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Infos congo - Actualités Congo - Femme - Mars 2026
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Sicomines, les chiffres révélateurs d’Alingete

2026-03-20
20.03.2026
Politique
2026-03-20
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Jules Alingete, ex-chef de service de l’Inspection générale des finances (IGF) @Photo Droits tiers.

Des chiffres effarants, des révélations fracassantes. Pour son retour sur la scène publique, Jules Alingete n’a pas choisi la demi-mesure. À l’ouverture du premier Forum médias Chine–RDC à Kinshasa, son intervention s’est imposée comme un moment fort, dominé par une mise au point détaillée sur le dossier Sicomines, des divulgations choquantes et un plaidoyer en faveur d’une gouvernance plus rigoureuse en RDC.

D’entrée, l’ex-chef de service de l’Inspection générale des finances (IGF) a tenu à clarifier un dossier « souvent commenté dans tous les sens, parfois à tort ou à raison ». Revenant sur l’origine du partenariat sino-congolais, le flic a replacé le projet dans son contexte initial, celui d’un pays sortant de la guerre, confronté à l’effondrement de ses infrastructures et en manque d’investisseurs. « La RDC sort d’une période post-conflit, avec des infrastructures détruites et une activité minière ralentie. C’est dans ces circonstances que les partenaires chinois ont accepté de s’engager », a-t-il expliqué.

Le tribun a ébloui l’assistance. A l’entendre, le schéma reposait sur un principe clair. Notamment, mobiliser des financements via l’exploitation minière pour reconstruire les infrastructures. Ce mécanisme, précise-t-il, articulé autour de la création de Sicomines, s’accompagnait d’un régime d’exonérations fiscales accordées en contrepartie. « Le projet a été conçu comme un modèle : infrastructures contre exonérations », a-t-il résumé. Il a cependant rappelé que les avantages fiscaux trouvent leur fondement dans une loi adoptée par le Parlement en 2014, et non dans une quelconque faveur discrétionnaire.

Toutefois, poursuit-il, l’examen approfondi mené par l’IGF à partir de 2022, à la demande du président Félix Tshisekedi, a mis en lumière des déséquilibres significatifs dans la mise en œuvre du projet. « Sur 15 ans, alors que 3 milliards de dollars d’infrastructures étaient attendus, à peine 800 millions ont été réalisés », a-t-il révélé, évoquant un rythme moyen d’environ 70 millions de dollars par an. Au-delà de cet écart, Alingete a pointé des irrégularités dans l’exécution de certains projets, évoquant des « écarts importants » dans les coûts et la qualité des ouvrages, souvent imputables à des pratiques locales de gestion.

Poursuivant son exposé, l’ancien patron de l’IGF a levé le voile sur un montage autour du barrage de Busanga, financé à hauteur de 560 millions de dollars dans le cadre du projet. Selon lui, cette infrastructure stratégique avait été constituée sous la forme d’une entité autonome associant des entreprises chinoises et une société congolaise privée, sans la participation directe de l’État congolais.

La renégociation intervenue en 2024 a permis un rééquilibrage, avec une récupération de 40 % des parts par la RDC, contre 60 % maintenus par la partie chinoise. Plus largement, il a salué les efforts consentis de part et d’autre pour redéfinir le partenariat. « Des efforts ont été faits pour que ces projets deviennent aujourd’hui un modèle de coopération gagnant-gagnant entre la Chine et la RDC », a-t-il fixé.

Au-delà du dossier Sicomines, l’expert des questions économiques et fiscales a étayé son propos par plusieurs exemples de projets aux coûts controversés. Il a notamment évoqué des axes routiers urbains réalisés à des montants jugés élevés, ainsi que la réhabilitation de l’hôpital du Cinquantenaire, estimée à plus de 100 millions de dollars malgré des infrastructures déjà existantes. Autant de cas qui, selon lui, illustrent les failles d’un système marqué par un déficit de contrôle et de transparence dans l’utilisation des fonds publics.

A cor et à cri, Alingete affirme que la revisitation du projet SICOMINES a permis de relancer la construction de la rocade ainsi que de nombreuses autres infrastructures.

 Réformes judiciaires et climat des affaires 

Dans un registre plus institutionnel, Jules Alingete a salué la promulgation de la loi instituant le tribunal pénal économique et financier. Il a, à cette occasion, rendu un vibrant hommage au président Félix Tshisekedi, à la Première ministre, Judith Suminwa et au ministre de la Justice, Guillaume Ngefa. L’ex-chef de l’IGF voit dans cette juridiction spécialisée un levier essentiel pour traiter avec efficacité les infractions économiques complexes et renforcer la crédibilité de l’action publique. Dans la même dynamique, le flic financier appelle à la mise en œuvre effective des projets de loi en préparation sur la corruption et les conflits d’intérêts.

Outre ces constats fondamentaux, son intervention a interpellé les décideurs, les partenaires internationaux ainsi que les médias. Insistant sur le lien entre gouvernance et attractivité économique, Alingete a rappelé qu’aucun partenariat durable ne peut prospérer sans transparence. Dans un contexte de coopération renforcée avec la Chine, l’économiste chevronné a défendu l’idée que la crédibilité de la RDC repose désormais sur la solidité de ses mécanismes internes de gestion. « Sans rigueur dans la gestion, il ne peut y avoir ni confiance ni développement durable », a-t-il martelé. Les dérives du passé doivent servir de leçon à la République. Sans se limiter uniquement à la dénonciation, il a exhorté à consolider plutôt une culture de responsabilité et de redevabilité.

Mputu Patrick
Ouragan / MCP , via mediacongo.net
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