Recherche
  Home Actualités Petites annonces Offres d’emploi Appels d’offres Publireportages C'est vous qui le dites Medias & tendances Immobilier Recherche Contact



Infos congo - Actualités Congo - Ecobank_01052026
mediacongo
Retour

Afrique

Ouganda: Yoweri Museveni peut-il perdre la présidentielle ?

2016-02-16
16.02.2016 , Ouganda
2016-02-16
Ajouter aux favoris
http://www.mediacongo.net/dpics/filesmanager/Yoweri-museveni-le-chef-de-l-etat-ougandais_.jpg Ouganda-

« Bébé Museveni », Norman Tumuhimbise l’est à l’année près. Agé de 30 ans, ce jeune Ougandais est venu au monde alors que Yoweri Museveni prenait le pouvoir en Ouganda. Mais Norman est un fils turbulent. Fondateur de l’association Jobless Brotherhood, il se bat depuis plusieurs années contre la corruption et le chômage des jeunes en Ouganda. « Papa » Museveni n’a pas dû être content. Le 19 août 2015, après une manifestation, Norman est kidnappé.

Pendant huit jours, il est retenu dans un lieu secret par les forces de sécurité du régime, sans aucune forme de procès. Frappé, menacé, les yeux endoloris par des projections de gaz au poivre, il subit plusieurs interrogatoires musclés. « On me demandait d’où venait l’argent pour les manifestations, si elles étaient organisées depuis l’étranger. Ils menaçaient ma famille. » Norman est finalement relâché. De ce séjour, il conserve des cicatrices et de nombreux cauchemars. 

Des « fruits » gobés par la caste au pouvoir

A l’approche de l’élection présidentielle, prévue jeudi 18 février, les cas de torture et d’enlèvement ou de violences policières ciblant les opposants se sont multipliés en Ouganda. Lundi, au moins une personne est morte lors d’affrontements avec les forces de l’ordre à Kampala. Les heurts ont fait suite à une brève arrestation du principal candidat de l’opposition, Kizza Besigye qui se rendait à un meeting dans la capitale entouré de plusieurs milliers de ses partisans. « Tous ceux qui critiquent le régime sont menacés », soupire Norman Tumuhimbise.

Le président ougandais, arrivé au pouvoir en 1986 à la faveur de longues années de guérilla, est aujourd’hui sur la défensive et pourrait être contraint à un second tour. Les derniers sondages donnent à Museveni entre 51 % et 53 % des voix : bien loin des 68 % obtenus au scrutin de 2011. 

« Si Museveni reste populaire chez les personnes âgées, qui ont connu la situation avant 1986, du temps de la guerre civile et de la dictature d’Idi Amin Dada, il n’en est pas de même pour les jeunes », explique Andrew State, directeur du département des sciences sociales de l’université Makerere de Kampala. L’Ouganda est l’un des pays les plus jeunes au monde: près de 80 % de la population a moins de 30 ans. « Ils n’ont connu que Museveni. Beaucoup sont fatigués des exactions du régime, de la corruption, du chômage », insiste-t-il.

« Comment pourrais-je quitter une bananeraie que j’ai plantée et qui commence à donner des fruits ? », a déclaré Museveni début janvier. Trente ans de croissance économique (5,5 % pour 2016, selon le FMI) et de relative stabilité ont certes permis une diminution significative de la pauvreté. Mais les « fruits » ont surtout été gobés par une caste constituée des proches du pouvoir. La « bananeraie » de Museveni est d’abord une République bananière, classée au 139e rang sur 168 de l’indice de perception de la corruption par l’ONG Transparency International.

Mais les derniers sondages ont-ils changé la donne ? Le président avait refusé, le 15 janvier, de participer au premier débat télévisé entre les huit candidats à la présidentielle, qualifiant l’exercice de compétition entre « lycéens ». Or ce samedi, Museveni s’est finalement jeté dans la bataille, se prêtant au jeu du second débat télévisé et affrontant pour la première fois ses sept challengers. Le président sortant, peu habitué au débat et visiblement excédé par les contraintes d’un temps de parole limité, a qualifié les allégations de corruption à son égard de « fiction ». « Si vous voulez le prix Nobel de littérature, alors vous pouvez dire ce que vous voulez », a-t-il répliqué, rejetant toute critique sur sa politique économique et sécuritaire. 

Selon Alliance for Election Campaign Finance Monitoring (ACFIM), un groupe de militants qui surveille le financement du scrutin, le président sortant aurait dépensé plus de 7,8 millions de dollars pour sa campagne électorale entre novembre et décembre 2015, soit douze fois plus que ses deux principaux rivaux combinés. « C’est sa campagne la plus énergique depuis qu’il est arrivé au pouvoir, constate le journaliste Angelo Izama. Il veut se prouver quelque chose, montrer qu’il est encore légitime. »

« L’Etat tuera vos enfants »

Le régime assure ses arrières. Les médias sont sous pression. Si les quotidiens en langue anglaise de la capitale conservent une certaine liberté, il n’en va pas de même des radios de province en langue locale. En juillet 2015, la radio Baba FM a ainsi vu son signal coupé après avoir reçu sur ses ondes l’opposant Kizza Besigye.

Plus inquiétant: entre 1 et 1,5 million de crime preventers (« empêcheurs de crimes ») ont été recrutés et entraînés par le pouvoir, officiellement pour lutter contre l’insécurité, mais en réalité pour servir d’hommes de main au National Resistance Movement (NRM), le parti au pouvoir, afin d’intimider l’opposition, de perturber ses meetings et de réprimer toute protestation lors du scrutin de jeudi.

