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Le roi Philippe et la reine Mathilde pour sept jours au Congo, premier voyage royal du genre en Afrique depuis 2010

Le roi Philippe et la reine Mathilde pour sept jours au Congo, premier voyage royal du genre en Afrique depuis 2010 2022-06-07
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Un voyage à l’invitation du président de la République démocratique du Congo Félix Tshisekedi, invitation lancée déjà en 2019. Un voyage trois fois reporté pour cause de pandémie de covid puis d’invasion de l’Ukraine par la Russie. Mais cette fois, c’est la bonne. Le roi Philippe et la Reine Mathilde décollent ce mardi 7 juin dans la matinée pour une visite officielle de 7 jours. Ils seront accompagnés du Premier ministre Alexander De Croo, de la ministre de la Coopération au développement Meryame Kitir et du secrétaire d’État pour la Relance et les Investissements stratégiques, chargé de la Politique scientifique Thomas Dermine. Une délégation belge qui s’arrêtera à Kinshasa, Lubumbashi et Bukavu, au cours d’un programme particulièrement chargé, on va y revenir.

Un voyage important. Déjà parce que nos rois ne se rendent pas tous les quatre matins en Afrique et en particulier dans notre ancienne colonie, avec laquelle, depuis l’indépendance, les relations n’ont pas toujours été au beau fixe, c’est le moins que l’on puisse dire. Un voyage dans un pays immense : pour rappel, la RDC c’est 2.345.409 km², soit 4 fois la France ou 80 fois la Belgique…​​​​​​​
Tous les rois y sont passés… Ou presque

Léopold II (1835-1909), roi de 1865 à 1909, le fondateur désormais si décrié de l’Etat indépendant du Congo, n’a jamais effectué le déplacement africain. Mais après lui, tous y sont passés en effet. A commencer par son neveu Albert Ier (1875-1934). Prince royal qui effectua en avril 1909 un vaste périple de 80 jours dont il tira à titre personnel un important journal de voyage : 4000 kilomètres à pied et bateau baleinier, c’est l’enthousiasme de la découverte du potentiel congolais. Il y revint en 1928 comme roi (1909-1934), accompagné de la reine Elisabeth. Le couple se déplace en avion à l’intérieur du pays, une première. Ils inaugurent à Léopoldville une statue équestre de Léopold II. Retour encore en 1932 avec des savants cette fois, voyage en hydravion notamment.

Léopold III (1901-1983) y séjourna comme prince en 1925 durant 9 mois, puis avec Astrid en 1933 mais il n’y revint jamais comme roi (1934-1951). Après la guerre, en 1947, le prince Charles (1903-1983) Régent (1944-1950) effectua lui aussi une tournée des Grands Lacs. Et puis ce fut la période Baudouin (1930-1993) avec pas moins de cinq voyages durant son règne (1951-1993) dans un pays qu’il appréciait tout particulièrement.
Tout a commencé pour le jeune roi solitaire alors, en 1955, périple de 26 jours (16 mai-11 juin), 10.000 kilomètres : le roi triste au pays sourit enfin, séduit par la colonie, accueilli par une population en liesse qui célèbre "Bwana Kitoko", "le nouveau seigneur" en langue lingala. Survient le 16 décembre 1959, voyage "surprise" – pour une partie du gouvernement même, le roi juste accompagné du ministre des colonies d’alors August De Schrijver et la presse n’étant informée qu’une fois le roi dans l’avion -, voyage éclair d’un roi inquiet de la dégradation de la situation, les émeutes, les hésitations de son gouvernement, et la route inéluctable vers l’indépendance qu’il reconnaît lors d’un troisième voyage en juin 1960. Son discours louant le "génie du colonisateur Léopold II" suscitera la réplique féroce du Premier ministre d’alors Patrice Lumumba insistant sur la violence de la colonisation. Un discours sur l’oppression, l’injustice, l’exploitation, qui a sans doute scellé son sort. Lumumba fut exécuté moins de six mois plus tard avec une part de responsabilité de la Belgique…

Les voyages suivants se feront sous l’ère Mobutu. 1970, à l’occasion des dix ans d’indépendance, le Congo est devenu Zaïre sous la poigne du colonel (futur général puis maréchal) Mobutu, voyage de réconciliation parfaitement exploité par le nouveau régime. Baudouin est accompagné de la reine Fabiola, les deux couples de chefs d’État multiplient les apparitions ensemble, affichent leur proximité, Baudouin sera même le parrain de l’un des enfants du leader zaïrois. Enfin 1985, le dernier voyage, triomphal à nouveau, toujours pour les festivités du 30 juin, se terminant par une croisière sur le fleuve, mais qui n’empêchera pas la rupture progressive avec Mobutu, les tensions diplomatiques, Baudouin ne reviendra pas. Et Mobutu sera le seul chef d’Etat non toléré aux funérailles du roi en 1993.

