
Politique
La dernière assemblée plénière de la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO-, fin février, a dégringolé de la sérénité apparente au tumulte discret. Réunis pour dresser le tableau socio‑pastoral du pays et «rester vigilants» face à la crise sécuritaire et sociale, les évêques ont laissé filtrer des tensions plus profondes: qui la conférence doit‑elle être -vigie morale sans concession ou médiatrice prudente ?
Le ton donné par Mgr Fulgence Muteba, président de la CENCO, le 21 février n’a pas suffi à apaiser les dissensions. Si la conférence a dénoncé l’appui du Rwanda au M23 -une prise de position qui rompt avec une accusation de tiédeur passée-, la réaction interne a été plutôt vive. L’évêque d’un diocèse majeur, Emmanuel‑Bernard Kasanda de Mbuji‑Mayi, aurait préparé un texte critique pour la séance du 23 février, dénonçant des interventions devenues, selon lui, «sélectives, intempestives et tendancieuses».
On ne sait toujours pas si ce texte a été lu publiquement. Une copie circule néanmoins depuis quelques jours, alimentant le malaise. Le cœur du conflit: l’usage des canaux internes et la nature des prises de parole. Mgr Kasanda pointe du doigt la transformation du groupe WhatsApp de la CENCO en «outil de propagande politique», où circuleraient «des critiques fleuves politiciennes» et des messages susceptibles, dit‑il, d’inciter à la division, à l’insurrection, voire à une guerre civile. Le document épingle notamment les messages évoquant «un mauvais traitement des Congolais swahiliphones», et dénonce les conséquences pastorales: fidèles qui «claquent la porte de l’Église».
Face à ces dérives, Kasanda propose de resserrer la concertation et de fixer des critères clairs pour toute intervention publique des évêques. Sa démarche, certains l’interprètent comme un appel à restaurer la collégialité; d’autres la voient surtout comme l’expression d’un courant proche des autorités politiques, qui redoute qu’une parole trop critique n’isole l’Église.
Ces tensions reflètent un débat plus large, déjà perceptible dans les couloirs: faut‑il affirmer une ligne de condamnation ferme des dérives étatiques et sécuritaires pour préserver la crédibilité morale de l’Église, ou privilégier une approche diplomatique pour conserver des canaux de dialogue avec le pouvoir? Deux blocs se dessinent en interne -partisans d’une dénonciation sans ambiguïté et partisans d’une posture plus conciliante- et chacun mesure les risques et les bénéfices pour l’institution.
La CENCO n’est pas une institution comme les autres en République Démocratique du Congo. Historiquement, l’Église catholique a pesé lourd dans les périodes électorales et de transition, façonnant le débat public et jouant souvent les médiateurs.
Aujourd’hui, la montée en puissance des Églises évangéliques, plus proches de certains cercles du pouvoir, vient complexifier encore davantage le paysage religieux et politique: les catholiques risquent de perdre leur monopole moral de médiation. Officiellement, la conférence insiste sur sa collégialité et nie toute fracture ouverte. Dans les faits, la circulation d’un document interne, la défiance autour d’un groupe WhatsApp et la colère de certains prélats montrent que la CENCO traverse un moment charnière. À l’heure où le pays affronte insécurité à l’Est, crise sociale et défiance institutionnelle, la question demeure celle de savoir si la Conférence épiscopale, désormais confrontée à l’épreuve du pouvoir, saura parler d’une seule voix, sauvera son autorité ou verra sa parole se fragmenter au rythme des alliances politiques.
Le code à 7 caractères (précédé de « @ ») à côté du Nom est le Code MediaCongo de l’utilisateur. Par exemple « Jeanne243 @AB25CDF ». Ce code est unique à chaque utilisateur. Il permet de différencier les utilisateurs.
Les plus commentés
Politique Entretien exclusif avec Joseph Kabila : « Il faut mettre fin à cette dictature qui vient de s’installer dans notre pays”
23.03.2026, 23 commentairesPolitique Entre adhésion et rejet politique : Loi référendaire, le premier pas franchi par l’Udps vers la retouche constitutionnelle
21.03.2026, 5 commentairesProvinces Kongo-Central : l’ex-président de l’Assemblée provinciale Papy Mantezolo arrêté à Kinshasa
22.03.2026, 5 commentairesPolitique Du Kabilisme au Tshisekedisme : Willy Bakonga, le grand virage !
23.03.2026, 4 commentaires
Ils nous font confiance