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Joëlle Sambi: « J’écris parce que les actes ne suffisent pas, ils n’ont jamais suffit. J’écris pour la colère, la révolte. Parce qu’avec les mots, on sait dire sa rage, sa tristesse… »

Joëlle Sambi: « J’écris parce que les actes ne suffisent pas, ils n’ont jamais suffit. J’écris pour la colère, la révolte. Parce qu’avec les mots, on sait dire sa rage, sa tristesse… » 2010-06-19
Interviews

Si Joëlle devait partir sur une île déserte et emporter uniquement un objet dans sa valise, elle prendrait sans hésiter un stylo et en cachette peut-être un carnet. Quand on la voit pour la première fois, on ne peut s’empêcher d’être touché par sa candeur, sa volonté et sa sagesse. Passionnée par l’écriture depuis son plus jeune âge, Joëlle entame des études de journalisme en 2001. Parallèlement à sa formation universitaire, elle continue d’écrire des textes et remporte plusieurs récompenses dont la deuxième place du Prix du Jeune Ecrivain Francophone pour son « Religion ya Kitendi » publié en 2005. Quatre ans plus tard, la jeune femme sort son premier roman « Le Monde est Gueule de Chèvre » paru aux éditions Biliki, et travaille actuellement sur l’écriture de son second livre.

Au-delà de son sourire étincelant,  il y a  assurément quelque chose de touchant chez la jeune auteure, « un je-ne-sais-quoi »  qui ne laisse pas indifférent. Du haut de sa petite taille, elle manie les mots avec grandeur. A l’aise dans ses baskets, veste mauve, coiffée de locks,  Joëlle n’a rien de l’écrivain traditionnel. Et tant mieux ! Celle qui se définit comme quelqu’un de têtu, d’optimiste  et d’idéaliste a plus d’un bic dans son  sac. Et pour mediacongo.net, elle accepte de revenir sur certains chapitres de son Histoire. Tout en gardant bien en tête que les plus beaux restent encore à écrire…

Pourquoi avoir choisi l’écriture ?

Joëlle Sambi : «( …) C’est assez difficile de dire pourquoi l’écriture. Je pense qu’au fond de soi, chacun sait ce qu’il peut faire, ce qu’il sait ou du moins pense pouvoir faire. J’ai lu, beaucoup, très tôt et puis j’ai écrit. Et ça ne s’est plus arrêté ( et tant mieux !). J’écris parce que les actes ne suffisent pas, ils n’ont jamais suffit. J’écris pour la colère, la révolte. Parce qu’avec les mots on sait dire sa rage, sa tristesse, on sait écrire son histoire, du moins un aspect de celle-ci. (…) Il y a des grands hommes, ceux qui changent radicalement le cours de l’histoire, ceux qui posent des actes et modifient la vie du plus grand nombre. Pour un mieux. Et puis, il y a ceux qui en parlent, ceux qui disent le temps qu’ils vivent, l’époque dans laquelle ils évoluent ou sont coincés. Dans la position qu’est la nôtre, dans la tournure actuelle des évènements, l’urgence c’est d’être absolu dans son engagement. L’urgence c’est d’accepter qu’il y a longtemps que nous ne sommes plus vierges, blancs de toutes horreurs. Il me paraît donc indispensable de remettre des couleurs dans nos parcours, de changer de chemin ou de revenir vers eux, de créer de nouvelles voies, d’ajouter son grain de sel ou de sable…bref de prendre activement, rageusement part au changement. A sa hauteur. Voilà, pourquoi j’écris. Pour m’insérer dans le vide, m’extirper du silence et m’entêter face à un monde qui ne change pas et apporter ma brique. Et dire… »

Quels sont les obstacles que peut rencontrer une femme auteure congolaise ?
Joëlle Sambi : Elle peut faire face aux difficultés que connaît n’importe quel auteur. Il y a d’abord les obstacles en tant qu’auteur et puis en tant que femme congolaise. Personnellement, je n’ai pas remarqué de difficultés particulières engendrées par mes origines. Le plus dur a été de trouver un bon éditeur. Après, peut-être que les critiques vont être différentes parce que je suis une femme, parce que je suis congolaise mais tout cela vient a posteriori. La grande difficulté à priori est de trouver un bon éditeur.

Justement, est-ce difficile de trouver un éditeur ?
Joëlle Sambi : Oui, c’est assez difficile. Avant la parution de mon premier bouquin, j’ai fait toute une recherche sur Internet et il y avait énormément d’éditeurs. Après avoir fait ce premier recensement, j’ai du voir si ce que j’avais écrit pouvait entrer dans la ligne éditoriale des livres déjà publiés par les maisons d’édition en question. Et puis, après quand on envoie le manuscrit, il faut passer le filtre de la poste, de la secrétaire qui va lire ou pas le bouquin. Tout cela prend énormément de temps, pour moi cela a duré entre 4 et 5 mois. Puis, un jour, j’ai eu des réponses et après tout s’est enchaîné très vite.

