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Politique

Corneille Nangaa : "On doit refonder tout l’État congolais. Tout est corrompu jusqu’à la moelle"

2025-02-21
21.02.2025
2025-02-21
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Corneille Nangaa, Coordonnateur de l’Alliance Fleuve Congo (AFC)

A Goma, le coordonnateur de l’Alliance Fleuve Congo multiplie les rendez-vous pour “relancer” la ville.

La Libre : Vous aviez déclaré il y a un mois que la chute du régime de Félix Tshisekedi était votre objectif. Depuis, vous avez conquis les grandes villes de Goma et de Bukavu, on suppose donc que cet objectif n’a pas changé ?

Corneille Nangaa : Notre objectif est de libérer tout le pays. Je peux dire que les zones que nous contrôlons sont les plus sécurisées.

Une négociation avec le régime de Félix Tshisekedi est-elle toujours envisageable après ces conquêtes ?

La négociation demeure notre maître mot pourvu qu’elle soit sincère et directe avec Félix Tshisekedi. Nous ne sommes pas très enthousiastes vis-à-vis des processus en cours comme ceux de Luanda et de Nairobi. Le premier n’implique que la RDC et le Rwanda. Le second a été déchiré par Félix Tshisekedi lui-même. Il n’a pas voulu que le M23 en soit partie prenante et les protagonistes de Nairobi sont devenus ses alliés. Ce processus ne donne donc aucune réponse à la crise. On demande une négociation directe mais nous nus interrogeons sur la confiance que nous pouvons placer dans ce Monsieur qui a multiplié les parjures, qui ne respecte aucune parole, aucun engagement pris. Quelle garantie qu’il respectera les engagements qu’il prendra ?

Les évêques catholiques et les protestants ont lancé une initiative de dialogue. Vous pourriez y souscrire ?

Nous les avons rencontrés. Ils ont eu le courage de venir jusqu’ici, à Goma. Ils parlent d’un pacte social. J’appelle ça un plan directeur qui doit concerner tous les Congolais et nous lier sur plusieurs générations pour que notre Congo sorte du trou noir dans lequel il s’enfonce aujourd’hui. Mais évidemment, il faudra voir les prérequis qui seront sur la table. On ne va pas accepter n’importe quoi. Les initiateurs de cette démarche en sont évidemment conscients.

Vous pourriez, vous, organiser dans les zones que vous contrôlez, une négociation avec toute l’opposition ?

Il ne faut pas aller trop vite. Aujourd’hui, nous devons stabiliser les zones que nous venons de libérer. Il ne faut pas oublier pourquoi nous nous retrouvons dans cette alliance avec le M23, certains pans de la société civile, de la diaspora et les autres composantes. Nous avons joint nos efforts pour créer l’Alliance fleuve Congo parce que nous avons constaté que nous étions face à une crise multiforme. Il y a quatre raisons pour expliquer cette crise. D’abord un État défaillant. M. Tshisekedi a détruit l’armée, corrompu l’administration et tribalisé la justice. Ensuite, il y a la crise politique liée au fait qu’il n’a jamais gagné les élections. En 2023, le vainqueur, c’est Moïse Katumbi. Tshisekedi a créé le résultat grâce à une structure tribale qui passe notamment par la Cour constitutionnelle, la Ceni, etc. Les acteurs politiques qui ne sont pas d’accord avec lui sont soit en prison, soit en exil ou ils sont morts. On a aujourd’hui une centaine de personnalités politiques de premier rang en exil. Vous en savez quelque chose en Belgique. Personnellement 19 membres de ma famille sont en prison. Tshisekedi a aussi systématiquement violé la constitution. Aujourd’hui, il veut l’enterrer pour en concevoir une sur-mesure pour lui et son clan. Il y a ensuite la mauvaise gouvernance. Tshisekedi a instauré un régime de corruption généralisée. Tous les marchés publics sont distribués de gré à gré par ou pour sa famille. Un seul exemple. Le centre des finances. Un projet de 80 millions de dollars attribué à un investisseur turc par l’ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi. Le coût est désormais, c’est vérifiable, de 800 millions de dollars qui ont été déboursés par les caisses de l’État et, pourtant, le projet est resté en chantier. Mais on peut citer l’escroquerie du RAM, qui a coûté des centaines de millions de dollars aux Congolais, le programme des 100 jours ou celui des 145 territoires. Et la liste est encore très longue. Des milliards de dollars se sont évaporés pour atterrir essentiellement dans les poches des membres de sa famille. Enfin, il y a la crise identitaire. Certains Congolais se sont vus refuser la nationalité congolaise. Il y a eu les Rwandophones et aujourd’hui, cette crise s’est même étendue aux Swahilophones. Face à ces crises, nous ne pouvions rester les bras croisés. On a proposé des discussions politiques mais ça n’a pas marché. Le seul message qu’il comprend, c’est la force.

