
Politique
« L'Église catholique n'est pas contre le principe de réviser la Constitution, elle n'est pas contre le principe de réfléchir sur la Constitution », déclare, dans le magazine Face-à-Face de Top Congo FM, Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO).
Question d'opportunité
« La réflexion, on peut bien la faire, mais est-elle opportune aujourd’hui ? », s'interroge-t-il.
Dans tous les cas, « c'est scandaleux d'aller dans ce sens-là (révision ou changement de la Constitution), alors qu'une partie du pays est occupée. C'est cracher sur tout ce monde-là. Il y a quand même (d'autres) priorités », peste le prélat.
Mais puisque le clergé catholique ne s'oppose pas à l'idée d'une réflexion sur l'actuelle loi fondamentale, est-il prêt à participer à la Commission multidisciplinaire qu'entrevoit de mettre en œuvre Félix Tshisekedi ?
« L'Église n'a jamais refusé d'apporter sa contribution là où elle estime pouvoir apporter une lumière. Réfléchir est une chose, mais s'engager à réviser ou changer (la Constitution) en est une autre », pointe Mgr Nshole.
D'ailleurs, « les évêques n'attendent pas cette commission pour réfléchir. Ils ont déjà instruit leurs services techniques pour mettre à contribution les experts en la question », révèle-t-il.
Et de souligner : « il s’agit des experts apolitiques qui vont éclairer leur lanterne. Pas ceux qui ont vendu leur intelligence pour besoin d'argent et de pouvoir. C'est donc en toute responsabilité que les évêques se comportent ».
À propos d'1 million de dollars ou précisément de 600 000 dollars par diocèse reçus du pouvoir public pour des projets de développement local et dont l'Église ne parle pas d'après Jean-Pierre Bemba, « j'ai présenté les œuvres (réalisées), j'ai fait une émission à la télévision publique (RTNC) et j'ai fait une émission avec la presse présidentielle… peut-on faire mieux que ça ? », lui rétorque le porte-parole de la CENCO.
« D'ailleurs, l'une ou l'autre personne a réagi après l’on interviewe avec la presse présidentielle en disant : vous êtes maintenant devenus des propagandistes du pouvoir ! Alors, dire que nous n'en avons pas assez parlé pendant que les médias en ont fait écho, ce n'est pas correct », peste-t-il.
Et « puisque nous parlons du vice-Premier ministre Jean-Pierre Bemba, chez lui à Gemena, l'unique centre où on peut avoir accès à un examen IRM avec scanner, dans toute la province d'ailleurs, c'est dans un centre inauguré le 9 mars 2024, dans le cadre de ce projet », relève Mgr Donatien Nshole .
« C'est quelque chose d'exceptionnel chez lui, mais qu'il ignore. Dès lors, on peut se poser la question de savoir s'il se préoccupe de la santé de ces populations », commente-t-il.
Sur ces entrefaites, le secrétaire général de la CENCO laisse entendre que « le taux de réalisation serait de 60%, et même plus que ça d'ailleurs ».
Et pour cause ?
« Il est des diocèses qui ont préfinancé et d'autres qui se sont endettés. À Boma, par exemple, le diocèse a construit un centre d'analyse biomédicale dont les instruments coûtent très chers. Il s'est arrangé avec un fournisseur pour acheminer les matériels en comptant sur la 3e tranche qui n'est toujours pas là », lance-t-il.
En ce qui concerne la proximité supposée ou réelle de l'Église catholique avec l'opposition et surtout le « peu de bruit fait autour de l'agression rwandaise », Mgr Nshole clame qu'« il n'y a pas une institution de la Société civile qui a fait plus que la CENCO en rapport avec la guerre dans l'Est ».
Pour commencer, « c'est la balkanisation que nous redoutons et la CENCO a organisé une marche nationale contre la balkanisation. Souvenez-vous également d'une déclaration du Cardinal après une visite dans l'Est du pays », énumère-t-il.
« Puisque je réponds à M. Jean-Pierre Bemba, quand il était ministre de la Défense, nous sommes, avec Mgr Utembi, allés le voir, dans le cadre du plaidoyer que nous comptions mener auprès de l'Union européenne et des USA contre l'agression rwandaise. Nous avons également vu le ministre des Affaires étrangères, Christophe Lutundula. N'est-ce-pas là une intervention de haut niveau ? », demande le porte-parole de la CENCO.
« Revisitez les différents messages de la CENCO ces 10 dernières années, vous verrez que nous parlons de la question de l'Est 8 sur 10 fois. Le message qui me revient à l'esprit date de novembre 2022 où on alerte sur le danger encouragé par le pays. Les évêques y ont cité le Rwanda et ont regretté l'indifférence et l'hypocrisie de la communauté internationale. Quelle autre structure de la Société civile, quelle autre église a fait plus que la CENCO, plus l'Église catholique, pour dire qu'on n'en fait pas assez ? », Martèle-t-il.
Ces derniers temps, « les évêques insistent sur une chose : la nécessité des concertations au-delà des affinités politiques, particulièrement au regard de l'insécurité dans l'Est. Ça n'est pas la seule affaire du pouvoir. L’opposition et la Société civile ne doivent pas être à l'écart. Le message de la CENCO est clair : c'est le président de la République qui doit réunir les uns et les autres. C'est la recommandation que l'église essaie de lui faire bien que celle-ci n'a pas rencontré, jusque-là, un écho favorable », regrette-t-il.
Et de proclamer : « nous voulons travailler avec le gouvernement. Mais il faut que les autres soient là aussi. Nous serons plus forts si nous créons une dynamique nationale ».
Par conséquent, « ne soyez pas surpris si on essaie de rencontrer l'un ou l'autre pour les ramener dans la dynamique autour du président », lâche-t-il.
Au demeurant, « l'Église, la CENCO, les prêtres n'ont aucune intention de faire la politique. Nous sommes là comme des pasteurs qui veillent sur le bien-être de leurs brebis. Ces brebis sont les citoyens dont la vie dépend de la gouvernance du pays. Si le pays est bien gouverné, si la population qui constitue nos brebis vit dignement, on ne verra pas l'Église s'intéresser à des questions politiques », confie-t-il.
Seulement, « comme l'a dit autrefois le pape Benoît : l'Église ne peut pas se taire là où la population souffre », prévient-il.
C'est dans ce cadre justement que « j'ai rendu visite à M. Jean-Pierre Bemba en prison à la Haye, comme mentionné dans la mise en point. Il ne dira pas que j'y suis allé comme politique, dans quel cas, je me serai amené avec des caméras », argumente le prélat.
C'est là que Monseigneur Nshole apprend qu'en réaction à son communiqué, le vice-Premier ministre, ministre des Transports a affirmé à Top Congo FM que l'Église ne lui a jamais rendu visite en prison et que c'est en 2018, qu'il a rencontré le Cardinal Ambongo, la première fois, chez lui à la maison.
« Si c'est lui qu'il a dit, il a menti. Témoin, la ministre Eve Bazaïba à qui j'ai demandé service. Je peux même vous décrire la cellule dans laquelle il était et compter le nombre de barrières traversées. S'il ne reconnaît pas ça, alors il y a quelque chose qui ne va pas. Je ne comprends pas qu'il dise qu'on ne lui a jamais rendu visite », dit, interloqué, Mgr Donatien Nshole.
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