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Thierry Michel : un regard d’historien sur les événements présents

Thierry Michel : un regard d’historien sur les événements présents 2008-03-26
Interviews
Lors de son récent séjour à Lubumbashi(Katanga), Thierry Michel, réalisateur belge bien connu de la communauté congolaise à travers ses œuvres telles que "Zaïre, le cycle du serpent (1992) ", " les Derniers Colons/ Nostalgie post-coloniale (1995) ", " Mobutu, roi du Zaïre(1999) " et " Congo River, au-delà des ténèbres(2005) ", a accordé une interview à mediacongo.net. Thierry Michel porte un regard d'historien sur les évènements qu'il filme. Ce qui l'intéresse, c'est de sentir l'Histoire qui s'écrit, les forces en présence…

MCN : Thierry Michel bonjour, et merci de prendre la peine pour ce bref entretien…
Au regard de tous vos films, documentaires sur le Congo (ou Zaïre à l'époque) est-ce que l'on ne peut pas dire de vous que vous êtes Le Véritable " Tintin au Congo " ou du moins sa représentation en chair et en os ?

Rire… Non, je pense que Tintin c'était un imaginaire d'une autre époque avec un certain exotisme sur l'Afrique et une apologie sur les bienfaits du colonialisme en arrière-plan. Moi je suis plutôt à l'écoute des congolais en ce que je m'efforce de leur donner la parole et de découvrir la géopolitique ; les interactions sociales ; l'histoire fascinant de ce peuple. Je suis un témoin privilégier de la manière dont évolue ce pays avec néanmoins sa misère toujours présente. Et puis, si vous vous referez à ma filmographie, vous conviendrez qu'il n'y a pas qu'au Congo que je tourne ou pour lequel je fais des films. Mais bon il y a quand même un engouement pour ce pays.

MCN : Qu'est ce qui explique justement cet engouement pour notre pays ?

Je suis passionné par tout ce qui s'y déroule depuis les années 1990. Je suis un chroniqueur privilégié de tous ces événements qui ont bouleversé et qui se sont déroulé au Congo-Zaïre. J'essaie de capter les changements qui s'y sont effectué depuis la chute du mobutisme et l'avènement de la démocratie,… il y a eu tellement d'événements qui en font un sujet de reportage intéressant. J'en suis un témoin privilégié.
Le Congo est une grande nation africaine malgré ses souffrances et ses luttes incessantes. Je voulais donc encore une fois avoir le privilège de raconter sa grande histoire (sans compter les histoires individuelles).

MCN : Comment doit-on interpréter vos films : s'agit-il de documentaires ou de films (historiques, sociologiques) ?

C'est beaucoup plus de la tragédie ! Comparé au cinéaste qui est quelqu'un qui tourne des fictions, moi je suis documentariste. Je me dois de rendre témoignage de ce que je vois et pour cela je dois être à la fois historien, sociologue, psychologue, politologue,… Mais bon, je n'utilise pas non plus les méthodes de la science - ce n'est pas tout à fait un travail scientifique que je fais. J'essaie plutôt de vulgariser ce que je vois : connaître le monde et faire connaître le monde qui m'entoure. C'est un œil d'étranger sur un monde extérieur. Pourquoi ? Simplement parce que par exemple le regard q'un étranger peut porter sur l'absurdité de la politique belge sera un meilleur regard ; il sera un meilleur arbitre. De même qu'un belge comme moi sur la vie des congolais. Du moins je l'espère, c'est ce que je crois.

Cependant, je ne néglige pas l'apport des autochtones dans la réalisation de mes films. J'essaie toujours de les faire collaborer pour le fond (c'est surtout le domaine de la haute technologique, du mixage, etc. qui demeure encore confier à des occidentaux). Par Exemple dans " Congo River ", les paroles ont été écrites par l'écrivain Yoka et les paroles des chansons par à un autre congolais.

MCN : Après avoir remonté le fleuve Congo, de sa source à son embouchure, quel regard d' " étranger " portez-vous sur le Congo et les congolais ? Avez-vous pu y déceler de grandes différences ?

Le Congo c'est comme l'Europe, c'est un continent largement mythologique, il n'y a pas de langue unique ; les structures sociales sont différentes d'une partie à l'autre du pays (patriarcales pour certaines régions et matriarcales dans d'autres coins).

Néanmoins il y a des valeurs ici que l'on ne trouve pas en Europe : une grande qualité à la survie pour conjurer le malheur, cette force interne face aux tragédies, ce grand sens de la débrouille où que vous alliez, cette joie de vivre et ce sens de l'humour basé sur la dérision de soi identique aux belges - à ce demander qui a contaminé qui ?

