les questions que la population congolaise se pose quant à la neutralité de l'EUFOR dans le processus électoral en cours ainsi que son implication dans la vie sociale.

Pouvez-vous nous résumer la mission et le mandat de l'EUFOR en RDC et quand s'achèvera t-elle ?

La mission de l'EUFOR en RDC est de contribuer à la sécurisation du processus électoral en soutien de la MONUC et en liaison avec les autorités de la RDC.
Cette mission se traduit concrètement par la capacité de l'EUFOR à mener des actions militaires en différents coins du territoire pour contrer d'éventuelles perturbations du processus électoral.
Cette mission qui est définie dans un mandat des Nations Unies en la résolution 1671 précise que la durée du mandat sera de 4 mois à l'issue du 1er tour des élections, c'est-à-dire c'était le 30 juillet, donc le mandat de l'EUFOR est prévu de s'achever le 30 novembre 2006.

Quels sont les moyens humains et matériels mis en œuvre, parce qu'on dit que l'EUFOR est constitué de 21 pays ?

D'abord un petit mot sur l'articulation de l'EUFOR. L'EUFOR est articulé en 3 échelons :

- Un échelon qui se trouve ici à Kinshasa appelé échelon avancé et qui est installé à N'Djili et Ndolo. Cet échelon comprend le Quartier Général avec tous les moyens de commandement et une compagnie espagnole d'intervention immédiate, une compagnie polonaise chargée de protéger le site de N'Djili et N'dolo, des hélicoptères allemands, de gros hélicoptères de transport et tous les soutiens à la logistique nécessaire.
- le deuxième échelon est basé à Libreville au Gabon où il est en alerte. Il est composé de deux bataillons d'infanterie. Un bataillon de parachutistes français et un bataillon germano-néerlandais. Cela fait environ 1400 soldats prêts à intervenir partout en RDC.
- Enfin,le troisième échelon est constitué d'un bataillon de réserve stratégique, positionné en Europe, en alerte. Ce bataillon serait engagé en cas de crise très grave.

Avait-on besoin d'une force supplémentaire ? Ne pouvait-on pas renforcer la MONUC déjà sur place ?

La MONUC a déjà 17.000 soldats qui sont déployés en RDC, qui fonctionne sur la base des Nations contributrices, comme c'est en train de se faire pour le Liban. L'ONU dit par exemple qu'on a besoin d'une force de 15 000 hommes pour une mission et les pays disent ce qu'ils peuvent donner (50,1 000 ou 2 000,…hommes). Et là en l'occurrence, il semblerait que la MONUC ne pouvait pas augmenter ses effectifs. C'est ainsi que la MONUC a demandé le concours de l'EUFOR, c-à-d spécifiquement ce sont les Nations Unies qui ont demandé à l'Union Européenne de mettre sur pied une force pour la durée du processus électoral. Donc nous n'intervenons pas à la place de la MONUC, ni en complément de la MONUC, mais nous interviendrions en soutien de la MONUC.


Le financement de l'opération étant intégralement assuré par les Etats membres de l'Union Européenne (par un fonds dédié aux opérations militaires) Existe-t-il une contrepartie congolaise ? (si aucune, quelle est donc la motivation de l'Union Européenne dans cette opération ?)

Non. En effet, le financement de l'opération est assuré intégralement par les Etats membres de l'Union Européenne par des fonds dédiés aux opérations militaires. Cette opération ne coûte pas un centime à la RDC. Non seulement elle ne coûte rien au peuple Congolais, mais en plus elle lui rapporte indirectement ; par exemple, sur le site de Ndolo, il y a 60 contrats qui ont été passés avec les sociétés congolaises. Il y a 2 000 000 de dollars qui ont été investis par l'EUFOR : au niveau de Kinshasa ça va de l'entretien à la construction en passant par les conducteurs de véhicules. On emploie environ 200 personnes actuellement. Tout cela ne coûte rien au peuple congolais. Mais en plus, l'EUFOR investit dans l'économie congolaise.


L'EUFOR a entre autres comme mission d'eviter une mauvaise réaction des perdants''. Mais où est donc la place laissée à une contestation populaire qui est l'essence même de l'expression démocratique ? Cette mission ne justifie-t-elle pas le sentiment populaire kinois que l'EUFOR est là pour soutenir certains choix politiques de l'occident ?

