
Politique
D’aucuns y voient plutôt une diversion politique incendiaire. Fraîchement sorti de la machine à brasser les électeurs, Corneille Nangaa Yobeluo est-il suffisamment rodé pour commander le vaisseau de la démocratie la plus convoitée d’Afrique ?
Criblé de soucis financiers, l’ancien président de la CENI est un homme tourmenté qui touche à tout pour se positionner. Pour apparaître, tantôt comme exploitant agricole à Gombari, tantôt comme opérateur minier, tantôt comme conseiller électoral et aujourd’hui dans la course pour le Palais de la Nation.
Des tâtonnements qui illustrent sa noyade dans des contrariétés de plus en plus aiguës. Politiquement, Corneille Nangaa est un candidat casse-pied dont les premiers propos ont jeté le pavé dans la mare au sujet des secrets de la passation des pouvoirs entre Joseph Kabila Kabange et Félix Tshisekedi Tshilombo. La présidentielle de 2023 ne cesse de charrier des prétendants, parmi lesquels des “stars” de la boutade politique.
Toute honte bue, Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) vient de se lancer dans la politique active. Politicien, il l’était déjà puisqu’il avait réussi, encore président de la centrale électorale congolaise, à positionner sa propre famille biologique dans les plus grandes institutions de la République.
Si son épouse, Yvette Lubala fut installée députée provinciale dans la ville de Kinshasa, ses frères et beaux-frères se sont retrouvés sénateurs, députés et même gouverneurs.
Christophe Baseane Nangaa, gouverneur du Haut-Uélé, province d’origine de son puissant frère Corneille Nangaa Yobeluo, était déjà ciblé par une plainte déposée le 12 février 2021 par Fidel Miyabele Atanani, directeur général de la société E.M.T SARL, ayant conclu avec le gouvernement provincial, en novembre 2018, un marché pour la réhabilitation des infrastructures routières, segment Mbaoya-Makilingbo, long de 43 kilomètres sur la RP (route provinciale) 426.
D’après le procureur général près la Cour de cassation qui sollicitait l’autorisation de l’Assemblée provinciale du Haut-Uélé pour instruction du dossier, à la fin des travaux, le plaignant fit garder, chez le chef du village Makilingbo, nommé Ngazi Nebese, les engins par lui loués. Plus tard, il apprendra que le sieur Baseane Nangaa Christophe, gouverneur de province, aurait dépêché en 2020, quelques opérateurs et mécaniciens des machines du gouvernorat pour y soutirer des pièces. Ce qui causa un préjudice énorme, car lesdits engins immobilisés imposaient des indemnités journalières évaluées à 700 USD par machine.
D’autre part, le 27 avril 2020 l’ASADHO avait exigé l’ouverture d’une action judiciaire à l’encontre de Christophe Baseane Nangaa pour son implication présumée dans la dilapidation des fonds de 15% de la redevance minière destinée au développement des Entités territoriales décentralisées (ETDs) du Haut-Uélé.
Le même gouverneur, frère de Corneille Nangaa, fut cité dans le dossier de perception en amont de la taxe de péage estimée à 2 millions de dollars américains. Tant de gaffes de gestion que les tentacules de Corneille Nangaa Yobeluo étalent au grand jour depuis que leur frère les a pistonnés dans les circuits précieux de l’État.
Doute éternel sur les résultats de 2018

Pour une farce électorale, il est possible de prendre en compte les ambitions comitiales de l’ancien patron de la CENI. Car, sa conscience est tellement chargée d’offenses qu’il a du mal à convaincre sa propre moralité du contraire. Corneille Nangaa est un personnage mal apprécié de la communauté tant nationale qu’internationale pour sa piètre prestation à la CENI.
Au lieu d’œuvrer dans l’amélioration de la qualité des élections pour un pays post-conflit, il a plutôt privatisé le processus électoral en le menant au gré de ses intérêts. Usant de sa maîtrise théorique des questions électorales dont il est “expert” certifié du programme appelé “Bridge”, Corneille Nangaa avait quadrillé l’administration électorale de ses fidèles et protégés.
S’appuyant sur le génie de Ronsard Malonda, Nangaa s’était préparé à briguer la magistrature suprême depuis la CENI. Ainsi avait-il imaginé booster la candidature de Malonda présenté sous les couleurs du Front Commun pour le Congo (FCC) pour piloter la CENI tout en se préparant, le moment venu, à surprendre ses partenaires d’hier. Dans cette combine, Nangaa aurait mobilisé des ressources humaines à tous les niveaux pour réussir son projet. Malheureusement pour lui, le mariage FCC-CACH sera de courte durée et l’UDPS va opposer une résistance farouche au choix de Malonda. Pourtant, Nangaa n’a pas été à la hauteur du défi éthique des élections de 2018.
Elles sont les plus polémiques de l’histoire des cycles électoraux en République démocratique du Congo. Avec des élus non proclamés et des plébiscités mis en doute jusqu’à ce jour. Pris à partie par l’ensemble de l’opinion congolaise, Corneille Nangaa et deux de ses collaborateurs feront l’objet de sanctions internationales.
Le vendredi 22 février 2019, le secrétaire d’État américain annonça des sanctions spécifiques contre l’ex-leadership de la Ceni (Corneille Nangaa et Norbert Basengezi, respectivement président et vice-président de la Ceni), mais aussi contre Marcellin Mukolo Basengezi, le conseiller du président de la CENI et fils biologique de Norbert Basengezi Katintima. Furent également sanctionnés, Aubin Minaku, ancien président de l’Assemblée nationale; et feu Benoît Lwamba, ancien président de la Cour constitutionnelle, accusés d’avoir été impliqués dans une corruption excessive lors des scrutins de décembre 2018.
Sanctions qui imposent notamment des restrictions de visas aux dits fonctionnaires électoraux, soupçonnés d’être responsables, complices ou auteurs de violations des droits humains ou d’atteintes au processus démocratique en RDC. Nangaa a toujours rejeté ces accusations, les qualifiant d’injustes. Jusqu’ici personne n’a jamais apporté la précision sur le montant des avoirs personnels de Nangaa gelés par le Trésor américain depuis le 21 mars 2019.
Affaibli par cette mesure, Corneille Nangaa engagera un cabinet d’avocats basé à Washington pour l’aider à annuler les sanctions américaines, sans succès. Le Trésor américain gèle toujours ses avoirs et ceux de ses complices, interdisant aux citoyens américains de traiter avec lui à cause de sa « corruption persistante » et du report d’une élection initialement prévue pour la fin de 2016.
Impliqué dans la maffia minière

