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Présidentielle en Tunisie: «Des élections non transparentes, non libres et non justes»

2024-08-28
28.08.2024
2024-08-28
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À 40 jours de la présidentielle, la Ligue tunisienne des droits de l'Homme tire la sonnette d'alarme. « Le climat politique n'est pas sain », dit son président, qui déplore le verrouillage et la répression à l'œuvre dans de nombreux secteurs de la vie publique. Entretien avec Yosra Frawes, directrice du bureau Maghreb et Moyen-Orient à la FIDH, la Fédération internationale des droits humains.

“Kaïs Saïed est un populiste critique de la démocratie représentative”

Élu à la tête de la Tunisie en 2019, Kaïs Saïed se présente pour obtenir un nouveau mandat le 6 octobre. Accusé d’autoritarisme par une opposition muselée, le président tunisien ne relâche pas sa poigne de fer sur la vie politique du pays, à la veille d’une élection qui se déroule dans un climat d’arrestations et de limogeages. France 24 fait le point avec l’essayiste tunisien Hatem Nafti.

Dans un discours diffusé dans la nuit du dimanche 25 août, Kaïs Saïed a annoncé le limogeage de 19 ministres, dont ceux des Affaires étrangères et de la Défense, après le changement surprise début août du Premier ministre Ahmed Hachani, remplacé par Kamel Madouri.

Le président tunisien a justifié ce coup de balai par des impératifs de "sûreté nationale", au nom de "l'intérêt suprême de l'État". Selon lui, "un système corrompu dont les acteurs espèrent un retour en arrière" est "parvenu à instrumentaliser" un grand nombre de responsables de l'État et à en bloquer les rouages.

Au moins trois candidats lui feront face le 6 octobre : Zouhair Maghzaoui, un ancien député de la gauche panarabe, Ayachi Zammel, un industriel quadragénaire et chef d’un parti libéral ainsi qu’Abdellatif Mekki, un islamo-conservateur.

La liste définitive des candidats devrait être officialisée la semaine du 2 septembre. Certains candidats se sont plaints d’avoir été entravés sur le plan administratif pour obtenir les formulaires de parrainages ainsi qu’un extrait de casier judiciaire.

 L’essayiste tunisien Hatem Nafti, auteur de “Tunisie, vers un populisme autoritaire ?” (Riveneuve, 2022) et de “Notre ami Kaïs Saïed. Essai sur la démocrature tunisienne”, à paraître le 3 octobre, juge sévèrement le quinquennat du président.

Autoritarisme, arrestations d’opposants et de voix critiques, propagation de théories du complot, il répond aux questions de France 24.

 Dans quel climat politique va se dérouler l’élection présidentielle du 6 octobre ?

Hatem Nafti : Tout d’abord, il faut rappeler que l’actuel président, Kaïs Saïed, sous prétexte de crise économique et sanitaire, a fait le 25 juillet 2021 un coup d’État. Depuis, il a complètement transformé la gouvernance politique en allant vers un régime aux pouvoirs présidentiels très, très étendus.

Il s'est par exemple donné le droit de limoger des magistrats. Sur la simple foi d'un rapport de police affirmant qu'untel est un juge corrompu, le président peut le limoger. Les juges qui ne jugent pas comme le voudrait l'exécutif peuvent se retrouver du jour au lendemain interdit d'exercer ou muté de force. L'exécutif fait pression sur le judiciaire et le président ne s'en cache pas.

Dans la pratique, on a un régime ultra présidentiel où le président décide d’à peu près tout. Kaïs Saïed a gouverné par décrets-lois entre septembre 2011 et mars 2023. Avec le décret 54 contre la cybercriminalité, il est revenu sur la libéralisation que la Tunisie a connue depuis la révolution de 2011. Concernant les délits de presse, on avait jusqu’ici des lois qui ne prévoyaient pas de peines de prison en cas de diffamation.

Le décret loi 54 est censé lutter contre les fake news mais de nombreuses personnes se réclamant du président en propagent, avec des incitations à la haine matin, midi et soir et elles ne sont quasiment jamais inquiétées. Ce décret vise surtout l'opposition et les voix critiques du régime.