C'est le cœur du sujet, car énormément de choses sont dites et qui sont fausses ; sans doute, on s'est mal exprimé ou on a été mal compris. L'EUFOR n'est pas là pour empêcher une contestation des résultats ; il est bien évident que le fait de contester des résultats avec lesquels on n'est pas d'accord est un droit de chacun. L'EUFOR est là dans le cas où ces contestations ne suivraient pas une voie légale, où certains seraient tentés d'utiliser la violence, et pour nous la violence, c'est le cas d'extrême violence, où ni la police, ni les Forces Armées de la RDC(FARDC), ni la MONUC n'arriverait à maintenir l'ordre.

Mais nous n'interviendrons qu'au cas où la MONUC demanderait l'aide de l'EUFOR et nous ne pouvons intervenir qu'au 4ème rideau après la Police nationale, les Forces Armées de la RDC, la MONUC. L'EUFOR n'est pas là pour mâter les manifestants. Ce n'est pas notre mission, nous n'interviendrons qu'au 4ème rideau après la police, les Forces Armées de la RDC et la MONUC, sur demande de la MONUC et contre les actes de gravité et d'une extrême violence. Vous avez vu notre armement, ce n'est pas de nature à maintenir l'ordre dans la foule.


Comme nous le montre l'actualité de la semaine, la présence de différents groupes armés à l'Est du pays et dans l'Ituri constitue une vraie menace au processus électoral. L'EUFOR ne pourrait-elle pas justement se déployer à l'Est afin d'aider la MONUC et les FARDC d'éradiquer cette menace ?


Ce n'est pas notre mission parce que la MONUC ne nous l'a pas demandé. Lorsque l'Union Européenne a été sollicitée pour intervenir en RDC, la MONUC a dit :
" J'ai dans l'Est du pays 15.000 soldats qui y sont déployés, donc je n'ai pas besoin de l'intervention de l'EUFOR dans cette zone-là ; je préfère que vous soyez en alerte pour intervenir dans les zones où j'ai moins de personnes ". Donc, s'il était décidé d'engager l'EUFOR dans l'Est du pays, ça ferait partie d'une autre résolution et ce serait une autre mission. Donc nous ne pouvons pas décider d'intervenir nous-mêmes. C'est très important, et il faut le dire aux gens, même si l'EUFOR avait envie d'intervenir, tant qu'elle ne sera pas sollicitée par la MONUC, elle ne pourra pas intervenir. C'est ça les termes du mandat.

Donc l'EUFOR ne pourra jamais intervenir à la demande de l'Etat Congolais ?

Bien sûr que non. L'EUFOR n'est pas au service ni d'un parti, ni d'un candidat, ni d'un gouvernement. L'EUFOR est une force neutre, impartiale qui a été mise au point par l'Union Européenne pour soutenir la MONUC. Vraiment, nous soutenons la MONUC, c'est-à-dire, encore une fois si les trois acteurs que j'ai cité : la Police, les Forces Armées de la RDC, la MONUC n'arrivent pas à maintenir l'ordre, c'est-à-dire, que plusieurs échelons engagés, c'est que l'engagement de la violence aura atteint un niveau qui nous demande d'intervenir et nous interviendrons.

Il y a quelques jours, l'organisation Internationale de défense des droits de l'homme HRW (Human Rights Watch) a demandé au gouvernement congolais de prendre toutes les dispositions pour arrêter le général dissident Laurent Nkunda. Quelle serait la réponse de l'EUFOR si le gouvernement congolais demandait l'aide pour cette mission ?

Dans notre mandat, nous ne pouvons pas intervenir nous-mêmes ou sur demande d'un gouvernement, seulement si c'est la demande de la MONUC.


Pourquoi avoir choisi Kananga pour le premier déploiement en dehors de la capitale ? Y avait-il une menace particulière ? D'autres déploiements à l'intérieur du pays sont-ils prévus ?

D'abord, pourquoi avoir été en dehors de Kinshasa ? Nous avions prévu dès l'arrivée, l'exercice en dehors de Kinshasa pour deux raisons :
- d'abord pour nous faire connaître à la population en dehors de Kinshasa, et on doit savoir que l'EUFOR n'est pas une force qui est faite seulement pour intervenir dans la capitale. C'est souvent un reproche qu'on nous fait : " D'ailleurs, que vous, vous êtes seulement dans la capitale, vous n'allez jamais ailleurs ;
- deuxièmement, il fallait être visible en dehors de Kinshasa, on devait porter la bonne parole en dehors de Kinshasa, et il fallait également tester nos capacités de déploiement dans le cas d'exercices, si un jour on devait intervenir, on ne pourrait pas avoir des problèmes.
On a étudié un peu toutes nos zones et schématiquement le Bas-Congo, l'Equateur, c'était trop près pour une projection depuis Libreville. Le Katanga avait nécessité l'engagement des moyens trop importants, cela nous a coûté trop cher, et le Kasaï se trouvait être au mieux du dispositif. C'est vrai que la situation s'y prêtait et aussi la situation était calme. On a estimé que ça ne serait pas une provocation d'aller dans cette zone-là sous réserve qu'on prenne la peine d'expliquer aux gens que c'était un exercice et qu'on ne resterait que quelques jours, et qu'on ne venait pas là pour intimider les gens. Nous sommes allés sur place, nous avons expliqué aux gens, le Général lui-même a parlé et on ne les a pas peut-être convaincus mais, en tout état de cause, beaucoup de gens ont compris que l'EUFOR n'était pas une force d'occupation et ils ont même été très surpris quand nous sommes repartis."

