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Depuis des décennies, ONG et autres agences de développement tentent de convaincre les 3 milliards de personnes dans le monde qui font du feu pour cuisiner, se chauffer et s’éclairer d’utiliser un petit fourneau fermé plutôt qu’un foyer à l’air libre. Pourquoi ? Pour consommer moins de bois, diminuer la pression sur les forêts et sauver chaque année 4,3 millions de personnes, victimes, selon l’Organisation mondiale de la santé, de fumées nocives et d’accidents.
Or une équipe de chercheurs du Trinity College de Dublin pourrait avoir trouvé l’argument décisif en faveur du fourneau : il permet aussi de recharger son téléphone portable.
Les ingénieurs irlandais ont développé un petit boîtier « de la taille d’un biscuit carré avec deux fils électriques qui dépassent », explique Anthony Robinson, chef du projet. Les fils se fixent au foyer en argile, et le boîtier, appelé générateur thermoélectrique (TEG), transforme la chaleur du feu en électricité au moyen d'une puce.
« Compétitif par rapport au solaire »
Le procédé est testé depuis 2010 au Malawi, où seulement 1 % de la population rurale est raccordée à l’électricité. En moyenne, un fourneau familial produit 10 Wh (watts-heure) par jour, c’est-à-dire suffisamment d’énergie pour charger complètement un téléphone portable, faire briller une petite lampe pendant dix heures ou fonctionner un petit poste de radio. Par ailleurs, le fourneau a une efficacité énergétique 30 % à 40 % supérieure pour la cuisson des aliments à un foyer ouvert.
Lorsque la vénérable BBC a consacré un reportage au fourneau des chercheurs du Trinity College, certains commentateurs, enthousiastes, se sont exclamés que l’on pouvait désormais charger un portable… avec un tas de boue. Allusion au fourneau modelé avec de l’argile locale. D’une hauteur de 20 cm, le petit réchaud portatif en forme de sceau est muni de poignées, d’un orifice à sa base pour introduire le combustible et d’une ouverture pour poser une marmite. L’ensemble, fourneau et boîtier TEG, est conçu pour pouvoir être produit avec des matériaux disponibles localement, à l’exception de la puce chinoise qu’on peut trouver pour 8 dollars sur le marché de Lilongwe, la capitale.

Pour l’instant, 25 fourneaux équipés du boîtier TEG ont été distribués pour tester leur efficacité, et 75 sont en vente environ 25 dollars pièce. « C’est cher mais compétitif par rapport à l’énergie solaire », justifie Anthony Robinson. La prochaine étape est de produire 1 000 générateurs, puis de réussir à couvrir l’intégralité de la région de Thyollo, la plus pauvre du pays.
Les chercheurs lancent le 11 février 2016 une campagne de financement participatif sur le plateforme Indiegogo. Ils espèrent récolter les 200 000 dollars nécessaires à l’ouverture sur place d’un atelier de construction de boîtiers TEG et de formation. « Nous voulons que les gens formés créent ensuite leur propre commerce pour continuer à développer cette technologie, réparerles générateurs déficients et apporter des améliorations techniques », explique Anthony Robinson. Un processus rendu possible car le projet a été développé en open source. L’initiative pourrait même à terme dépasser les frontières du Malawi : l’équipe du docteur Robinson a été contactée par des ONG et des entreprises nigérianes, kényanes et népalaises.
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