
Politique
La situation sécuritaire et politique demeure fragile en République Démocratique du Congo. Depuis plusieurs mois, des voix s’élèvent pour réclamer un dialogue national entre Congolais afin de tenter une sortie pacifique de cette impasse. L’Église catholique (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC), rejointes par plusieurs acteurs politiques et sociaux, ont à maintes reprises plaidé pour un tel cadre de concertation.
Ces appels ont longtemps été rejetés ou minimisés par le pouvoir de Kinshasa, qui accuse parfois l’opposition d’être la carte de l’ennemi. C’est donc avec surprise que beaucoup ont accueilli l’initiative récente du régime, qui engage désormais un processus de dialogue, non pas sous l’égide des Églises, mais sous celle de l’Angola. Cependant, ce revirement soulève de nombreuses interrogations. Pourquoi le chef de l’État, qui semblait jusque-là hostile à l’idée d’un dialogue inclusif, s’en fait-il aujourd’hui le promoteur ?
Pour plusieurs observateurs, cette démarche tardive alimente les soupçons sur la sincérité du processus. Le choix de l’Angola comme médiateur, au lieu des Églises congolaises jugées plus neutres par une partie de l’opinion, renforce ces doutes. Certains y voient la volonté de Kinshasa de privilégier un acteur perçu comme plus favorable à ses positions, dans un contexte où le président Tshisekedi est régulièrement accusé par ses opposants de ne pas respecter ses engagements politiques et de multiplier les initiatives sans issue.
Ces réserves se retrouvent clairement dans les réactions des principaux acteurs concernés. Du côté de l’AFC/M23, mouvement armé central dans la crise sécuritaire à l’Est, le coordonnateur Corneille Nangaa a exprimé de fortes inquiétudes. Dans une correspondance adressée au président angolais João Lourenço, il évoque le risque d’une nouvelle tentative de manipulation et demande des clarifications précises. L’AFC/M23 s’interroge notamment sur le rôle de la médiation qatarie déjà engagée à Doha, sur l’avenir des cadres de négociation existants et sur la multiplication des initiatives de paix, jugée confuse et contre-productive. Selon ce mouvement, l’instabilité méthodologique des processus successifs affaiblit la crédibilité de toute nouvelle démarche.
Les doutes sont également partagés par une partie de l’opposition politique non armée. Le mouvement « Sauvons le Congo » chapeauté par l’ancien président Joseph Kabila, par la voix de son porte-parole Seth Kikuni, rejette l’initiative telle qu’elle est conçue. Elle accuse le régime de chercher avant tout à se maintenir au pouvoir et estime que les conditions d’un dialogue crédible, bonne foi, égalité des parties et respect de la parole donnée, ne sont pas réunies.
Dans le même esprit, des figures de l’opposition comme Mike Mukebayi, proche de Moïse Katumbi, ont exprimé leur refus de participer à un tel dialogue. D’autres courants adoptent des positions nuancées : une opposition dite républicaine se dit favorable, mais prudente, tandis que l’opposition radicale exige que le processus soit piloté par la CENCO et l’ECC. L’opposition armée, elle, attend encore des garanties claires.
Dans ce climat de méfiance, beaucoup craignent que le dialogue annoncé sous l’égide de l’Angola soit un mort-né. L’absence de consensus sur le médiateur, la défiance envers le pouvoir initiateur du processus et les divergences profondes entre acteurs réduisent les chances d’un engagement réel et durable. Même l’annonce attendue d’un cessez-le-feu, que le gouvernement de Kinshasa devrait publier à la demande de Luanda, est accueillie avec prudence. Pour de nombreux analystes, sans garanties solides, sans cadre clair et sans inclusion sincère de toutes les parties, cette initiative risque de rejoindre la longue liste des tentatives de dialogue avortées en RDC, laissant la crise se prolonger au détriment du peuple congolais.
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