
Politique
Bahati se pourrit la vie. A l’Union sacrée, quelques élus tentent déjà un coup de force pour éjecter le deuxième vice-président du Sénat de son fauteuil. 24h après sa sortie médiatique controversée, Modeste Bahati est visé par une motion de défiance initiée par le sénateur Dany Kabongo. À l’origine de cette initiative, la position tranchée du leader de l’AFDC-A, rejetant toute révision ou modification de la Constitution.
Le sénateur Kabongo fulmine. Selon lui, la prise de position de son collègue constitue un « manque de respect » envers le président de la République, autorité de référence de l’Union sacrée, “la coalition au pouvoir”. Dans son argumentaire, l’élu du Haut-Katanga estime que Modeste Bahati, au regard de ses responsabilités au Sénat et même au sein du présidium de cette famille politique, aurait dû consulter le chef de l’État avant de s’exprimer publiquement sur un sujet aussi sensible. « Nous reprochons à notre collègue, le deuxième vice-président, d’avoir violé le règlement d’ordre intérieur. En tant que membre du bureau et personnalité importante du présidium de l’Union sacrée, il ne pouvait pas tenir des propos déplacés à l’égard de l’autorité morale. C’est également un manque de respect. Par ailleurs, plusieurs éléments ont été découverts par la commission ECOFIN concernant sa gestion. Nous voulons qu’il s’explique sur la manière dont les fonds ont été gérés », s’est-il déchaîné sur Ouragan.
Confiant, Dany Kabongo promet de fournir, d’autres griefs, pour faire partir le patron du regroupement AFDC-A du bureau de la Chambre des sages même si son refus sur la révision de la Constitution semble être véritablement la cause principale. « Il y a donc plusieurs griefs que nous formulons à l’endroit de notre collègue, et pas seulement celui-là. Personne n’est contre le respect de la Constitution. Nous nous battons tous pour son respect. Mais concernant sa sortie médiatique sur une éventuelle révision de la Constitution, lui, en tant que membre de l’Union sacrée, il ne devait pas s’exprimer de cette manière », a-t-il ajouté.
Bahati se rebelle à l’Union sacrée
Modeste Bahati aurait-il lancé une rébellion politique au sein de l’Union sacrée ? En tout cas, l’homme affiche désormais une attitude contraire à la ligne de conduite de la famille politique du chef de l’État. Selon certaines indiscrétions, l’ancien kabiliste à qui Félix Tshisekedi a donné la chance de revenir aux affaires, a révélé sans fard son vrai visage. L’autorité morale de l’AFDC, jadis perçue comme un allié sûr du garant de la nation affiche sa déloyauté. Au parti présidentiel, on le désigne désormais comme le « traître politique » par excellence.
Bahati Lukwebo, un discours clair mais une loyauté en question
Lors d’un point de presse tenu à Kinshasa le 4 mars, Bahati Lukwebo, pilier de la majorité présidentielle, a fermement écarté toute perspective de révision constitutionnelle. Il a dénoncé les débats de prétentieux révisionnistes qu’il juge purement politiciens et dangereux pour la stabilité institutionnelle du pays.
Avant de développer sa thèse, Bahati a d’abord posé le cadre : « Quand on aime son pays, quand on aime son chef, on lui dit la vérité. Le pays n’a pas un problème de texte. Le pays a un problème d’homme ». « Qui est cet homme dont le leader AFDC fait allusion ? », s’interroge un haut gradé de l’USN.
Pour le sénateur, l’actuelle Constitution reste pertinente. Ce sont les ambitions personnelles et le manque de maturité de certains dirigeants qui alimentent les critiques. L’élu du Sud-Kivu a fustigé également l’instrumentalisation médiatique du débat : « Il ne suffit pas de disposer d’une caméra ou d’un micro pour décréter que la Constitution est obsolète. Quelle théorie scientifique justifie cette affirmation ? ».
L’ancien président du Sénat n’a pas ménagé les géniteurs de la loi fondamentale, pointant le paradoxe de ceux qui l’avaient défendue à sa promulgation et la remettent aujourd’hui en question. À haute voix, le représentant du peuple a conditionné tout dialogue inclusif au retrait préalable des troupes rwandaises du sol congolais : « Oui au dialogue, mais seulement une fois nos frontières sécurisées et nos terres libérées », a-t-il soutenu.
Le « vieux Maradona » comme l’appellent certains politiciens, a fustigé les tentatives de ceux qui le présentent comme étant opposé au chef de l’État, malgré sa loyauté manifeste. « Des malins, des jaloux, de faux renseignements et des courtisans s’emploient à me diaboliser à Kinshasa et à me prêter des intentions que je n’ai jamais eues ».
Dans ce contexte, le parlementaire a réaffirmé la nécessité d’un dialogue sérieux et transparent, invitant à dépasser les polémiques médiatiques et les manipulations partisanes. « Ceux qui s’inquiètent de la Constitution, qu’ils viennent autour d’une table, qu’on en parle franchement ».
