mediacongo.net - Publireportage - Eric des Pallières : " Je garderai des Congolais et des Congolaises l'image d'un peuple qui a donné une leçon de civisme à ses dirigeants "



Retour PUBLIREPORTAGE : Interviews

Eric des Pallières : " Je garderai des Congolais et des Congolaises l'image d'un peuple qui a donné une leçon de civisme à ses dirigeants "

Eric des Pallières : " Je garderai des Congolais et des Congolaises l'image d'un peuple qui a donné une leçon de civisme à ses dirigeants " 2006-11-15
Interviews

A l'issue du scrutin crucial du 29 octobre dernier, Eric des Pallières, Adjoint du chef de la Mission d'observation électorale de l'Union européenne(MOE) en RDC, décrit la composition et l'action de la MOE. Par la même occasion, E. des Pallières livre à mediacongo.net ses impressions quant au déroulement du processus électoral.

Eric des Pallières, vous êtes l'adjoint de Philippe Morillon, chef de la Mission d'observation électorale de l'Union européenne(MOE). Précisez-nous exactement le rôle de la MOE ?

Nous sommes ici à l'invitation de la Commission électorale indépendante. Compte tenu de l'importance de ces premières consultations pluralistes en République démocratique du Congo depuis plus de quarante ans, la Commission européenne a décidé, en concertation avec ses Etats membres, de déployer une mission d'observation électorale pour observer les élections présidentielle, législatives et provinciales. Près de 300 observateurs venant des 25 pays membres de l'UE, mais aussi de Norvège, Suisse et Canada, ont été déployés à travers les 11 provinces du pays pour observer le déroulement des scrutins bien sûr, mais aussi pour évaluer de manière objective et documentée l'ensemble du processus électoral, de l'enregistrement des électeurs à l'établissement des résultats, en passant par les préparatifs techniques, la campagne électorale, le comportement des médias, etc. La Mission d'observation électorale suit donc l'ensemble du processus jusqu'à son terme et ne s'achève qu'avec la publication d'un rapport final détaillé comprenant nos conclusions et nos recommandations.

Quelle est la durée de cette mission au Congo ?

Pour le référendum constitutionnel de décembre 2005, nous avions déployé une première Mission de dimension plus réduite dès le début du mois de novembre... L'actuelle Mission d'observation des élections présidentielle, législatives et provinciales est présente au Congo depuis le 9 juin dernier et les équipes d'observateurs de long terme sont restées dans le pays jusqu'à la fin de la compilation des résultats des législatives. Entre les deux tours de l'élection présidentielle, nous avons maintenu une présence à Kinshasa tandis que près de 300 observateurs revenaient au Congo dans le courant du mois d'octobre. Ainsi, nos observateurs de long terme ont-ils rejoint leur lieu d'affectation, dès le 10 octobre pour rester en place jusqu'à la proclamation des résultats provisoires par la Commission électorale indépendante (CEI). La présence d'observateurs internationaux impartiaux, comme celle des témoins des candidats, dans les Centres locaux de Compilation des résultats (CLCR) durant toute la phase d'établissement des résultats constitue évidemment un élément essentiel de transparence. Quant à la publication des résultats, de façon décomposée par bureau de vote, elle est indispensable à l'intégrité comptable des résultats nationaux et par circonscription.

Quelle est la composition de votre équipe et quel est le budget alloué à la Mission ?

Les 300 observateurs dont une centaine de long terme sont encadrés par une équipe d'une quinzaine de personnes installée à Kinshasa. Cette équipe cadre est composée d'analystes dans les domaines électoraux, politiques, juridiques et des médias, elle gère également la logistique et donc le déploiement sécurisé de nos observateurs dans l'ensemble de ce pays- continent. Comme vous le savez, la plupart des déplacements de Kinshasa vers l'intérieur du pays ne peuvent s'effectuer qu'en avion. L'équipe cadre coordonne tous les observateurs et mène des contacts permanents avec l'ensemble des acteurs du processus électoral, la Commission électorale indépendante, la HAM, les partis politiques et les candidats, les réseaux d'observation nationale et internationale. Elle gère, par ailleurs, quelque douze analystes congolais qui assurent le monitoring des médias durant tout le processus électoral. Enfin, l'équipe cadre entretient des relations régulières avec les journalistes, les partis politiques, la société civile et le public. Le budget alloué à l'ensemble de la Mission est d'environ 6,8 millions d'euros.

Quelle méthodologie avez-vous mis en place ?

