
Provinces
Alors que certains médias complaisants s’évertuent à peindre Jean Bakomito Gambu en sauveur providentiel du Haut-Uélé, une analyse rigoureuse des faits révèle une tout autre réalité : celle d’un mandat marqué par l’inaction déguisée en réformes, les annonces médiatiques sans lendemain, et une gestion clientéliste héritée des pires travers de la politique congolaise.
Derrière le vernis d’un « leadership résilient » entretenu par des « communicateurs rémunérés par l’argent du contribuable » se cache une province toujours aussi marginalisée, où les populations continuent de subir les conséquences d’une administration fantôme. Le bilan routier de Jean Bakomito Gambu est en trompe-l’œil avec des chantiers stratégiques qui n’existent que sur papier glacé.
Ses terroristes du clavier sur les réseaux sociaux très dithyrambiques vantent la réhabilitation des axes Faradje-Dungu, Dungu-Isiro et Watsa-Isiro comme une révolution infrastructurelle. Pourtant, sur le terrain, ces routes restent impraticables, livrées aux érosions et aux bandes armées qui y imposent leur loi. Les habitants de Dungu et Watsa témoignent quotidiennement de l’état déplorable des voies.
Les axes où les accidents mortels et les blocages commerciaux sont légion. Quant aux « routes de desserte agricole » vers Mungbere ou Wamba, elles relèvent du pur fantasme. Aucun chantier sérieux n’a été engagé, et les paysans doivent toujours recourir à des pistes boueuses pour écouler leurs produits, quand ils ne sont pas rackettés par des milices ou des fonctionnaires véreux.
L’installation de 312 lampadaires à Isiro, présentée comme une avancée majeure, ne masque pas l’absence criante d’électricité dans la plupart des quartiers. Ces équipements, offerts par le gouvernement central de Kinshasa et non financés par le gouvernement provincial, fonctionnent par intermittence, quand ils ne sont pas vandalisés faute de surveillance.
Quant au « goudronnage de la voirie », il se limite à quelques centaines de mètres autour du gouvernorat, laissant le reste de la ville dans un chaos urbain indescriptible. Les égouts à ciel ouvert et les nids-de-poule géants rappellent que, malgré les communiqués triomphalistes, Isiro reste une capitale provinciale en décrépitude avancée. Y a-t-il eu réformes fiscales ou opération blanchissement à la DGRHU ?
L’article original célèbre une « réforme en profondeur » de la Direction Générale des Recettes du Haut-Uélé (DGRHU). En réalité, cette administration reste un symbole de gabegie : les agents perçoivent toujours des taxes illégales, les recettes disparaissent dans des caisses opaques, et les entreprises locales étouffent sous le poids des extorsions. La DGRHU reste toujours un repaire de corruption.
Jean Bakomito Gambu, loin d’avoir assaini les finances publiques, a simplement recyclé les mêmes réseaux prédateurs, maintenant ainsi un système où l’impôt sert à enrichir une élite politico-administrative plutôt qu’à développer la province. Il y a un paradoxe sur la sécurité dans le Haut-Uélé. Malgré des moyens logistiques renforcés, les braquages sont réalisés quasi-quotidiennement.
Si Jean Bakomito Gambu a effectivement reçu des véhicules offerts par le pouvoir central (16 jeeps Land Cruiser), ceux-ci sont majoritairement utilisés pour les déplacements protocolaires des dignitaires, et non pour sécuriser les zones rurales en proie aux criminels. Pire, la province reste le théâtre d’affrontements meurtriers, de trafics miniers illégaux, et d’incursions des éleveurs Mbororo qui pillent les terres agricoles.
Les promesses de « stabilisation » n’ont abouti à aucune avancée concrète, et les populations continuent de fuir leurs villages. Les thuriféraires de « Goliath » vantent son intervention en faveur des employés de Kibali Gold Mine. Faut-il rappeler que la famille du Gouverneur en a toujours fait une chasse gardée ?Pourtant, les conditions de travail dangereuses et les licenciements abusifs persistent.
Le gouverneur Jean Bakomito s’est contenté de quelques déclarations médiatiques, sans aucune action coercitive contre la multinationale. Quant au « paiement des dettes accumulées par ses prédécesseurs », il s’agit là encore d’une mystification : les fonctionnaires et fournisseurs locaux attendent toujours leurs arriérés, tandis que les proches du pouvoir perçoivent des paiements prioritaires.
Contrairement au récit officiel, Jean Bakomito Gambu n’a pas rompu avec les pratiques de ses prédécesseurs. Son élection, obtenue grâce au soutien opportuniste de certains barons locaux corrompus très bien connus de la scène provinciale et au désistement calculé de Christophe Baseane Nangaa, s’inscrit dans une logique de partage des prébendes plutôt que de rupture.
Ses « 7 axes prioritaires » ne sont que des éléments de langage recyclés depuis des années, sans plan de financement clair ni mise en œuvre effective. La province reste l’une des plus pauvres du pays, avec des indicateurs de développement parmi les plus bas de la RDC. Jean Bakomito n’est ni un « bâtisseur silencieux » ni un « redresseur de province ». D’ailleurs qu’a-t-il déjà bâti pour se donner cet adjectif ?
Il est le produit d’un système qui préfère les annonces spectaculaires aux réformes de fond, les inaugurations médiatisées aux politiques publiques durables. Le Haut-Uélé n’a pas besoin de discours enjolivés, mais d’une gouvernance transparente, de routes réellement praticables, d’écoles et d’hôpitaux fonctionnels, et d’une sécurité restaurée. Jusqu’à présent, Jean Bakomito Gambu a échoué sur tous ces fronts.
Il est temps d’arrêter de mythifier des dirigeants qui, sous couvert de « résilience », perpétuent l’immobilisme et la prédation. Le vrai courage ne consiste pas à célébrer des chimères, mais à exiger des comptes. Ce n’est pas en repeignant en blanc les murs fissurés d’un édifice vermoulu que l’on construit l’avenir. Le Haut-Uélé mérite mieux que des illusions.
TEDDY MFITU, Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
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