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David Monsoh, Producteur de musiques, tout feu, tout flamme

David Monsoh, Producteur de musiques, tout feu, tout flamme 2016-03-17
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David Monsoh, l’un des producteurs d’artistes africains les plus célèbres

David Monsoh est incontestablement l’un des producteurs d’artistes africains les plus célèbres. Toutefois, la télévision l’attire aujourd’hui. Ainsi, début 2013, devient-il le président fondateur de BBlack ! Africa qu’il lance en décembre de la même année. Au menu : news, people et films blacks américains….

Un coup de téléphone de David Monsoh ne dure jamais très longtemps. Comme un de ses plus célèbres « poulains », DJ Arafat, il va vite, vit vite, veut vite. Un jour à Ouagadougou pour la remise d’un prix, le lendemain à Los Angeles ou Paris pour le concert d’un de ses artistes, l’homme semble « dribbler » l’existence. Même pas le temps de se retourner sur son passé et de recenser les chansons dans lesquelles les plus célèbres stars africaines lui ont adressé une dédicace. Et quand bien même… Ce serait mission impossible. Ces innombrables mabanga (en lingala), ce sont le signe qu’on joue dans la cour des grands en Afrique, un continent qui ne blague jamais avec les professions d’admiration déclamées par ces griots électriques que sont les monuments de la pop music afro…

En tout cas, David Monsoh, à l’heure où le show-biz africain souffre terriblement et bat de l’aile (piratage endémique, ventes de disques physiques anémiques pour cause d’internet, inexistence de royalties tombés depuis toujours dans le trou profond d’une ignorance presque totale, par les gouvernements, de l’importance du fait culturel…), s’impose comme un des derniers « survivants », un des derniers représentants d’une espèce en voie d’extinction, celle des « faiseurs » d’artistes flamboyants.

Il est né le 26 juin 1973, issu d’une famille de vingt enfants. Mais tout a commencé pour lui dans les années 1990 quand, au lycée à Agboville (sa ville natale située au sud de la Côte-d’Ivoire), il fit la connaissance de sa « sœur » Nayanka Bell, une des plus belles voix féminines d’Afrique. Le courant entre les deux passe si bien et si vite que la chanteuse décide de lui confier la gestion de son magasin de couture.

L’année d’après, la diva ivoirienne propose d’emmener le jeune homme en France pour y poursuivre des études secondaires au lycée Saint-Gabriel, à Bagneux (92), en région parisienne. Il s’orientera ensuite vers le tourisme et les loisirs pour préparer un BTS dans une école de marketing de Paris. Bénéficiant d’une formation en alternance, il en profite pour intègrer la société de production cinématographique SLP de Pascal Leibel, le mari de Nayanka Bell, en tant que stagiaire.

Curriculum Vitae

Parallèlement à ses études, David Monsoh se charge du management de l’album Visa de Nayanka, sorti en 1994 et qui obtint l’Africa Music Award. La même année, la soulwoman ivoirienne fut consacrée la plus belle voix féminine d’Afrique lors de la remise des trophées des Lions d’or à Paris. Cette expérience marque fortement David qui décide de s’essayer à cet autre aspect du show-biz qu’est la production d’artistes.

En 1989, il fait la connaissance du footballeur Gadji Céli. David décèle en lui des qualités artistiques indéniables. Et quand, en 1992, le prestigieux milieu de terrain et capitaine des Eléphants de Côte d’Ivoire décide de mettre fin à sa carrière de sportif, après avoir remporté la Coupe d’Afrique des nations, l’apprenti producteur l’incite tout naturellement à opérer sa reconversion. Leur collaboration fait tout de suite merveille : Gadji-David, c’est un une-deux meurtrier, efficace sur la scène locale comme africaine. David coproduit son tout premier album Espoir qui sort en 1994. Premier album, premier succès avec le titre-phare, King Solo. Et première réussite pour Monsoh.

