
Politique
Le spectacle indigne offert par le ministre de la Justice Constant Mutamba et le procureur général Firmin Mvonde au Palais de Justice de Kinshasa ce 26 mai 2025 résume à lui seul la crise des institutions congolaises : des egos surdimensionnés, des accusations de corruption mutuelles, et une bataille juridico-politique qui mine la crédibilité de l’État.
Dans ce duel toxique aux dépens de l’État où chacun brandit des dossiers compromettants – détournement de 19 millions de dollars pour l’un, soupçons d’enrichissement illicite pour l’autre –, le véritable perdant est le peuple congolais, témoin impuissant de l’effritement de son administration. C’est un clash des titans où l’on retrouve corruption, menaces et tribalisation de la justice.
Constant Mutamba se présente en Ministre d’État qui défie la justice. Dans une déclaration incendiaire, Constant Mutamba accuse Firmin Mvonde d’être un « maffieux » lié aux « Kabilistes », invoquant même « le dieu de [ses] ancêtres » comme bouclier spirituel. Une rhétorique tribalisante qui rappelle les pires heures des règlements de compte sous Kabila. Pire, il menace ouvertement les magistrats.
« Ils n’iront pas là-bas », sous-entendant son pouvoir de bloquer les enquêtes. Un aveu de l’instrumentalisation politique de la justice. Firmin Mvonde, serait-il le procureur qui vise trop haut ? L’accusation de détournement sur le chantier de la prison de Kisangani (19 millions USD disparus) est lourde, mais Mvonde est lui-même suspecté d’acquisitions immobilières opaques en Europe. Un combat de faux vertueux .
La saisine de l’Assemblée nationale pour lever l’immunité de Constant Mutamba est légale, mais le timing – en plein rebondissement de la crise sécuritaire dans l’Est – interroge : une manœuvre pour distraire l’opinion ? La clé de voûte des institutions paraît fissurée. Le Président, censé incarner l’unité nationale, laisse ses institutions s’entre-dévorer. Son silence équivaut à une tolérance coupable.
Alors que le RDF/M23 avance et que les partenaires internationaux s’impatientent, ce scandale détourne l’attention des vrais enjeux. La RDC, déjà fragilisée par les conflits ethniques et l’effondrement économique, ne peut survivre à une guerre des institutions. Les rumeurs de coups et de fuites d’élites le prouvent. Il y a urgence d’un coup de semonce présidentiel dans cette histoire.
Il est temps que Félix Tshisekedi siffle la fin de la récréation. Sanctionner Constant Mutamba s’il a détourné des fonds, mais aussi exiger la transparence de Firmin Mvonde. Rétablir l’autorité de l’État par un discours ferme, avant que cette crise ne nourrisse les rébellions et les velléités sécessionnistes. Saisir la Cour constitutionnelle pour trancher ce conflit, plutôt que de laisser pourrir une situation qui rappelle les préludes des guerres civiles.
La RDC mérite mieux que des dirigeants qui transforment ses institutions en arènes de combat personnel. Le pays le plus riche du monde en ressources ne doit pas mourir de la cupidité de ses élites.
TEDDY MFITU, Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
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