L’ancien président de la CENI est un touche-à-tout. Après son mandat contesté à la centrale électorale, Corneille Nangaa Yobeluo a trempé dans plusieurs dossiers encombrants.
C’est le cas de ses traces maladroitement repérées dans le domaine de l’exploitation des matières premières. Tout part de sa déclaration du patrimoine le 26 novembre 2021 qui listait parmi les biens en sa possession, sept véhicules, dont trois appartenant à son épouse, Yvette Lubala Nazinda, cinq comptes bancaires et onze terrains, situés entre Kinshasa et la province du Haut-Uélé. Province où il possède notamment une plantation de cacao, la ferme Ambema de Gombari et une palmeraie, ainsi qu’une parcelle à Kolwezi, dans la province minière du Lualaba.
C’est dans ce contexte qu’a explosé le scandale concernant un projet minier dans lequel il s’est investi à travers un intermédiaire. Un carré minier de Zani Kodo, situé dans la province de l’Ituri et appartenant au patrimoine de la société minière de Kilo-Moto (Sokimo). Cette entreprise est détenue à 30% par l’État congolais et à 70% par des actionnaires privés. Nangaa avec la complicité de certains puissants conseillers de la présidence de la République furent accusés de s’être compromis dans l’appropriation de ces gisements miniers.
Dernières provocations contre le régime Tshisekedi.

Son annonce de candidature à l’élection présidentielle de décembre 2023 aura été ni plus ni moins qu’une expression de provocation. Au moment où la nation congolaise est constamment affectée par les conséquences d’une agression militaire sanguinaire de la part de quelques États membres de l’EAC, Corneille Nangaa vient de réveiller un vieux démon qui dormait.
Tel un couteau dans la plaie, Nangaa rappelle aux Congolais que l’élection présidentielle de décembre 2018 n’était qu’un simple arrangement politique entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi. De quoi donner raison à Martin Fayulu qui a toujours réclamé la vérité des urnes. “Grâce à Dieu, j’étais aux premières loges lors de cette alternance. Un accord politique a été conclu et je demeure convaincu qu’il ne faut pas le jeter dans les poubelles de l’histoire, parce qu’il a sauvé la République d’un possible bain de sang”, a-t-il lancé dans le magazine Jeune Afrique du 24 février dernier.
Petites phrases qui ont réveillé le tollé dans la classe politique congolaise. Même Martin Fayulu Madidi, leader de Lamuka et ex-candidat de l’élection présidentielle de 2018 a bondi dans sa chambre. Nangaa venait de jeter le pavé dans la mare. L’ancien président de la CENI a étalé au grand jour son immaturité politique et son incapacité de garder silence dans un dossier hautement sensible pendant une année électorale très agitée.
Le prédécesseur de Denis Kadima a également officialisé son propre parti politique, en tout cas le parti qui porte officiellement son nom. Personne de Joseph Kabila ou Félix Tshisekedi n’a pesé dans sa décision de se lancer en politique, affirme-t-il. “Ma décision n’a été influencée ni par l’un ni par l’autre”, se targue-t-il d’expliquer avant de qualifier la classe politique congolaise opportuniste. Car, pour lui, “ceux qui, hier, chantaient les louanges de Joseph Kabila sont les mêmes qui, aujourd’hui, font l’apologie de son successeur”. Une sortie médiatique très polémique, conflictogène et explosive qui irrite les états-majors politiques de Kinshasa.
Les réactions qui ne font que commencer enflent sur la toile et l’opposition congolaise saisit l’opportunité pour relancer son chapelet de revendication de la vérité des urnes.
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