David intègre alors Sonodisc, une des prestigieuses maisons de distribution de disques à Paris où Marcel Perse, le DG d’alors lui confie le poste de directeur artistique Afrique de 1994 à 2004. Son rôle : dénicher de nouveaux talents en vue du marché international. En 1995, le jeune producteur rencontre le Congolais Koffi Olomidé, déjà star des stars sur le continent. Mais ce n’est que quelques années plus tard, qu’il fera affaire avec lui : il co-produit deux de ses albums, Effrakata en 2002 et Affaire d’Etat en 2003. Bingo ! Par son intervention, il permet à Sonodisc de récupérer un des meilleurs « vendeurs » de disques de la scène africaine. Il devient en même temps son producteur exécutif.

1999. Le groupe Magic System sort « 1er Gaou » en Côte-d’Ivoire. Le succès inattendu de l’album à Abidjan conduit Monsoh à prendre le relais et à le distribuer à Paris. Tube en France. Et méga-tube en Afrique : dix millions d’exemplaires écoulés, dit-on ! « Le » coup de pouce magistral, le premier chapitre d’une saga pour le moment sans fin, celle des « 4 Gaous dans le vent ». N’en sont-ils pas aujourd’hui à 15 disques d’or et 3 de platine dans l’hexagone ? Durant cette même période, l’infatigable Ivoirien multiplie les spectacles à Paris avec, à l’affiche, les artistes de son pays tels Petit Yodé & L’enfant Siro, Les Garagistes, Dezy Champion ou Meiway. Et antillais comme Jocelyne Labylle ou Sonia Dersion. Sans oublier le King Gadji Céli qui a quelque part contribué à son ascension dans le show-biz. « Gadji Céli est celui-là même qui m’a inoculé le virus de la production d’artistes. D’abord, il m’a fait confiance en tant que son manager général, puis en tant que le producteur attitré de tous ses albums : Espoir, en 1994, Affaires de femmes en 1996 puis Femme de feu en 2000. Je ne cesse de le remercier d’avoir cru en moi », avoue le jeune producteur.

On est à l’automne 2002. Au cours d’une prestation de Gadji dans un night-club parisien, il est frappé par un nouveau style de danse conçu par un groupe de jeunes Ivoiriens. Sans hésiter, David les aborde et leur propose de lancer cet art de vivre, cet art du « couper, décaler, travailler ». « Douk Saga et ses copains ont d’abord opposé un refus catégorique, parce que, me disaient-ils, ils n’étaient pas chanteurs et qu’ils ne voulaient pas entrer dans cette chose-là. Alors, j’ai demandé à Lino Versace, l’un des membres du groupe, de convaincre son ami Douk de venir me voir, car j’étais sûr qu’il allait faire une entrée en fanfare à Abidjan avec cela », se souvient David.

C’est ainsi qu’en 2003, Douk « Le sommet des sommets » Saga finit par accepter d’entrer en studio avec ses amis. Premier et dernier (il décédera en 2006) chapitre de son livre d’or : « Héros national-Bouche bée ». L’album, produit par David, est une tuerie musicale et commerciale. Sur le continent aux mille danses, c’est la folie tsunamique du coupé-décalé qui balaie tous les courants, vedettes locales et autres tendances modeuses de Dakar à Kinshasa ! Les « ambianceurs » congolais, Werrason, JB Mpiana, et autres Koffi Olomide se voient taquinés dans « leurs » charts par ces dandys d’Abidjan qui ont pris le nom de « La jet-set » ! La Côte d’Ivoire, elle, en pleine crise politique, déchirée entre camps nordiste et sudiste, chavire et assiste, médusée, à cette transe de farots-farots (« frimeurs ») entre rap, électro et musique trad., à cette danse stylisée de boucantiers (de « bruyants ») au bord du gouffre de la guerre civile. Le nom de David Monsoh s’impose définitivement au pays d’Alpha Blondy et de Tiken Jah Fakoly : on le scande dans les boîtes de nuit locales. Les DJ comme Arafat, Erickson le Zoulou et des membres de la jet-set (Bôrô Sanguy et Lino Versace) puis, plus récemment, Serge Beynaud, la nouvelle coqueluche du coupé, font désormais partie de son écurie.

