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Justine M’Poyo Kasa-Vubu face au Cinquantenaire de l’indépendance

Justine M’Poyo Kasa-Vubu face au Cinquantenaire de l’indépendance 2010-08-02
Interviews

Dans le cadre de  nombreuses initiatives entourant le jubilé de la République Démocratique du Congo, la Maison africaine de Bruxelles avait organisé un cycle de quatre conférences mensuelles  portant sur le thème général suivant : l’indépendance du Congo(RDC), rupture ou continuité ? C’est donc Madame Justine M’Poyo Kasa-Vubu, qui n’est plus à présenter, qui est venue clore ce cycle de débat. Après une rapide présentation sur la naissance agitée de la République Démocratique du Congo, Justine M’Poyo Kasa-Vubu a accepté de répondre à quelques questions.

mediacongo.net : dans votre livre paru en 2000 intitulé, « Sommes-nous décolonisés »  on pouvait déjà y lire ceci « L'accession de nos pays à l'indépendance devait générer une ère de progrès et d'émancipation pour les peuples noirs, mais surtout leur souveraineté par rapport à l'Occident. Or, non seulement la courbe du progrès s'est inversée mais les indicateurs de la paix sociale, de la stabilité économique ont disparu. L'Afrique, au lieu de se libérer, s'est retrouvée au fil des années dans un cercle vicieux de dépendances diverses à l'égard des anciens colonisateurs. Et ce n'est pas le moindre des paradoxes… ».  Aujourd’hui, que représentent pour vous les festivités entourant les 50 années d’indépendance de la RDC ?

Justine M’Poyo Kasa-Vubu : Il s’agit de 50 ans de dépendance et non d’indépendance. Durant toutes ces décennies, le Congo a eu du mal à se dégager de la tutelle de son oncle qui continue par ailleurs à se vanter de son expertise qui peut paraître déplacée par moment. Vous savez avant 1960, la balance économique du Congo était positive. On produisait tout ce dont on avait besoin sur place. On était plus indépendant avant l’indépendance qu’après.

mediacongo.net : Quels sont les éléments qui nuisent selon vous au bon fonctionnement de l’Etat du Congo ?

Justine M’Poyo Kasa-Vubu : Il y a de nombreux éléments qui affectent notre pays. Premièrement, l’absence de démocratie et de culture démocratique induit et justifie le fait que les Congolais  acceptent ce qui en Europe serait inacceptable voire indéfendable. Deuxièmement, l’impunité généralisée des crimes est un facteur qui nuit gravement à  l’efficacité de l’Etat. Dans ce contexte, la communauté internationale fait une distinction entre les criminels fréquentables de ceux  infréquentables et de ce fait, encourage un partage de pouvoir entre criminels et victimes. Troisièmement, les rebellions à répétition ne favorisent pas la relève du pays. Quatrièmement, la mise sous tutelle de l’Etat congolais ( gouvernement 1+ 4, 2-3, relations entre Etats basés sur les intérêts,…) a été désastreuse. Cinquièmement, la corruption générale est un rouage essentiel dans le bon fonctionnement de l’Etat et celle-ci a même remplacé la volonté politique.  Sixièmement, bien souvent les réponses de la communauté internationale sont inappropriées aux problèmes réels rencontrés par les citoyens congolais.

mediacongo.net : Comment agir pour sortir du marasme dans lequel le Congo se trouve?

Justine M’Poyo Kasa-Vubu : Notre propre responsabilité est engagée. Le courage politique doit faire partie de cette prise de décision mais nous n’avons pas toujours exploité ce courage de désigner les hommes qu’il faut à la place qu’il faut. Est-ce que nous avons appris à distinguer l’intérêt général de l’intérêt particulier ? Je pense que nous ne devons pas avoir peur de dire non, d’avoir un avis divergent car c’est souvent cette peur qui cristallise les attitudes. Et puis peut-être aussi qu’il faut revenir aux valeurs traditionnelles du Congo (exemple : pouvoir du chef coutumier)
 
mediacongo.net : Mais alors quel Congo pour demain ?
Justine M’Poyo Kasa-Vubu : Il faut qu’il y ait une rupture nécessaire avec les pratiques du passé, c’est une exigence pour les deux pays aussi bien la Belgique que la République Démocratique du Congo. Ensuite, de véritables pratiques démocratiques doivent être instaurées et appliquées. Finalement, un état des lieux bilatéral entre la Belgique et le Congo doit être effectué. Dans cette optique, les réponses aux questions essentielles doivent être données telles que : Qu’est-ce que la Belgique ne doit plus faire ? Qu’est -ce  que le Congo ne doit plus faire ? Et surtout qu’est-ce que les Congolais veulent pour demain ?

 

mediacongo.net : Un tout grand merci !


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