Albert II le roi muet

La dernière visite royale au Congo remonte à 2010 : c’était alors le tour du roi Albert II et de la reine Paola. Albert qui s’était déjà rendu sur place en 1969 comme prince, à la tête d’une mission économique préparant le voyage de son frère l’année suivante. Un déplacement du 28 juin au 1er juillet à l’occasion des célébrations du 50e anniversaire de l’indépendance du Congo et à l’invitation désormais du président Joseph Kabila. Mobutu avait disparu, laissé la place à Laurent-Désiré Kabila, victime d’un assassinat, le tout sur fond à nouveau de grandes tensions et de hauts et de bas dans les relations bilatérales belgo-congolaises. Voyage réussi selon les autorités de part et d’autre, aucun incident diplomatique à déplorer. Et forcément car au final ce fut un voyage discret, modeste, centré sur Kinshasa où le roi n’a pas pris la parole. Pas le moindre discours officiel, le Palais secrètement a dû se réjouir, pas d’expression publique, le gouvernement n’étant pas unanime sur la question. Le compromis était donc que le roi se déplace mais reste muet. Histoire d’éviter toute difficulté.

Albert II, 76 ans, roi depuis 1993, était alors accompagné de la reine Paola et du Premier ministre alors démissionnaire (énième crise politique belgo-belge) Yves Leterme. Il y a certes des milliers de Congolais le long de la route pour observer le cortège royal de l’aéroport de Ndjili au Palais de la Nation – le palais du président Kabila -, mais c’est aussi pour voir passer les délégations des autres chefs d’État et de gouvernement conviés pour les festivités de l’indépendance. Trente minutes d’un entretien dit "franc" avec le nouveau maître du pays. Avant 72 heures de programme sur place un peu au pas de charge : un dîner de gala, une visite à l’école Prince de Liège qu’Albert avait inaugurée en 1969, un chantier naval avec intérêts belges sur le fleuve Congo, une réception pour les expatriés à l’ambassade et l’impressionnant défilé commémorant les cinquante de l’indépendance, Boulevard Triomphal de Kin, avec 13.000 hommes, 400 blindés. Enfin une visite à l’hôpital roi Baudouin, inauguré en 1985, où il dévoile une statue de son frère, la Belgique offrant une extension de la maternité dans ce quartier pauvre et surpeuplé de Masina. Visite éclair, avec alors certaines attentes déçues. La population attendait un bain de foule et que le roi parle…

Le roi Philippe au Congo dans un contexte bien particulier

Ce voyage-ci sera bien le premier du genre pour Philippe, 62 ans (sur le trône depuis 2013) : il ne s’est jamais rendu au Congo à la tête d’une mission économique précisément en raison des relations bilatérales souvent difficiles ces dernières années entre Belgique et Congo. Un déplacement dans un contexte particulier de relecture par la Belgique de son passé et en particulier de son histoire coloniale. Avec le lancement depuis 2021 d’une commission d’enquête parlementaire sur le sujet – après celle de 2001-2002 qui a examiné les conditions de l’assassinat de Patrice Lumumba et la part de responsabilité belge – et dont on attend toujours les résultats des travaux et longues auditions après déjà 18 mois d’activités. Avec ici et là des projets de réaménagement de l’espace public (notamment à Bruxelles) autour de monuments de plus en plus contestés par certains car précisément liés au passé colonial. Avec surtout une prise de position très symbolique du roi Philippe lui-même en juin 2020.

Dans une lettre adressée au président de la RDC Félix Tshisekedi, Philippe a ainsi exprimé ses "plus profonds regrets" pour les "blessures, les souffrances et les humiliations" causées par la Belgique durant la période coloniale, évoquant des "actes de violence et de cruauté" lors de la première période de colonisation (1885-1908) quand le Congo était propriété personnelle du roi Léopold II, son arrière-grand-oncle. Il disait aussi regretter profondément "ces blessures du passé dont la douleur est aujourd’hui ravivée par les discriminations encore présentes dans nos sociétés". C’était la première fois qu’un monarque belge reconnaissait ainsi les torts causés par la Belgique en RDC. "Et il va beaucoup plus loin que tous ses prédécesseurs", précise l’historien Vincent Dujardin de l’UCLouvain. "C’est vrai que le roi Albert Ier, comme prince, avait eu des mots très critiques sur la situation dans l’Etat indépendant du Congo ou dans le Congo belge ; il demande souvent au gouvernement belge de faire beaucoup plus pour le bien-être des populations locales, mais c’était dans une correspondance privée aux ministres. Léopold III a eu aussi des mots assez forts sur la colonie devant le Sénat, dénonçant un 'système d’exploitation capitaliste avec des populations locales réduites à de simples outils de production', mais il n’était alors que prince. Le roi Baudouin, lui, dans les années 50, s’impatiente, écrit souvent aux Premiers ministres Van Acker, puis Eyskens, jugeant que cela n’allait pas au Congo, que la formation des populations reste insuffisante pour préparer l’indépendance, etc. 'Vous n’avez absolument rien fait', écrit-il mot pour mot. Ce qui n’a absolument rien à avec le contenu de son discours du 30 juin 1960 terriblement paternaliste et qui donne l’image d’une colonie modèle. Mais aucune de ces déclarations n’a été rendue publique, contrairement à la lettre de juin 2020 du roi Philippe qui va donc beaucoup plus loin". On s’attend justement à ce que le roi Philippe réédite oralement, lors d’un discours à Kinshasa, ce qu’il avait écrit au président congolais à l’été 2020. Contrairement au déplacement de son père en 2010, Philippe devrait donc parler et aller largement à la rencontre des Congolais…