Cela fait une bonne dizaine d'années que l'UE déploie des Missions d'observation électorale comme celle-ci non seulement en Afrique, en Asie, mais aussi au Moyen Orient ou en Amérique latine et leur méthodologie est maintenant éprouvée. Toutes les MOE UE opèrent conformément à la Déclaration de principes pour l'observation internationale d'élections et au Code de conduite à l'usage des observateurs électoraux internationaux. Elles disposent de critères objectifs pour effectuer une évaluation documentée du processus électoral selon les standards internationaux auxquels la République démocratique du Congo a adhéré. J'ajoute que cette Mission en RDC est la plus importante jamais déployée par l'Union européenne.

Quel est, selon vous, le sentiment de la population envers la MOE ?

Pratiquement, cela fait un an que nous sommes ici. Un an de rencontres avec les responsables politiques, les médias, les responsables des partis, la société civile, … Un an de présences sur le terrain autour du processus électoral ne passe évidemment pas inaperçu. Dans la mesure où nous contribuons à légitimer le processus électoral et à dissuader la fraude, nous pensons que nous renforçons la confiance du public dans ce processus et dans le travail que nous accomplissons.

Pourquoi l'Union européenne a-t-elle choisi le Congo comme partenaire privilégié, notamment en finançant, en grande partie, l'organisation des élections en RDC ?
C'est aux représentants de l'Union européenne qu'il faudrait poser la question. Nous ne sommes qu'observateurs… Comme Mission d'observation électorale de l'Union européenne au Congo, nous sommes en effet totalement indépendants des instances européennes et, entre autres, de la Délégation de la Commission européenne ici. Nous sommes évidemment fiers de travailler sous la bannière européenne, mais, j'insiste, comme observateurs électoraux, nous avons un mandat très particulier et nous agissons en toute indépendance. Nos rapports ne sont dictés que par nos observateurs, par ce qu'ils ont vu, analysé et évalué sur le terrain. Finalement, nous ne devons rendre des comptes qu'aux seuls Congolais et Congolaises. Oui, nous sommes redevables vis-à-vis de la population de la RDC. C'est tout.

Si vous deviez qualifier, en quelques mots, le déroulement des scrutins du 29 octobre, que diriez-vous ?

Avec l'aide de ses partenaires internationaux, comme le Projet d'appui au processus électoral au Congo ou la Division électorale de la Monuc, la Commission électorale indépendante (CEI) a montré sa capacité à organiser des scrutins particulièrement complexes dans un pays immense mais pauvre en infrastructures. Par rapport aux élections du 30 juillet, la CEI a consenti de solides efforts pour améliorer et clarifier ses procédures. Et, en dépit des affrontements du mois d'août et d'un climat délétère, elle a gardé le cap du 29 octobre pour le deuxième tour et les provinciales. Cependant, nos observateurs ont pointé plusieurs lacunes ou manquements, dus notamment à la publication tardive de certaines procédures qui n'ont pas pu être appliquées. Nos observateurs ont notamment pointé une utilisation intempestive des listes d'omis, listes électorales spéciales et registres de dérogation pour des électeurs non admis à voter.
La MOE UE devra aussi évaluer l'incidence sur les scrutins de l'assistance fréquente des témoins aux électeurs analphabètes ou handicapés. Quant aux grands médias audiovisuels, ils sont loin d'avoir assuré une couverture équilibrée de la campagne, certains se plaçant même au service exclusif d'un candidat ou relayant des messages de haine et d'incitation à la violence. La MOE UE a aussi pointé le rôle de la RTNC qui a violé son obligation d'égalité d'accès des candidats à l'antenne, au seul profit du président sortant. Et si, durant la campagne, la Haute Autorité des Médias (HAM) a fait preuve d'une grande fermeté vis-à-vis des chaînes privées, elle s'est montrée plus timorée à l'égard de la RTNC.

En marge de votre mission d'observation électorale, quelle image gardez-vous du Congo et de sa population ?

Une image d'enthousiasme et de détermination. Oui, je garderai l'image d'une population qui a donné une solide leçon de civisme à ses dirigeants et témoigné au monde de sa volonté d'entrer démocratiquement dans une ère de paix et de stabilité. J'ai été impressionné par la mobilisation dans tous les bureaux de vote de très nombreux témoins des partis politiques et par le nombre d'observateurs nationaux. J'espère désormais que les dirigeants se montreront à la hauteur des attentes de la population congolaise en adoptant, à l'égard de leurs adversaires politiques, des comportements de respect mutuel.

 


Eric des Pallières dans son bureau à Kinshasa


Eric des Pallières dans son bureau à Kinshasa


right
ARTICLE SUIVANT : Interview de Ben Kruger et Sim Tshabalala, CEO du Groupe Standard Bank
left
ARTICLE Précédent : Des réformes à l’Académie des Beaux Arts : Patrick Missassi se donne comme mission principale de redorer le blason terni de cette institution