Quels candidats affronteront le président Kaïs Saïed le 6 octobre ?

La liste des candidats retenus n’est pas encore définitive mais la plupart des opposants sont en prison. Parmi les trois candidats d’opposition retenus à ce jour, il y en a un qui, tous les jours, doit se déplacer de ville en ville pour répondre à des accusations d'avoir soi-disant trafiqué les parrainages nécessaires à sa candidature.

Mardi, l’ancien ministre de la Santé, Abdellatif Mekki, un ancien dirigeant du parti islamo-conservateur Ennahda, a été autorisé à se présenter. Mais un juge d'instruction lui a interdit de se déplacer au-delà de son quartier, de parler à la presse et d'utiliser les réseaux sociaux.

Il faut aussi rappeler qu’après le coup d'État, l’instance électorale indépendante, dont les membres étaient élus à une majorité qualifiée des deux tiers de l'Assemblée, a été dissoute et le président a nommé lui-même les membres d’une nouvelle instance.

Dans ce contexte, pensez-vous que les Tunisiens vont se rendre aux urnes ?

C’est très difficile à dire. Aux élections législatives de 2022-2023, la participation se situait entre 11 et 12 %. Un record mondial ! Sauf que cette fois, il y a un enjeu. Dans la culture tunisienne, l'élection présidentielle, c'est une chose assez importante, comme en France. Tout va dépendre du casting qui est encore en train de bouger.

L'opposition n’ose pas appeler au boycott parce qu'il peut y avoir des candidats sérieux qui représentent les différentes familles politiques (l'ancien régime de Ben Ali, les islamistes et les démocrates). Il est donc difficile de dire, aujourd’hui, si ces élections peuvent être valides. Cela dépendra du comportement de l'exécutif et de la résilience des oppositions.

Il faut aussi souligner qu’il y a un rejet massif de toute la classe politique dans la population, qui est souvent résignée et se dit “de toute façon, il n'y a pas d'alternative au président”. Il peut donc y avoir un réflexe légitimiste chez de nombreux Tunisiens qui voient la période post-révolutionnaire (2011-2021 NDLR) comme une décennie noire.

Dans vos ouvrages, vous dénoncez les théories du complot qu’invoque fréquemment Kaïs Saïed pour expliquer les maux de la Tunisie. Ont-elles un impact sur les électeurs ?

Kaïs Saïed explique tous ses échecs par des complots, venant des anciennes élites ou de l’étranger. Il explique tout par le complot, que ce soit pour l'économie quand il y a des problèmes d'approvisionnement ou quand il s’agit de la sécheresse qui frappe la Tunisie depuis 7 ans.

Devant l’afflux de migrants subsahariens en Tunisie, il invoque la théorie du “grand remplacement”. Au lieu de dire que c’est l’Union européenne qui soutient n'importe quel pouvoir en place pour renforcer le contrôle de ses frontières sud et empêcher les migrants de rejoindre l’Europe (en juillet 2023, la Tunisie a signé "un partenariat stratégique complet" avec l’UE en matière d’immigration prévoyant une aide directe de 150 millions d’euros NDLR).

Son discours sur la question migratoire est très efficace auprès de nombre de Tunisiens qui, quotidiennement, font la queue pour acheter du pain et perçoivent souvent les migrants comme des colons.

Kaïs Saïed est-il toujours perçu par une partie des Tunisiens comme un rempart contre le parti islamiste Ennahda ?

Non, il faut arrêter avec ça. Beaucoup ont soutenu son coup d'État parce qu'ils pensaient qu'il allait les débarrasser des islamistes. Mais il a introduit la charia dans la Constitution. Dans le genre laïc, j'ai connu un petit peu plus laïc.

C'est un gros malentendu chez les élites tunisiennes et chez une partie des élites occidentales. Kaïs Saïed est un populiste qui critique la démocratie représentative. Il est opposé à l'islam politique parce qu’il est contre tous les partis, qui sont pour lui une perversion de la volonté populaire. Il est aussi contre tous les corps intermédiaires dont les associations, et particulièrement les ONG, qu'il estime être les bras armés des puissances étrangères occidentales.


rfi / france24 / MCP , via mediacongo.net
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