
Provinces
Quand le chef de l’État en personne lève la voix pour déplorer et dénoncer la léthargie d’un projet qu’il voulait intégrateur et moteur du développement à partir de la base, ce que le projet de développement local de 145 territoires (PDL-145T) est au plus mal. Ouragan s’est joint à un cartel des médias pour remonter au concepteur du projet : Christian Mwando, actuellement député national et chef de file Ensemble à la Chambre basse, et ministre d’État, en 2021, en charge du Plan dans le gouvernement de Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge.
Alors que la Caisse nationale de péréquation qui était censée mener à un développement harmonieux de toutes les 26 provinces de la RDC continuait de manquer son envol, le Programme de développement local des 145 territoires parut comme une thérapeutique nec plus ultra pour sortir l’arrière-pays, où se concentre le gros de la population congolaise, des décennies de marasme socio-économique. Conçu en 2021 et apprécié par les partenaires internationaux, la Banque mondiale en tête, le PDL-145T s’est enlisé quatre ans plus tard, de l’aveu même du président de la République.
Principal architecte du programme, Christian Mwando retrace la genèse de ce projet structurant, détaille ses objectifs stratégiques et pointe les ruptures intervenues depuis 2022. Financements partiels, priorités déplacées, routes agricoles à l’arrêt : son diagnostic met en cause la cohérence de l’action publique et interroge la volonté politique. L’élu Ensemble pour la République n’y va pas par le dos de la cuillère, « la principale difficulté dans l’exécution du PDL-145T, c’est l’incurie du gouvernement! Comme dans tous les secteurs, il y a absence d’engagement, de gestion axée sur les résultats, une négligence des investissements productifs à moyen terme et un déficit dans la vision du développement », soutient Mwando. Pour autant la relance est possible, croit-il. « il n’y pas de secret, le gouvernement doit revoir fondamentalement ses priorités, s’appliquer à exécuter les budgets prévus par l’Assemblée nationale, faire un suivi rigoureux dans les chronogrammes d’exécution et la sélection des agences locales d’exécution et porter une attention particulière sur les fondamentaux, les routes de desserte agricole et le désenclavement des territoires, l’eau… », conseille Mwando, à défaut desquels, l’ambition de développer la RDC à partir de ses territoires restera une amère expérience.
Député national depuis 2011, ancien ministre d’État en charge du Plan, aujourd’hui président du groupe parlementaire Ensemble (Opposition), Christian Mwando parle du Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T) avec la légitimité de celui qui en a conçu l’architecture. Dans un entretien dense, il déroule une analyse sans emphase, nourrie par l’expérience de la fabrique publique et la mémoire des arbitrages budgétaires.
À l’origine, rappelle-t-il, le PDL-145T naît d’un constat simple et brutal : l’abandon structurel du monde rural. « Les politiques publiques se sont concentrées sur les villes », fait-il observer, décrivant un déséquilibre ancien qui nourrit l’exode rural et creuse les inégalités territoriales. L’ambition initiale se voulait holistique : réduire les écarts spatiaux, relancer les économies locales, créer des revenus, promouvoir l’entrepreneuriat de proximité et transformer durablement les conditions de vie dans les 145 territoires. Un développement « à partir de la base », insiste-t-il.
Ancien président de la commission Infrastructures de l’Assemblée nationale, ex-ministre provincial des Finances puis du Budget et du Plan dans l’ex-Katanga, pour nombre d’observateurs de la gouvernance du Katanga sous Moïse Katumbi, Christian Mwando fut l’homme d’une culture des résultats, ayant bâti à l’échelle provinciale des outils de mobilisation des recettes et instauré une orthodoxie financière qui a décuplé les ressources locales. C’est cette même logique qu’il dit avoir transposée au PDL-145T : « planification, financement sécurisé, exécution encadrée ».
Le diagnostic qu’il pose aujourd’hui est sévère. La vision de solidarité initiale se serait dissipée au profit de priorités urbaines jugées dispendieuses. Les chiffres qu’il avance sont implacables : depuis 2023, moins de 10 % des prévisions budgétaires du programme auraient été décaissées. Les constructions d’écoles et de centres de santé en cours reposent, selon lui, sur des fonds DTS réaffectés en 2022 sous l’impulsion du bailleur, la Banque mondiale. Les routes de desserte agricole, pilier du désenclavement, restent le grand absent.
Sur la gouvernance, Mwando défend le recours à plusieurs agences d’exécution, une nécessité, dit-il, pour couvrir un pays-continent et rassurer les partenaires. Le blocage n’est pas technique, il est politique et budgétaire. La sortie de crise, à ses yeux, passe par un recentrage clair : « exécuter les budgets votés, hiérarchiser les fondamentaux : routes, eau, activités génératrices de revenus et suivre rigoureusement les calendriers ».
Derrière la critique, une ligne demeure : le PDL-145T reste, selon lui, un levier crédible de transformation s’il retrouve sa cohérence initiale. À défaut, le programme risque de rester un symbole inachevé, éloigné de la promesse faite aux territoires.
Self-made-man
61 ans le 27 mars prochain, un maniaque de la gestion axé sur les résultats, avec un parcours qui contredit toute médisance d’un fils à papa, ingénieur commercial et de gestion de l’Université de Louvain-la-Neuve, rodé à l’économie appliquée, à la gestion et à l’analyse des marchés, Mwando a travaillé avec brio à Unilever/Marsavco comme brand manager, puis a pris la charge de la fiscalité, des contentieux et des relations avec l’État à Sintexkin, Cotolu et UPAK. Puis le voilà président de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), branche de Lubumbashi puis du Conseil provincial du Katanga.
Du privé à la politique
Entre les affaires et la politique, il est toujours un pont. Ministre du Budget et du Plan, puis des Finances, de l’Économie et du Commerce, dans le gouvernement provincial du Katanga dès 2007, Mwando s’illustre avec son plan triennal de développement provincial. Il met en place la chaîne de la dépense et crée la Direction des recettes du Katanga (DRKAT). Puis vint le « mercato » pour le gouvernement central non sans avoir d’abord été élu député national en 2011, membre puis président de la commission Écofin, puis de celle des Infrastructures, de l’aménagement du territoire et des NTIC. En avril 2021, il est nommé ministre d’État, ministre du Plan. À ce poste, il devient l’un des principaux artisans du Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T).
Parallèlement à ses responsabilités institutionnelles, Lushois mais solidement installé aussi à Kalemie, dans le Tanganyika, Christian Mwando structure son engagement politique. Ancien président national de l’UNADEF, cadre fondateur d’Ensemble pour la République et de l’Union sacrée de la nation (USN), l’acteur politique assume aujourd’hui les fonctions de délégué général aux finances d’Ensemble et de haut représentant pour le Grand Katanga. Depuis 2024, il dirige le groupe parlementaire « Ensemble » à l’Assemblée nationale, incarnant un leadership d’opposition fondé sur l’expertise, le contrôle de l’action publique et la cohérence budgétaire.
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Christian Mwando, député national Ensemble et ancien ministre du Plan dans le gouvernement Sama Lukonde @Photo Droits tiers.