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Mali: l'armée utilise pour la première fois des bombes à sous-munitions

2026-05-20
20.05.2026
2026-05-20
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Au Mali, l’armée malienne et ses partenaires russes de l’Africa Corps ont récemment, et pour la première fois, utilisé des bombes à sous-munitions. Des bombes qui, lorsqu’elles explosent dans les airs, libèrent quantité d’autres petites bombes qui deviennent un danger pour les populations civiles. Leur utilisation est interdite depuis 2010 et l’entrée en vigueur du Traité d’Oslo, ratifié par le Mali. Pourtant, ces armes continuent d’être utilisées dans divers conflits à travers le monde et, au cours des cinq derniers jours, c’est l’armée malienne qui en a largué dans le nord du Mali, à au moins deux reprises.

Les images transmises à RFI permettent d’identifier une bombe RBK-500-2.5 et des sous-munitions ShOAB-0.5, des modèles de fabrication russe récemment utilisés en Ukraine ou en Syrie. Selon les démineurs du site spécialisé Cat-Uxo, la bombe principale libère 565 sous-munitions qui se dispersent ensuite sur de vastes étendues autour de la cible visée, et n’explosent pas toutes au sol. Elles constituent dès lors une menace de long terme pour les populations.

Dans un communiqué publié mardi 19 mai, les indépendantistes du FLA (Front de libération de l'Azawad) ont dénoncé l'utilisation de cet armement et affirmé avoir « collecté des restes de ces munitions non explosées » pour en conserver des preuves. Mais les rebelles du FLA, qui se sont alliés avec les jihadistes du Jnim (Groupe de soutien à l'Islam et aux musulmans), liés à al-Qaïda, pour combattre l’armée malienne et ses partenaires russes de l’Africa Corps, ne sont pas les seuls à s'inquiéter de l'apparition inédite de ces bombes à sous-munitions.

Enfants et éleveurs

Tilla Ag Zeini est le secrétaire général de l’organisation de défense des droits humains CD-DPA (Collectif pour la défense des droits du peuple de l’Azawad/Nord-Mali), qui s'appuie sur un réseau de ressortissants civils du nord du Mali et qui a documenté l’utilisation de ces sous-munitions dans au moins deux cas : vendredi 15 mai à Oubder, près d'In-Gouzma, dans la région de Tombouctou, puis dimanche 17 mai à Tadjmart, près d'Agulehoc, dans la région de Kidal. Ce que d'autres sources locales et spécialistes de la veille sécuritaire ont également confirmé à RFI.

 « C'est la première fois que nous découvrons ces bombes à sous-munitions, explique Tilla Ag Zeini. Bien sûr, c'est inquiétant. C'est dangereux pour les civils, c'est dangereux pour les enfants qui peuvent jouer avec, les utiliser ou les toucher, et cela peut être mortel. Pour les éleveurs aussi. Des gens qui ne connaissent pas, qui ne savent pas de quoi il s'agit peuvent les toucher, et ça peut faire des victimes. »

Revendications de l'armée

Le Mali a signé le Traité d'Oslo, qui interdit l'utilisation de bombes à sous-munition. Les deux frappes aériennes en cause, des 15 et 17 mai, ont été revendiquées officiellement par l'armée malienne, dans le cadre de ses opérations antiterroristes. Les communiqués de l'armée ne précisent pas le type d'armement utilisé. Sollicitée par RFI, l’armée malienne n’a pas donné suite.

Selon l’Observatoire des mines terrestres et des munitions à sous-munitions, une initiative de la société civile qui milite contre ces armes, plus de 90% des victimes des sous-munitions dans le monde sont des civils, majoritairement des enfants.

Par ailleurs, dans le sud du pays, au moins une quinzaine de véhicules -camions, minibus et voitures- ont été brûlés par le Jnim, lié à al-Qaïda, mardi 19 mai après-midi près de Faraba, entre Siby et Narena, sur la route reliant Bamako à la Guinée. C'est ce que RFI a pu confirmer auprès de plusieurs sources locales. Aucune victime n'est à déplorer : les jihadistes font descendre les passagers des véhicules avant de les incendier.

Le Jnim poursuit l'application de son blocus contre la capitale malienne, décrété fin avril. Un blocus qui n'est pas totalement hermétique du fait des opérations de l'armée.


rfi / MCP , via mediacongo.net
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