
Monde
L’accueil des migrants, miroir d’une Europe inhumaine ?
Des dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants fuient depuis plusieurs années les bombardements, la barbarie ou la famine dans leur pays. Autant de maux liés aux interventions militaires alliées qui ont abandonné l'Afghanistan, l'Irak et la Lybie aux mains de groupes fondamentalistes surarmés semant la terreur et privant les jeunes filles et les femmes de leurs droits les plus élémentaires.
Que fait l'Europe? Elle laisse à la Grèce et à l'Italie la principale charge de l'accueil des migrants, accusant la Grèce et la menaçant d'être exclue de l'espace Schengen. La chancelière Merkel et les milieux d'affaires allemands se réjouissent de l'arrivée des migrants, nouveaux éléments de compétitivité à bas coûts dans un pays vieillissant. Fait nouveau particulièrement honteux, l'Allemagne, la Suisse et le Danemark confisque l'argent et les bijoux des migrants au-dessus d'une certaine somme afin de financer l'asile de ces malheureux. La Hongrie installe des murs de barbelés. La France assure un accueil extrêmement restreint "pour ne pas faire le jeu du FN". Le président Hollande avance le chiffre de 35.000 en deux ans. Un chiffre à rapprocher des 1, 2 millions de personnes accueillies par le Liban dont la populations totalise à peine 4,5 millions d'habitants, et avec la Jordanie qui accueille 630.000 personnes alors quelle compte moins de 6 millions d'habitants. Que font les grandes puissances responsables du chaos au Moyen-orient pour aider le Liban et la Jordanie en situation critique? Rien. La position de nos gouvernants tourne le dos aux principes d'humanité et de solidarité enseignés dès la petite école et dans toutes les religions.
Il n'est certes pas aisé de mettre en oeuvre des programmes d'accueil temporaire. On peut cependant imaginer que l'U.E. , première puissance économique mondiale, aurait dû proposer des solutions cohérentes pour aider des êtres humains en danger dans leur pays, au lieu de considérer les migrants soit comme "une oppotunité économique", soit comme "des terroristes potentiels". Dans ce contexte général inhumain, les personnes qui apportent un peu d'aide et de réconfort à des hommes, des femmes et des enfants qui ont leur vie dans un baluchon et subissent les plus hauts niveaux de stress sont criminalisées par les gouvernements.
Portons à présent notre regard sur la grande démocratie américaine. Un rapport de la CIA de décembre 2014 révèle que ce pays a pratiqué systématiquement la torture durant la guerre en Irak, avec des centres de détention exportés dans plusieurs pays d'Europe. Tortures subies également durant de longues années à Guantanamo. Le livre de Murat Kurnaz, rescapé innocent, décrit ce long calvaire. Pour autant, est-ce que G.W. Bush ou Tony Blair ont été poursuivis pour avoir déclaré une guerre illégale sur la base de mensonges d'état, puis commis des crimes contre l'humanité par leurs bombardements prétendus "chirurgiaux" et par la torture érigée en système? Leur responsabilité est pourtant entière concernant l'expansion de l'État islamique de Daech animé par le anciens généraux de Saddam Hussein.
Ce n'est pas le cas et toute personne éprise de justice le déplore. L'un comme l'autre passent une vieillesse paisible loin des décombres générés par leurs options politiques, tout comme leurs complices Dick Cheney, Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, Richard Perle etc, sans oublier en Europe, J.M. Barroso, José Maria Aznar, Silvio Berlusconi, etc. L'Amérique voit désormais prospérer le Tea Party pendant que Donald Trump va sans doute remporter l'investiture républicaine en promettant de "dresser une muraille au sud aux frais des mexicains" et "d'interdire l'entrée des États-Unis aux musulmans".
Voilà, entre autres dérives coupables, comment se comportent "les démocraties des droits de l'homme" qui se permettent régulièrement de donner des leçons au reste du monde. Avant de focaliser ses critiques sur les autres civilisations, l'Occident doit très vite faire son propre aggiornamento. Quand le marché est devenu l'arbitre de toute politique au nom de ses valeurs cupides, hypermatérialistes et conquérantes, quand les guerres se justifient pour le pétrole et autres ressources, quand les souffrances humaines au travail, pour les sans-emplois ou du fait de conflits passent très loin derrière les sujets superficiels qui saturent les médias, on peut dire que notre civilisation a touché le fond. Il est grand temps de convoquer les grandes consciences vivantes ou disparues, Victor Hugo, Jean-Jacques Rousseau, Albert Camus, Théodore Monod, André Gide, Paul Valéry, Henri Bergson, Stéphane Hessel ou Edgar Morin - plus actif que jamais - pour remettre à l'honneur ce qui permet aux sociétés humaines de vivre ensemble et au monde d'être mieux gouverné. De tels grands esprits existent dans toutes les cultures.
Ce nouvel humanisme transversal aux religions et aux courants de sagesse nous offrira les clefs d'une "économie du bien vivre" où la liberté d'entreprendre et de commercer respectera les personnes et l'environnement, où l'économie, la finance, les sciences et les technologies seront mises au service de la paix, du développement humain et du progrès social dans un respect total pour la planète et ses écosystèmes.
Une économie où les milliards de personnes ne pouvant obtenir un emploi rémunéré dans le cadre du marché accéderont par elles-mêmes à une vie décente à travers des activités d'intérêt général d'ordre humanitaire, culturel, social ou pour la protecion de l'environnement. L'avenir est à inventer. Le monde en a le désir et les moyens technologiques et humains. C'est dans ce changement de valeurs et d'objectifs que se trouvent les solutions aux crises mondiales en général et aux tragédies des migrants en particulier. Car cette économie du bien vivre permettra à terme au plus grand nombre de vivre dignement sans devoir émigrer au nord ou s'agglutiner dans les ghettos des mégalopôles en esclaves d'un développement qui brutalise les personnes et détruit l'environnement sur un mode accéléré.
Il y a urgence à réagir ensemble pour impulser une dynamique mondiale capable de remettre la paix, la dignité humaine, la coopération et une liberté responsable au centre de la vie politique et de la société. Le succès montant de Bernie Sanders démontre que l'Amérique est en attente d'autre chose qu'un populiste raciste ou d'une démocrate portée par Wall Street. Quelle que soit l'issue de l'élection présidentielle américaine, ce signal fort démontre que le basculement à droite du monde actuel peut et doit être contrecarré par des choix socio-économiques de bon sens empreints d'humanité et de responsabilité au regard des générations présentes et futures.
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