
Monde
Il y a un an jour pour jour, Israël vivait l’attaque la plus meurtrière de son histoire. Et le début d’une nouvelle guerre dans la bande de Gaza, d’un embrasement en Cisjordanie occupée et d’une escalade sans précédent du conflit dans la région. RFI consacre une journée spéciale à cet anniversaire.
À l’aube de ce samedi 7 octobre 2023, jour de shabbat, des milliers de roquettes sont lancées depuis la bande de Gaza vers Israël. C’est le début de l’opération « Déluge d’Al-Aqsa », lancée depuis l’enclave palestinienne, mettant fin à une trêve globalement respectée depuis la fin d'une guerre de cinq jours en mai de la même année. Des commandos des Brigades Ezzedine al-Qassam, branche armée du Hamas – mais aussi d’autres factions du Jihad islamique, du Front démocratique de libération de la Palestine, du Front populaire de libération de la Palestine et les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa-, sortent, à l’aide d’explosifs et de bulldozers, de la bande de Gaza.
Plus de 3 000 d’entre eux s’infiltrent dans le sud d’Israël, dont certains en parapentes motorisés. L’attaque est ainsi menée sur trois fronts : sur terre, depuis la mer où ces combattants ont débarqué sur des plages israéliennes, et depuis les airs. « Nous avons décidé de mettre un terme à tous les crimes de l'occupation » [israélienne, NDLR], et « plus de 5 000 roquettes » ont été tirées depuis ce matin, déclare alors Mohammad Deif, commandant des Brigades Ezzedine al-Qassam, dans un enregistrement audio diffusé par Al-Aqsa TV, chaîne de télévision du Hamas.
Des morts, des blessés et des otages
Des kibboutz, Kfar Aza, Be’eri et Nir Oz, et de nombreuses localités alentours sont attaqués et leurs habitants froidement tués lors d’une opération massive et coordonnée. Mais aussi des bases militaires - Zikim, Nahal Oz, Erez et ReÏm- où des soldats sont surpris en plein sommeil, abattus dans leurs baraquements. Pire : plus de 360 personnes décèdent lors de l’attaque du festival de musique techno Tribe of Nova qui réunit plusieurs centaines de personnes, pris au piège à seulement quelques kilomètres de la bande de Gaza.
« C'est absolument fou. Absolument fou, raconte quelques heures plus tard un habitant de Tel-Aviv sur RFI. Personne ne pensait que c'était possible. Cette fois-ci, ils n'ont pas eu besoin de tunnels. Ils ont juste coupé le grillage de la barrière de séparation et ils sont passés. Tout simplement. Avec des Toyota pleines de combattants. Cela a l'air tellement facile, c'est incroyable. Cela ressemble à un jeu vidéo. »
Mille deux cent cinq personnes sont assassinées, dont 815 civils et 36 enfants, des Israéliens, mais aussi des étrangers. Des milliers d’autres personnes sont blessées. Les hôpitaux appellent aux dons du sang. L’attaque sanglante du Hamas ne s’arrête pas là. Ce 7 octobre 2023, 251 otages sont emmenés dans la bande de Gaza. Des témoignages font état d’atrocités inimaginables, des soldats morts, baignant dans leur sang. Des civils innocents abattus en pleine rue, des femmes violentées sexuellement.

La panique s’empare de tous, au point que certains médias propagent les rumeurs selon lesquelles des bébés ont été mis dans des fours ou ont été décapités, qu’une femme enceinte aurait été éventrée, informations qui s’avéreront par la suite être fausses, selon le quotidien Haaretz.
Toujours selon le quotidien israélien daté du 7 juillet 2024, les autorités auraient, ce 7 octobre, réactivé la directive Hannibal, doctrine militaire mise en place dans les années 1980 et initialement révoquée en 2016 qui consiste à empêcher le risque de prise d’otage, même au prix de la mort des captifs. La doctrine aurait été mise en œuvre dans les bases militaires d’Erez, de Réim et de Nahal Oz, et dans le kibboutz de Be’eri.
Pour autant, les attaques simultanées du Hamas, souvent filmées par les assaillants, sont d’une violence inouïe, inédite, « le pire jour pour le peuple juif depuis la Seconde Guerre mondiale », se rappelle aujourd’hui l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak. Les sirènes retentissent dans tout le pays, jusqu’à Jérusalem, suivies de déflagrations des roquettes interceptées dans le ciel par le dôme de fer, le dispositif anti-missiles israélien. Il faudra près de deux jours à Israël pour mettre fin au carnage.
Israël « en guerre » contre les « animaux humains »

