
Monde
Le dollar a été déstabilisé par la stratégie d’escalade tarifaire chaotique de la Maison Blanche. Il reste dominant dans les transactions internationales mais sa crédibilité s’érode. Le yuan avance à pas mesurés sur la scène mondiale, dans une logique d’alliances monétaires et d’encerclement. Il s’agit moins de remplacer le roi dollar que de créer un monde monétaire multipolaire dont le yuan serait un des grands pôles.
La trêve commerciale conclue le 12 mai 2025 entre Washington et Pékin a offert un répit bienvenu aux marchés mondiaux. Pourtant, sous cette accalmie apparente se cache une réalité plus inquiétante pour les États-Unis : celle d’une crédibilité en berne. Affaibli par des mois d’escalade tarifaire, un dollar en perte de vitesse, et une stratégie commerciale chaotique, le leadership financier américain est mis à mal. Les investisseurs étrangers, autrefois friands de bons du Trésor et d’actions américaines, se montrent désormais plus prudents face à la volatilité du billet vert.
Pendant ce temps, Pékin joue une autre partition. Loin des flamboyances diplomatiques, la Chine avance prudemment mais résolument vers l’internationalisation de sa monnaie. Avec le lancement en 2023 du Swap Connect, un dispositif inédit permettant aux investisseurs offshore d’accéder au marché chinois des produits dérivés de taux d’intérêt, et son optimisation en mai 2024, la Banque populaire de Chine (banque centrale) renforce l’attractivité des actifs libellés en RMB.
À ce jour, plus de 12 000 transactions ont été enregistrées, pour un montant total de 6 500 milliards de yuans (soit environ 900 milliards de dollars). Pékin ne se contente plus de dénoncer l’hégémonie du dollar : elle construit patiemment une alternative, adossée à des réformes concrètes et à une intégration régionale renforcée. Dans ce contexte, la montée en puissance du yuan n’est plus une simple hypothèse, mais une stratégie géopolitique méthodiquement déployée sur le long terme.
Le yuan chinois s’impose progressivement comme une alternative stratégique au dollar américain parmi les membres des BRICS et au-delà, dans un contexte où les sanctions occidentales, notamment contre la Russie, ont mis en lumière les risques de dépendance au système financier dominé par Washington. De Moscou à Buenos Aires, en passant par Téhéran, Dacca et Brasilia, les exemples se multiplient : la Russie, étranglée par l’exclusion du système de virements interbancaires SWIFT et le gel de la moitié de ses réserves en devises, effectue désormais plus de transactions en roubles-yuans qu’en roubles-dollars. L’Argentine, confrontée à une crise économique chronique, a puisé 2,7 milliards de dollars en yuans dans son swap avec Pékin pour rembourser le FMI. L’Iran, frappé par un embargo sévère, préfère aujourd’hui facturer son pétrole en yuans qu’en dollars. Le Bangladesh a réglé ses importations russes de centrales nucléaires en yuans. Et le Brésil, poids lourd de l’Amérique latine, a signé un accord avec la Chine pour régler leurs échanges commerciaux en monnaies locales. Derrière cette montée en puissance du yuan, c’est une volonté partagée d’échapper à l’arme monétaire américaine, de renforcer une souveraineté économique malmenée, et de construire un ordre financier multipolaire.
La dédollarisation prend aujourd’hui des allures de stratégie concrète pour de nombreux États désireux de reprendre la main sur leur politique monétaire et de contourner une hégémonie financière jugée intrusive et punitive. Dans ce cadre, les BRICS avancent sur la création d’une monnaie commune, le R5, fondée sur un panier de devises nationales, une idée inspirée des droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI. Selon une proposition de Paulo Nogueira Batista Jr., ancien vice-président de la Banque de développement des BRICS, les parts du R5 seraient fixées en fonction du poids économique des membres : 40 % pour le yuan, 25 % pour la roupie, 15 % pour le rouble et le real, et 5 % pour le rand sud-africain. Ce panier, initialement arrimé au DTS, permettrait d’amortir la volatilité en équilibrant des monnaies aux cycles économiques opposés, exportateurs de matières premières d’un côté (Brésil, Russie, Afrique du Sud), importateurs de l’autre (Inde, Chine).
Le R5 pourrait d’abord être une unité de compte, sans émission physique ni remplacement des monnaies nationales. Sa version digitale serait utilisée pour les règlements entre banques centrales, servant aussi de monnaie de réserve et d’épargne, sans nécessiter la création d’une banque centrale unique. En lieu et place de l’or, sa valeur serait plutôt garantie par des obligations émises par la future banque du R5, à l’image du modèle du dollar. Dans cette configuration, le yuan, par son poids et son usage croissant, est bien placé pour piloter cette internationalisation monétaire tout en s’abritant derrière la démarche collective des BRICS. À long terme, le R5 pourrait s’étendre comme moyen de règlement et réserve officielle, notamment pour les banques centrales du Sud global, si des plateformes régionales en monnaies locales émergent.
Mais ce projet n’est pas sans obstacles : l’hétérogénéité des économies BRICS complique la coordination, tandis que la convertibilité limitée de certaines devises, en particulier le yuan et la roupie, freine leur rôle de monnaies de réserve. Par ailleurs, le manque de confiance institutionnelle entre les membres et le scepticisme des marchés internationaux, qui voient ce projet comme politique plus que stable, risquent d’entraver son adoption. Le contrôle étroit du yuan par Pékin suscite aussi des craintes de domination unilatérale au sein du groupe. Le R5 incarne ainsi l’audacieuse volonté du Sud global de refaçonner l’ordre monétaire international. Mais son succès dépendra moins des discours que de la capacité des BRICS à bâtir un cadre institutionnel crédible, inclusif et solide, condition indispensable pour que cette ambition devienne réalité.
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