Votre mouvement, lancé le 15 décembre 2023 est devenu un acteur incontournable…

Au départ, nous étions infréquentables. Aujourd’hui, une dynamique s’est créée, notamment grâce aux turpitudes du régime. On a entendu des appels venant de Lubumbashi, de Mbandaka ou Mbuji Maï. Les Congolais nous attendent et nous accusent de non-assistance à personne en danger.

Les gens scandent votre nom. C’est grisant, non ? Quel rôle envisagez-vous de jouer ?

Mon rôle personnel importe peu.

Vraiment ?

Vraiment. Il faut voir le chemin parcouru et pas seulement depuis la naissance de l’AFC. J’en profite pour rendre hommage aux lions de Sarambwe (le mouvement tutsi qui a notamment donné naissance au M23) qui ont lancé le combat. Nous nous sommes joints à eux parce que la lutte armée était inévitable. C’est comme une maison. Il y a eu les fondations, on a monté les murs, d’autres le toit et d’autres viendront encore. Cette maison est un projet accepté et soutenu désormais par une majorité de Congolais. L’AFC, dont je ne suis que le coordonnateur, est devenu l’espoir du pays face à la misère qui touche de plus en plus de Congolais, au tribalisme, à la dérive autoritaire, à la gabegie, aux détournements sans fin.

Vous avez quand même fait des sacrifices…

Je suis condamné à mort, avec beaucoup d’autres, on m’a spolié mes biens, je n’ai pas vu ma femme depuis un an et demi et mes enfants ont été séparés et vivent loin de leurs parents. Je vais jouer un rôle, certainement. Les textes de l’AFC sont précis.

Comment est organisé financièrement votre mouvement ?

On s’organise !

Avec les mines conquises ?

Nos textes sont clairs. Nous avons l’interdiction de nous impliquer dans l’exploitation ou la commercialisation des minerais. Certains ont été tentés. Ils ont été exclus. Depuis la prise de Bunagana, en mai 2022, le plus grand fournisseur d’armes, c’est l’armée congolaise. Les stocks que nous avons encore récupérés à Goma sont impressionnants. Financièrement, on administre les territoires libérés. On doit se débrouiller avec les recettes que nous recueillons. On doit faire des choix tous les jours. Les priorités changent mais les budgets ne sont pas élastiques.

L’ONU a pourtant chiffré ce que vous empochiez mensuellement avec la mine de Rubaya.

Certains, à l’Onu, ont parlé de 300 000 dollars par mois, d’autres, de 800 000 dollars. Rubaya est en fait exploité par des coopératives, des associations. C’est toujours le cas. Une partie était entre les mains de M. Mwangachuchu qui a été arrêté et la famille Tshisekedi a accaparé ses exploitations. Comme elle l’a fait avec moi en Ituri et comme elle le fait chaque jour au Lualaba et dans le Haut-Katanga.

Avec la prise de grandes villes, vous devez aussi gérer désormais la justice civile ?

Exact. Cela fait partie de la stabilisation. À Goma, j’ai notamment reçu le président de la cour d’appel. Nous travaillons avec les magistrats pour réhabiliter la justice. C’est un travail colossal. Avant Goma, on travaillait essentiellement avec les principes de la justice transitionnelle. Il y a beaucoup de bonne volonté. On veut et on doit refonder l’État. C’est un travail titanesque. Mais on va y arriver. Ce sera la même chose pour l’administration. Nous avons formé des cadres mais nous allons essentiellement travailler avec des Congolais qui ont la même envie que nous d’un vrai État qui aura ses institutions stables et crédibles. L’ARC (armée révolutionnaire du Congo) qui est notre bras militaire est l’embryon de la nouvelle armée.