Mais à coté de tout cela en retrouve aussi des anti-valeurs communes, il y a tout d'abord cette histoire commune de tous ces grands rendez-vous manqués par des tiraillements sans fins et puis cet esprit de dépendance. Mais, quand on sait le paternalisme excessif dont faisaient preuve les colons, notamment dans le but de créer des êtres dominés " bons que pour servir ", et que cela a continué sous le régime de Mobutu, on comprend que les gens deviennent dépendants. Malheureusement, bien que plein de force et de volonté c'est dommage seulement qu'il [le congolais] soit si attentiste.

MCN : vous qui arpentez les allées du pouvoir comme les taudis des bidonvilles et autres lieux caractéristiques, comment vivez vous ce fossé ? Vous arrive-t-il d'être pris à partie dans le jeu du pouvoir ou de jouer au porte-parole pour les autres ?

Effectivement, il existe un fossé entre la classe politique et les citoyens. Toutefois, par mon métier je me dois d'être à l'aise dans tous les milieux sans pour autant être le porte-parole des uns ou des autres. Mon travail consiste à décrire la société, le milieu social, où je me trouve. Quand je me suis rendu dans les églises de réveil ou lorsque j'ai rencontré les rebelles maï - maï du Maniema, c'était le milieu social que je tentais de décrypter. Lorsque j'ai eu affaire à la haute société du pouvoir comme dans " Mobutu Roi du Zaïre ", ce n'était pas en tant qu'intermédiaire du peuple que j'ai fait ce film, ce qui m'intéressait dans cette réalisation c'était de décrire l'arrogance du pouvoir (en général et pas seulement au Congo); ça vanité ; une parabole sur l'ivresse du pouvoir et sa chute…un vrai drame shakespearien que ce destin raté !

MCN : Et qu'est ce qui vous ramène une fois de plus au Congo ?

Je suis ici car je désire encore porter un regard sur l'évolution - mais aussi sur les malheurs et tragédies encore présents - de l'histoire qui se déroule au Congo. Je suis en train de faire un film sur la riche Province du Katanga et de son industrie minière.

Il faut savoir que depuis toujours, l'histoire du Congo et sa colonisation est liée à cette province. Comme nous l'a rappelé M. Fortin (NDLR le PDG de la Gécamines), dès 1813 on produisait déjà du cuivre pur dans les hauts fourneaux de Union Minière du Haut Katanga (l'UMHK), alors que la colonisation par l'Etat belge venait à peine de débuter ; en 1908 plus précisément. Cela démontre à souhait le rôle joué par la province du Katanga durant la 1er révolution industrielle du Congo et son développement.

Aujourd'hui on se rend compte qu'il y a de nouveau quelque chose qui se passe au Katanga, il y a comme des convulsions dans cette province minière. On assiste à une sorte de 2ème révolution industrielle après l'effondrement de la Gécamines ; l'ancienne Union Minière. C'est cette résurrection tant politique, avec la mise en place des institutions provinciales dont le nouveau gouvernement ; qu'économique où il y a tout ces millions et millions de capitaux investis ; que sociale comme récemment à la Chemaf où les employés se plaignaient et ont manifesté au sujet de leurs conditions de travail, c'est de tout ça que je désire être témoin et rendre témoignage.

MCN : Apres l'avoir tellement observé et décortiqué sur toutes ses multiples facettes (au travers de la caméra et personnellement) quel œil portez vous sur le Congo et son avenir ?

En tant que réalisateur, je dirais que comme je fais des formations professionnelles ici, j'espère pouvoir enfin me reposer de toutes mes années en voyant qu'il existe une relève journalistique ; une véritable créativité chez les congolais pour des film documentaires qui parlent de leurs vies, histoires, cultures, etc. car le cinéma est tout aussi primordial à l'identité d'un peuple, cela fait partie de sa culture. Malheureusement pour un grand pays francophone comme le Congo - hormis sans doute dans la diaspora mais je ne saurais le préciser - il n'y a pas d'auteur reconnu dans ce milieu et qui vive encore au pays.
Personnellement j'aimerais me lancer d'autres défis et j'ai d'autres projets ailleurs comme en Asie, au Vietnam où j'ai aussi un centre de formation.

D'autre part, espérons que le Congo va enfin bénéficier du fruit de tous ces investissements dans ses ressources naturelles, il serait paradoxal de voir les congolais rester pauvres alors qu'il y a des milliards investis (c'est énorme la masse d'investissement ici). J'espère que cette fois-ci ils pourront enfin percevoir et jouir des bénéfices de ses richesses et qu'ils ne seront pas spoliés… encore une fois.

Contacts:
E-mail : films@passerelle.be
site web : http://www.passerelle.be




Thierry et "Mobutu"


Thierry et "Stanley"


Dans les vestiaires du TP. Mazembe.
On peut apercevoir en arrière-plan (avec chapeau), Moïse Katumbi, gouverneur du Katanga

 

 


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