Voyage version 2022 : demandez le programme

La délégation royale et ministérielle – accompagnée d’une quarantaine de journalistes, photographes, techniciens du son et de l’image – décollera de Melsbroeck ce mardi 7 juin dans la matinée. Arrivée prévue à l’aéroport de N’djili, en banlieue de Kinshasa vers 16 heures locales (- 1 heure par rapport à Bruxelles), accueil officiel par le président Tshisekedi et son épouse Denise, avec tapis rouge, garde d’honneur, hymnes nationaux et premier tête à tête, avant un départ en cortège vers la capitale Kinshasa (26 kilomètres par la route). La journée s’achevant avec un dîner privé entre les couples royal et présidentiel à la Cité de l’Union africaine.

Le mercredi 8 juin, agenda chargé avec une cérémonie au Mémorial des anciens combattants où le roi décorera notamment commandeur de l’ordre de la Couronne le caporal Kunyuku, 100 ans, ultime survivant des vétérans congolais de la Seconde guerre mondiale. Déplacement ensuite au Musée national de Kinshasa, créé en 2019, où la délégation belge remettra officiellement une première œuvre, un masque africain de grande taille sorti des collections du musée de l’Afrique centrale de Tervueren et qui sera prêté au Congo, première restitution d’importance à la RDC. Ensuite viendra la partie la plus officielle et la plus politique de la journée, avec une visite au Palais de la Nation – le palais présidentiel – avec entretien avec le président Tshisekedi, puis au Palais du Peuple où le roi doit prendre la parole. Moment décrit par l’organisation comme le moment où le Roi reviendra sur le passé colonial belge. Cette journée chargée s’achevant par une visite d’un projet belge de la Coopération au développement consacré à l’emploi et la formation de jeunes Congolais, puis un banquet officiel.

Le mercredi 9 juin sera, après une visite à l’ambassade de Belgique, la journée consacrée aux femmes congolaises : visite du marché aux pagnes de Beach Ngobila market le matin, puis l’après-midi la participation du couple royal à une série de tables rondes sur les droits des femmes – pour la photo, cela se passera sur un bateau sur le fleuve Congo. Entre ces deux activités, se déroulera aussi une visite à l’Institut national de recherche biomédicale de Kinshasa, institut de pointe en la matière spécialisé notamment dans le traitement anti-ebola.

Le jeudi 10 juin, la délégation quittera Kinshasa pour Lumumbashi, dans le sud du pays, dans la province du Haut-Katanga, deuxième ville du pays avec près de 3 millions d’habitants et important centre économique, afin notamment de visiter l’Ecole belge (624 élèves de la crèche au secondaire sous enseignement francophone de la Fédération Wallonie-Bruxelles), puis l’Université – université publique, deuxième la plus grande du pays, 16 facultés, le roi devant là aussi s’exprimer devant des milliers d’étudiants.

Le 11 juin sera consacré lui à visiter un projet FAO de gestion de la forêt communautaire congolaise, avant que la délégation ne prenne son envol cette fois vers le nord du pays et Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu à proximité de la frontière de l’est avec le Rwanda, région toujours sécuritairement instable et qui fait l’objet de la préoccupation constante de nos Affaires étrangères vu que des troubles s’y multiplient ces dernières semaines et que le ton y monte régulièrement entre Kinshasa et Kigali. Le dimanche 12 juin, le roi et la reine visiteront à Bukavu l’hôpital Panzi que dirige le Dr gynécologue Denis Mukwege, désormais mondialement connu depuis l’attribution de son Prix Nobel de la paix 2018, "l’homme qui répare les femmes". Depuis 1999, c’est là que plus de 70.000 survivantes de violences sexuelles ont été traitées, soignées, soutenues médicalement et psychologiquement. La délégation regagnera ensuite Lumumbashi pour le vol retour vers Bruxelles durant la journée du lundi 13 juin.


RTBF / MCP, via mediacongo.net
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Congolais Telema | UYEQRR8 - posté le 07.06.2022 à 15:48

MUTU MUINDO MAWA KK NAMONI JEUNESSE KOYAMBA ASSASSIN YA ROI WANA. TANGU TSHILOMBO AKENDAKA BELGIK ES KE BA WALLOMS BA S ORGANIZAKA PO NAKOYAMBA YE? MUTU MOYINDO MAYELE MOYINDO ZOBA ZOBA

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