Les crime preventers reçoivent une formation d’autodéfense de la part des forces de sécurité. « Officiellement, ce sont des volontaires. Ils ne touchent pas de salaire, explique Nicholas Opiyo, fondateur de Chapter Four, organisation de défense des droits de l’homme en Ouganda, qui a appelé avec Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International à la suspension de ces milices. Mais les recrues viennent essentiellement de milieux très modestes. Le pouvoir leur a promis d’être intégrés à la police ou à l’armée après l’élection, d’avoir accès à des aides du gouvernement. »

« En réponse, l’opposition a aussi créé ses propres milices d’autodéfense, s’inquiète Nicholas Opiyo. Il y a de gros risques d’escalade après les élections. » Les déclarations du pouvoir ne poussent pas à la sérénité. En janvier, la presse ougandaise a rapporté les déclarations du chef de la police menaçant d’armer ses crime preventers si l’opposition persistait à vouloir « la guerre ». Plus récemment, la secrétaire générale du NRM, Kasule Lumumba, a prévenu ses concitoyens : « L’Etat tuera vos enfants s’ils descendent dans la rue pour déstabiliser et désorganiser la paix et la sécurité. »

Déçus du « musévénisme »

Museveni est aussi menacé dans son propre camp. Camarade de lutte, ancien premier ministre et ex-patron du NMR, Amama Mbabazi espérait que le chef de l’Etat ne briguerait pas un nouveau mandat présidentiel et se voyait lui succéder dès 2016. Espoirs douchés. L’ami de quarante ans n’a donc pas hésité à se présenter en indépendant, tentant de séduire la jeunesse grâce à une présence très active sur les réseaux sociaux et à des positions plus progressistes. Il fait aujourd’hui figure de troisième homme, enlevant de précieuses voix au président sortant.

Quant à l’opposant le plus sérieux, Kizza Besigye, ancien médecin personnel de Museveni pendant la guérilla, il est candidat pour la quatrième fois à la présidentielle sous les couleurs bleutées du Forum pour le changement démocratique (FDC). Dans ses meetings se pressent les déçus et les lassés du « musévénisme ». On s’y salue en faisant le V de la victoire. Le pouce levé étant le signe des partisans de Yoweri Museveni, la moindre erreur de gestuelle peut valoir une brimade. « Mon message, c’est la libération des Ougandais, explique le candidat au Monde. On se battra sans violence à toutes les étapes pour avoir des résultats transparents, on va réunir toutes les preuves de manipulation des votes. On a le soutien du peuple. » Mais, tandis que chacun des sept membres de la commission électorale a été nommé par Museveni, l’opposant historique est désabusé: « Je ne suis pas candidat pas pour gagner, admet-il. Je suis candidat pour la démocratie. On ne peut pas gagner avec un tel contrôle de l’Etat. »

Une défaite – hautement improbable – du président-candidat ne signifierait d’ailleurs pas forcément un changement de ligne politique. « Le NRM, fondé par Museveni, est à la fois la majorité et l’opposition, analyse Tabu Butagira, reporter au Daily Monitor, principal quotidien ougandais. Besigye et Mbabazi sont des anciens du NRM, d’anciens proches de Museveni qui ont combattu avec lui pour arriver au pouvoir. Ils veulent plus de démocratie et d’Etat de droit mais, sur le long terme, il n’y a que peu de différences politiques entre eux. Ils sont d’accord avec les choix de Museveni sur l’économie ou les affaires étrangères. » La véritable alternance attendra.

Bruno Meyerfeld
Le Monde / MCN
C’est vous qui le dites :
8724 suivent la conversation

Faites connaissance avec votre « Code MediaCongo »

Le code à 7 caractères (précédé de « @ ») à côté du Nom est le Code MediaCongo de l’utilisateur. Par exemple « Jeanne243 @AB25CDF ». Ce code est unique à chaque utilisateur. Il permet de différencier les utilisateurs.

Envie de réagir ou de participer ?

Pas de compte ? Pas de problème ! Vous pouvez quand même réagir à un commentaire en cliquant sur un émoji. Pour aller plus loin — commenter, répondre ou contacter un autre utilisateur — connectez-vous à votre compte MediaCongo.

Merci et excellente expérience sur mediacongo.net, première plateforme congolaise.

MediaCongo – Support Utilisateurs


right
Article suivant Mali: le blocus des jihadistes du Jnim s'installe peu à peu autour de Bamako
left
Article précédent Mali: le blocus des jihadistes du Jnim s'installe peu à peu autour de Bamako

Les plus commentés

Politique Incendie du siège du PPRD : la société civile alerte sur une dérive violente du débat politique

06.05.2026, 12 commentaires

Politique Marche de soutien aux sanctions contre Joseph Kabila : Augustin Kabuya appelle les États-Unis à un mandat d’arrêt

04.05.2026, 10 commentaires

Politique Mandat présidentiel “élastique” pour stabiliser un pays : Godé Mpoyi recadré par un enseignant évoquant l’exemple de Mobutu Sese Seko

04.05.2026, 10 commentaires

Politique Comment Tshisekedi a retourné Kabila contre les Américains

05.05.2026, 10 commentaires


Ils nous font confiance

Infos congo - Actualités Congo - confiance