Mais David est déjà ailleurs… Le « Père du coupé-décalé », à la réputation désormais affirmée, casse sa tirelire pour jeter son dévolu sur un des « petits » de cette musique congolaise qu’il a toujours adorée : Fally Ipupa, un jeune chanteur qu’il a connu dans les années 1997-98 avec le groupe « Talent Latent » produit par Syllart Production. « C’est moi qui ai présenté Fally Ipupa à Kofi Olomidé en lui conseillant d’apprendre le métier avec lui et son groupe Quartier Latin. Je lui ai promis que je le produirai plus tard ». Fally l’a écouté et bien lui en a pris. En 2006, David le sent prêt pour quelque chose de grand. Ce sera le premier album solo de celui qu’on va surnommer très vite « Dicap la Merveille », Droit Chemin. C’est le coup d’éclat total, car l’album s’avère un best-seller et la jeune étoile montante du ndombolo ne cesse de multiplier les concerts en Europe et en Afrique. Fally, devenu le chef de file de la nouvelle génération kinoise, et qui se la joue beau gosse, « swag » en mode tropical, délivrera deux nouveaux albums, sous la direction de Monsoh : « Arsenal de belles mélodies » (2009) et « Power-Kosa Leka » cette année. Tous de gros succès.

Mais David est encore déjà ailleurs… La quarantaine et toutes ses dents pour mordre dans le business ! Cet homme marié et père de trois enfants voit déjà plus loin que la ronde enchantée des petites galettes de musique numérique. La télévision l’attire aujourd’hui. Début 2013, il devient le président fondateur de BBlack ! Africa, déclinaison tropicale de la chaîne qui a commencé à se faire un nom dans le PAF. Des studios à Abidjan, des bureaux à Paris. Au menu : news, people et films blacks américains. Et tournée pour tout le continent ! Du moins, il l’espère ! La chaîne est lancée le 10 décembre 2013. Le papillon Monsoh se brûlera-t-il les ailes à la lumière de la lanterne magique ? Sourire rassurant du monsieur, « J’adore les nouveaux challenges et je déteste perdre. »

Distinctions et publications

David Monsoh est incontestablement, aujourd’hui, l’un des plus célèbres producteurs d’artistes africains. A son actif : feu Doug Saga, Lino Versace, Boro Sandji, le Molare, Dj Arafat, notamment, et surtout la nouvelle star de la musique congolaise Fally Ipupa. Pour Afrik.com, il lève le voile sur les contraintes et les réalités de sa profession dans un univers afro qui a ses propres spécificités.

Vous entendez souvent son nom chanté en dédicace par les artistes africains. L’Ivoirien, ancien directeur artistique de Sono Disc (devenue ultérieurement Next Music, maison de disques aujourd’hui disparue) est l’un des grands noms de la production musicale africaine. Il a, notamment, fait connaître le groupe Magic System et dispose dans son écurie, Obouo Music, de la fine fleur du Coupé Décalé. Dénicheur de talents, c’est à lui que l’on doit l’éclosion de la nouvelle figure emblématique de la musique congolaise : Fally Ipupa.

 Dans cette interview à bâtons rompus, l’enfant d’Agboville est tout feu, tout flamme et parle à cœur ouvert à votre quotidien préféré. Interview !

Qui est David Monsoh ?

C’est la même question que tous les journalistes me posent. David Monsoh est un Ivoirien, producteur de musiques. Je suis né d`un père Abbey et d`une mère Baoulé. C`est une opportunité extraordinaire qui a pu souvent porter préjudice dans la longue crise que nous avons vécue dans le pays, mais cela m`a aidé à comprendre mieux les réactions, les colères et les frustrations des uns et des autres. Tout en étant exigeant avec soi même, on n`a pas d`autre choix que d`être ouvert, tolérant et compréhensif à l`égard des autres, en refusant de pratiquer l`exclusion, de cultiver la haine, et surtout en sortant de l`idée que l`enfer c`est l`autre, ce sont les autres. Parti très jeune en Europe avec ce métissage ivoiro-ivoirien, je ne pouvais qu`être un grand amoureux de la paix et de la fraternité entre les peuples de mon pays. Par la suite, j’ai poursuivi mes études à Paris grâce à Nayanka Bell, une grande chanteuse ivoirienne qui est ma marraine et j’ai même été son témoin de mariage.