Enfin, il a appelé à la responsabilité et à la cohésion politique, insistant sur la primauté de la stabilité institutionnelle et de la confiance du peuple. « Préparons-nous pour les élections à venir. Travaillons, restons unis et évitons les petits jeux politiciens » , a-t-il lancé.
Un membre du bureau du Sénat proteste
En première ligne, Pascal Bitika, questeur adjoint du Sénat, a appelé ouvertement à une transformation radicale du texte constitutionnel. Il a pris à contre-pied son collègue du bureau.
Dans une communication jeudi 5 mars 2026, le membre du bureau Sama estime que la Constitution actuelle ne répond plus aux exigences du moment. Selon lui, elle serait le produit d’un compromis politique dépassé, conçu dans un contexte particulier de sortie de crise. À ses yeux, les conditions de son élaboration, marquées par la cohabitation d’anciens cadres du régime Mobutu et d’acteurs issus de la rébellion de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo, ne correspondent plus à la réalité sociopolitique du pays d’aujourd’hui.
L’élu des élus plaide ainsi pour une refonte de la loi fondamentale qui tiendrait compte des mutations sociales, sécuritaires et institutionnelles que traverse la République démocratique du Congo. Il défend l’idée d’un cadre juridique capable d’accompagner les ambitions de stabilité, de gouvernance et de souveraineté nationale. Dans le même élan, il invite les figures politiques historiques à faire preuve de retenue. La politique, rappelle-t-il en substance, est un processus évolutif. Sa position cloue ainsi Modeste Bahati qui s’oppose à la révision ou changement de la Constitution.
Deo Buzibu : la riposte sans concession
Le secrétaire général adjoint de l’UDPS, Deo Buzibu, est sorti de sa réserve pour fusiller directement Modeste Bahati Lukwebo. Pour ce haut cadre du parti présidentiel, la prise de position du sénateur marque un désaccord profond avec la ligne politique de l’Union sacrée. « Le constat est simple : le sénateur Bahati ne partage plus la même vision que le sociétaire de l’Union sacrée », a-t-il indiqué, soulignant qu’un manque d’unité derrière le commandant suprême en cette période d’agression ouvre la voie à l’adversaire. Alors que le leader du parti AFDC avait insisté sur le fait que l’on doit dire la vérité à son chef lorsqu’on l’aime, Buzibu l’interroge : « Après plus d’une année, Bahati Lukwebo a-t-il manqué l’occasion de dire la vérité à son chef ? ».
Cette sortie ravive le débat sur la cohésion au sein de la majorité présidentielle et sur l’éventualité d’une révision constitutionnelle. De nombreux observateurs s’interrogent dorénavant sur la position du vieux Maradona et sur ses intentions réelles. A-t-il un agenda caché contre Tshisekedi ? C’est la question qui taraude les esprits au sein de l’opinion.
C’était donc prévisible, Bahati n’a jamais été fidèle, fustige un élu UDPS. Derrière les discours d’attirance et les postures d’obéissance affichée, a-t-il ajouté, il jouait au cache-cache avec le président de la République. Et aujourd’hui en affirmant que Félix Tshisekedi n’a pas une mission illimitée. Il a un mandat jusqu’en 2028, le deuxième vice-président du Sénat a signé son divorce à peine voilé. Le cadre du parti présidentiel assure que Bahati ne partage plus la vision que le président de la République. Pourtant, Tshisekedi lui-même avait défendu cette révision constitutionnelle pour défendre le pays face aux menaces extérieures.
D’après lui, Lukwebo a laissé tomber la loyauté, choisissant de projeter son désalignement sur la scène publique. Ceux qui prétendaient soutenir le chef de l’État le jour mais négociaient autrement la nuit viennent de dévoiler enfin leurs intentions. Plus virulent, Makabi a enchaîné que « la République commence à identifier ses traîtres au sein de l’USN. Et Bahati vient de se placer en ligne de cette triste révélation ».
Selon un ténor du Mlc, Modeste Bahati a déjà un autre agenda. Il a sciemment choisi la tribune médiatique pour révéler ce qu’il est vraiment. Derrière ses airs de républicain se cache un opportuniste calculateur, prêt à fragiliser l’autorité et l’unité nationale pour servir ses propres intérêts, ajoute un député de l’est. Son refus systématique de la révision constitutionnelle et ses critiques envers ceux qui incarnent la Constitution sont autant de preuves de son opportunisme froid et malsain. En pleine crise sécuritaire dans l’est, un cadre de l’USN considère son discours comme une aubaine pour l’ennemi. « La République a découvert la vraie identité de Modeste Bahati : celui d’un opportuniste qui trahit, sape et compromet l’État, plaçant sa survie politique au‑dessus de l’intérêt national », cogne-t-il. Dans l’histoire, dit-il, il restera marqué comme l’opportuniste qui a choisi la trahison plutôt que la loyauté.
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Modeste Bahati Lukwebo , deuxième vice-président du Sénat et autorité morale de l’AFDC @Photo Droits tiers.