De toutes les façons, où que nous aurions commencé, on nous aurait posé la question : " Pourquoi ici, pourquoi là-bas ". On a fait un choix sur Kananga et on en est satisfait, le message est passé. Dans l'avenir, on va certainement renouveler l'expérience ailleurs.

En attendant une éventuelle intervention, quel est le quotidien des troupes basées à Kinshasa (et Kananga) ?

A Kananga, il n'y a plus de troupes. Et à Kinshasa, l'Etat-Major travaille sur ce qu'on appelle " Le plan d'intervention ". Ce plan consiste à suivre la situation, à mener des opérations de renseignements (des avions et hélicoptères qui survolent) et aller devant la population et lui expliquer. Quant aux troupes qui sont au Gabon, elles s'entraînent tous les jours pour être prêtes. Mais présentement, nous sommes dans une démarche d'explication, on essaie d'aller vers la population, de contacter les leaders politiques, de rencontrer les prescripteurs d'opinions.

Y a - t- il dans votre plan, un volet social pour cette population meurtrie par plusieurs années de guerre ? Si oui, pourriez-vous nous en énumérer quelques - uns ?

On fait des actions similaires, mais on est un tout petit peu coincés par deux choses :
- la première, c'est qu'il n'y avait pas un budget dédié aux actions civilo-militaires, on a été obligé de le demander à Bruxelles, qui d'ailleurs nous l'a accordé ;
- deuxièmement, on est pris par le temps parce qu'on ne reste que quatre mois. Si on engageait de grands chantiers, ça prendrait énormément de temps. Nous faisons donc ce qu'on appelle le QIP(Quick Impact Poject), projet à réalisations immédiates, qui se matérialise par des actions dans différentes écoles, donner l'immobilier, distribution des vêtements, distribution des médicaments à Kananga notamment ; Nous menons de petites actions comme ça pour essayer de soulager la population qui vit dans une pauvreté extrême.

Que prévoit l'Union Européenne pour la continuité de la coopération avec la RDC après le 30 novembre ?

Je ne suis pas en mesure de répondre, et vous savez qu'à partir du 30 novembre, l'EUFOR est prévu de rentrer, ce qui veut dire que si on veut garder l'EUFOR, il faudrait un nouveau mandat des Nations Unies. L'EUFOR est le volet militaire de l'intervention de l'Union Européenne qui a investi dans le processus électoral, et reste l'EUPOL, EUSEC.

Il ne faut pas croire que le désengagement de l'EUFOR est le départ de l'Union Européenne, c'est juste le départ d'un volet militaire de l'Union Européenne. L'Europe soutiendra toujours la RDC, car la stabilité de l'Afrique dépend de celle de la RDC. Et la stabilité de l'Afrique est sérieusement prise en compte par l'Europe, car avec la mondialisation il y a des implications économiques et donc un impact sur la stabilité de l'Europe.

Parlons parité y a - t - il des femmes dans la mission EUFOR en RDC ? jouissent - elles d'un statut spécial ou partagent - elles les mêmes conditions de vie que leurs collègues masculins dans le camp ou sur le terrain ?

Il y en a mais pas beaucoup. La mixité dans les armées en Europe, notamment en France est un phénomène récent. Les femmes sont de plus en plus attirées vers l'armée, mais elles perçoivent la vie différemment, elles ont toutes le désir de fonder une famille.
Les femmes jouissent du même statut que leurs homologues masculins, par exemple pour ce qui concerne la rémunération, la promotion, des avantages divers. Mais, toutefois, il y a quelques aménagements dans les commodités sur le terrain, les femmes logent dans des chambres à part, ont des sanitaires à part. Par contre, pour l'unité étrangère espagnole, les femmes et les hommes logent dans les mêmes tentes.

 




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