Quels conseils pouvez-vous donner aux jeunes filles qui, comme vous, désirent écrire un livre ?
Joëlle Sambi : Ecrire et ne pas laisser tomber. Parfois on voit à la télé des gens qui disent que ce n’est pas facile d’être édité et qu’il y a trop de livres. C’est vrai qu’il y a beaucoup de bouquins publiés mais combien sont de qualité ? Peut-être que le sien sera de qualité et fera la différence. Je m’étais dit que je sortirais mon premier livre à 18 ans et je l’ai sorti 10 ans après. J’aimerais aussi leur dire qu’il ne faut pas hésiter à participer à des concours d’écriture car il y a toujours un feedback intéressant qui est donné dans ces compétitions.

D’ou-vous est venue cette passion pour l’écriture ?
Joëlle Sambi : Depuis petite, je tenais mon journal intime et des carnets d’écriture et j’ai toujours beaucoup lu.

Quels sont vos auteurs préférés ?
Joëlle Sambi : Toni Morrison, cet auteur a une écriture qui est toujours à la limite parfois  féerique et en même temps très cru. J’aime beaucoup aussi l’auteure camerounaise Calixthe Beyala et l’écrivain Sembène Ousmane plus connu pour ses films que pour ses livres. Sarah Kane a également une écriture très maladive. C’était quelqu’un de très mal dans sa peau et quand on lit ce qu’elle écrit, on le vit, elle écrit avec ses tripes et j’aime ça.

Est-ce qu’il y a beaucoup de femmes auteures congolaises?
Joëlle Sambi : Il y en a quelques-unes mais pas énormément. Il n’y en a pas assez de toutes les  façons.

 Vous êtes actuellement dans l’écriture de votre deuxième livre, combien de temps cela vous prend d’écrire un livre ? Est-ce que l’histoire est déjà déterminée dans votre tête ou bien vous la construisez au fur et à mesure ?
Joëlle Sambi : Cela se fait petit à petit. Parfois, il y a des périodes très ordonnées ou j’arrive à écrire tous les soirs même si c’est trois lignes.  Puis, il y a des périodes où je n’arrive pas à respecter cet ordre et je n’écris rien. Parfois aussi, je sens l’histoire j’arrive à voir l’enchevêtrement des évènements et alors là, j’écris à fond. Mais disons que, de manière générale, je n’ai pas vraiment de structure et c’est certain que je gagnerai à en avoir une. J’espère que cela viendra plus tard.

 Vous l’avez dit, vous avez commencé à écrire très jeune, dès lors on comprend aisément pourquoi vous avez opté pour le journalisme.
Joëlle Sambi : Ce n’était pas le journalisme dès le début. J’avais pensé au droit mais il fallait retenir pleins d’articles, pleins de codes et comme je n’ai pas une bonne mémoire, j’ai abandonné l’idée.  Dans le journalisme, il y a aussi beaucoup de choses à retenir mais disons que là au moins il y a une certaine liberté, une forme de rébellion, d’engagement  que je n’aurais pas pu retrouver dans le métier d’avocat, mais c’est un avis tout à fait personnel.

Que vous inspire les 50 ans d’indépendance de votre pays d’origine ?
Joëlle Sambi : Cela m’inspire une certaine tristesse, mitigée… D’une part, c’est extraordinaire de se dire que malgré tout ce qu’il a connu, ce pays est toujours là. Et en même temps c’est dur de s’apercevoir qu’après 50 ans finalement il n’y a pas grand choses qui a changé. Bien souvent, on a mis de la peinture fraîche sur des vieux bâtiments. Aussi, je ne sais pas si on doit se réjouir par rapport à toutes les festivités qui se préparent parce qu’il y a beaucoup de choses qui ont été dites et pas faites. Personnellement, je ne vois pas vraiment de raison de se réjouir et en même temps, il y a des femmes et des hommes dont le Congo aurait toutes les raisons d’être fier. Nous sommes nombreux dans la diaspora et au pays à bosser dur, à casser les clichés à inverser la tendance et ma foi, si ces 50 ans devaient souligner une chose, que ce soit au moins ça !

Que pensez-vous de la réforme de santé aux Etats-Unis ?
Joëlle Sambi : C’est une bonne chose. C’est incroyable. Maintenant on dit beaucoup que la réforme a été édulcorée, vidée de son essence. Mais 32 millions de citoyens américains ce n’est pas rien ! 32 millions de personnes qui vont enfin pouvoir bénéficier d’une couverture médicale. On a du mal à s’imaginer que dans un pays aussi grand que les Etats-Unis cela n’existait pas avant. Barack Obama n’a certainement pas la tâche facile dans son travail, ce n’est pas un saint ni le diable, mais il a l’air de faire ça bien. On verra.

Quel est le personnage historique que vous admirez le plus?
Joëlle Sambi : Sans hésitation Patrice Emery Lumumba, parce qu’il avait ce « défaut » d’être résolument optimiste. Quand on lit la dernière lettre qu’il a écrite à sa femme, Pauline, alors qu’il était en prison, il émane de celle-ci une telle foi pour son pays. Dans sa tête, il pouvait voir un Congo prospère et développé. Je l’admire pour cela, peut-être que je travaillerais plus efficacement si, comme lui, je pouvais voir ce que mon pays deviendra dans quelques années. J’admire aussi Angela Davis parce que c’est une militante féministe noire qui a été de tous les combats, c’est un exemple pour moi.


mediacongo.net : Un tout grand merci Joëlle !

Contacts :
Sur facebook : Joëlle Sambi Nzeba
Pour commander le livre :
http://www.biliki.com/index.php?biliki=Le-monde-est-gueule-de-chevre

 


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