À Goma, les banques sont à l’arrêt sous pression de Kinshasa, c’est un coup dur pour vous ?

Il y a eu des pillages à Goma, mais aucune institution bancaire ou financière n’a été touchée. Kinshasa pense nous asphyxier en interdisant la réouverture des banques. Mais ce sont surtout les Gomatraciens qui souffrent. C’est inacceptable. Les banques doivent rouvrir immédiatement. C’est aussi dans leur intérêt. Les capitaux ne travaillent pas, les prêts ne sont pas remboursés dans des zones qui ont un vrai poids économique. Si elles ne rouvrent pas, elles feront l’objet de sanctions. On envisage des solutions. Si on les met en place, il y a fort à parier que les clients de ses banques dans le reste du pays auront envie de récupérer leurs fonds, ce qui risque de provoquer un mouvement de panique dévastateur pour ces institutions avec lesquelles on a engagé un dialogue.

À Goma, toujours, il y a un débat sur le nombre de morts lors des combats. Vous avez des chiffres ?

Non. Je peux vous dire que nous avons organisé les inhumations avec le CICR, la Croix-Rouge congolaise et notre protection civile. Le chiffre de 3 000 morts est largement surévalué. Mais il y a eu des morts, quand je suis rentré dans la ville, il y avait encore des cadavres sur le sol. Nous avons aussi perdu des hommes. Il y a cinq jours, on avait dénombré 787 morts, la quasi-totalité sont des combattants et ce chiffre englobe nos morts. Nous avons institué une commission qui produira un livre blanc sur les morts de Goma. Le résultat sera dépose entre les mains de la justice.

 

Hubert Leclercq, envoyé spécial à Goma
La Libre Belgique
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Il y a 407 jours
Lorsque les critères de sélection de la classe dirigente font défauts, inexistants, la concentration des pouvoirs entre les mains des gens du même espace, tout bascule. Parceque à la fin on aura une mafia, un clan mafieux à diriger. Tout devient opaque. Aujourd'hui dans quel secteur les membres du club de mangeur de la viande sont absents ? L'effondrement des FARDC est dans cette optique de protection du clan que du pays.

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Il y a 407 jours
Lorsque les critères de sélection de la classe dirigente font défauts, inexistants, la concentration des pouvoirs entre les mains des gens du même espace, tout bascule. Parceque à la fin on aura une mafia, un clan mafieux à diriger. Tout devient opaque. Aujourd'hui dans quel secteur les membres du club de la

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Il y a 407 jours
A BON MENTEUR QUI VIENT DE LOIN CERTES LES DEFAUTS DU REGIME DE TSHISEKEDI SONT NOMBREUX MAIS ON SUPPOSE QU'IL Y AURAIT AUTRE FACON DE PROCEDER POUR Y REMEDIER AU LIEU D'EXTERMINER SES COMPATRIOTES

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Il y a 408 jours
Kagame vient de rompre les relations diplomatique avec la Belgique a cause de la RDC , Kagame dit quelques soit les sanctions ou les menaces il iras jusqu'au bout avec Tshilombo

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Il y a 408 jours
Ce ne sera pas la première fois que le Rwanda produira un président congolais, Kabila était le premier, Nangaa, vous ne serez pas le dernier, si seulement vous atteignez Kinshasa. Je ne sais pas ce que Dieu a inséré dans le cerveau des dirigeants congolais.

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Il y a 408 jours
Bien que nous souhaitons que Tshilombo et sa clique dégagent pour incompétence, mensonges et toutes leurs incapacités mondialement connues. Nous ne pouvons accepter que nos compatriotes soient tués par les Rwandais. Vous n’êtes pas le bienvenu, prenez celui que vous avez mis à la tête du pays, on ne vous le pardonnera jamais et allez régler vos compte à Kigali

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