Le même jour, peu de temps après cette attaque sans précédent et alors que le Hamas appelle tous les Palestiniens des territoires occupés au soulèvement général, le Premier ministre israélien déclare qu’Israël est « en guerre » et affirme par la suite que son objectif est de détruire le Hamas, au pouvoir depuis 2007 dans la bande de Gaza. Débute alors l’opération « Épée de fer ». Le ministre de la Défense Yoav Gallant déclare l’état d’urgence dans un rayon de 80 kilomètres de la frontière de l’enclave palestinienne. Des milliers de réservistes sont mobilisés pour être déployés à Gaza mais aussi en Cisjordanie occupée et le long de la frontière avec le Liban et la Syrie.
« Nous imposons un siège total contre la ville de Gaza. Il n'y a pas d'électricité, pas de nourriture, pas d'eau, pas de carburant. Tout est fermé. Nous combattons les animaux humains et nous agissons en conséquence », affirme ensuite Yoav Gallant. Ce 7 octobre, 232 Palestiniens sont tués à Gaza et des centaines d’autres blessés. La bande de Gaza commence à être bombardée. Trois tours de plus de dix étages s’écroulent le jour même, rapporte alors l'AFP.
L’Autorité palestinienne est également en état d’alerte. Ses hôpitaux déclenchent une opération spéciale pour accueillir des blessés de Gaza. Beaucoup s’attendent à une lourde riposte israélienne contre l’enclave côtière palestinienne, où vivent plus de deux millions d’habitants.

Une faille des services de sécurité israéliens
Ce 7 octobre 2023, les Israéliens se demandent comment cette attaque a pu se produire alors qu’Israël possède la plus puissante armée du Moyen-Orient, une armée qui passe à l’action seulement vers 10h du matin, soit quatre heures après le début du drame. En Israël, le 7 octobre est qualifié de « naufrage sécuritaire ». Depuis des mois, le pays est vulnérable, traversé par une vague de manifestations contre la réforme de la justice qui se traduit aussi par un refus de mobilisation militaire en signe e de protestation. Des réservistes de l’armée débrayent et refusent de s'entraîner durant les derniers mois.
En juin 2024, la télévision publique Kan révèlera l'existence d'un rapport de l'unité 8 200 - unité chargée de décoder et analyser les informations obtenues par le service de renseignement – datant du 19 septembre 2023 qui détaille des entraînements d'unités d'élite du mouvement islamiste palestinien en vue de raids contre des positions militaires et des kibboutz dans le sud d'Israël, soit moins de trois semaines avant que le Hamas ne lance son attaque sanglante. Les services israéliens avaient obtenu les plans de l’attaque, un document du Hamas de 40 pages baptisé du nom de code « Mur de Jéricho », un an avant son déclenchement, selon le New York Times.
Également, longtemps avant le 7 octobre 2023, des soldates israéliennes avertissent leur hiérarchie que le groupe palestinien prépare, sous leurs yeux, son opération. « On les voyait vraiment s’entraîner comme une armée, raconte un an plus tard l’une d’elles à Sami Boukhelifa, notre correspondant à Jérusalem. Ils ont comme des maquettes de notre barrière [de sécurité]. Ils déguisaient des personnes en soldats, apprenaient à les enlever en les neutralisant. Ils avaient aussi des maquettes de tanks avec des écritures en hébreu. Ils apprenaient à détruire des maisons, des murs, des fenêtres. Ils avaient tout. »
L'Égypte, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, puis du président Sissi lui-même, a aussi alerté Israël sur des risques de possibles violences « trois jours » avant l'assaut du Hamas, indique le 11 octobre 2023 l'élu américain Michael McCaul, chef de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants.
L'attaque de ce samedi 7 octobre 2023 constitue la plus vaste et sanglante incursion en Israël depuis l'assaut surprise lancé par les forces syriennes et égyptiennes au début de la guerre israélo-arabe d’octobre 1973. Un an après, le 7 octobre 2024, 97 otages sont toujours retenus en captivité, dont 33 déclarés morts. La bande de Gaza a été détruite à 70 %, près de 42 000 Palestiniens, dont des femmes et des enfants en majorité, ont été tués et la situation humanitaire est catastrophique. Le conflit a pris une tournure régionale et la communauté internationale semble impuissante à y mettre un terme, faisant craindre chaque jour une nouvelle escalade.
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Des roquettes tirées de la ville de Gaza en direction d'Israël, le 7 octobre 2023. AFP - MAHMUD HAMS