Il n’y’a donc pas longtemps l’histoire avec la France?

Oui. J’y ai fait mes études et j’ai intégré SonoDisc, une maison mythique de disques pour tout ce qui était musique afro-caribéenne. Dans le temps, il n’y avait pas de maisons de disques à part Sony, Bmg (etc) qui ne produisaient que la musique européenne et américaine. Il y avait dans les années 1970, un monsieur du nom de Marcel Perse qui a créé cette maison de disques consacrée à la musique black (antillaise et africaine). Il faisait son gros chiffre sur les musiques congolaises (Tabu Ley, Kassav, Jocelyne Beroard, etc). C’est en 1996, grâce à Gadji Céli que j’ai intégré sa maison de disque.

Dans quelles circonstances?

En 1992, Gadji Céli arrête le football après avoir remporté la Coupe d’Afrique des Nations. Il décide de sortir l’album King Solo. Il vient à Paris et reste chez moi alors que j’étais étudiant. On rencontre Manu Lima et Koudou Athanase. Il rentre en studio. Mais, c’est à Abidjan, à Treichville, alors qu’il jouait à l’Asec que nous nous sommes brièvement connus. A la fin de sa brillante carrière de footballeur, il a voulu se lancer dans la musique et m’a sollicité, car il savait que c’était mon truc. En 1994, il sort l’album You Ta Malemi – Affaire de femmes.

A cette époque, la musique ivoirienne ne marchait pas trop à Paris. Ni en boîte de nuit ni en radio. Il y avait Africa N°1 et Tropic Fm, une radio antillaise. Les seules musiques ivoiriennes qui se jouaient étaient le reggae dont celles de Alpha Blondy ajoutées à la musique congolaise et le Soukouss. Je vais à Rfi et je rencontre Gilles Obringer, paix à son âme, qui animait ‘‘Canal Tropical’’ devenu plutard ‘‘Couleurs Tropicales’’ avec Claudy Siarr. Gilles Obringer qui aime bien la Côte d’Ivoire et également la chanson King Solo de Gadji Céli trouve que c’est un tube. Il me dit : «Il faut que je te présente à monsieur Marcel Perse pour que cet album soit connu».

A cette période, il y a l’avènement de l’afro-zouk avec Monique Seka, Oliver Ngoma dont la musique est jouée sur les radios antillaises. Il décide de me présenter au Pdg de Sonodisc et prend un rendez-vous le lendemain avec Marcel Perse qui n’hésite pas à prendre l’album de Gadji Céli parce qu`il n`avait pas encore de musique ivoirienne dans son catalogue. A ce moment, je rencontre Koffi Olomidé dans le couloir. Celui-ci est étonné de voir un jeune africain dans un bureau où il n’y a que des blancs. Je me présente, j’ai l’âge de son fils, on a échangé et on parlait de famille. Il connaît plutôt Meiway et non Gadji Céli. Marcel Perse me voit échanger avec Koffi Olomidé qui était venu lui faire des histoires et me reçoit avant Koffi. Sans discuter et sans avoir écouté l’album de Gadji Céli - Champion d’Afrique, il accepte de le sortir. Ce qu’il me demande en retour, c’est d’accepter de travailler avec lui et de gérer Koffi Olomidé qui est l’un des gros vendeurs de son catalogue. Il me dit : ‘’Je vous ai vu échanger avec lui, je pense que vous pouvez faire l’affaire. Voilà comment commence mon contact et mes relations d`affaires et collaboration avec Koffi Olomidé, déjà révélé en Côte d`Ivoire et en Afrique. Par hasard.

Après Nayanka Bell qui vous amène en France, arrive Gadji Céli, le temps pour vous de régler ses problèmes, vous rencontrez Gilles Obringer puis Koffi Olomidé. Un coup de chance, un coup du hasard?

C’est un coup du hasard. Je signe l’album de Gadji Céli avec Marcel Perse, nous sortons l’album et il me confie la responsabilité de l’aider à gérer l’album V 12 de Koffi Olomidé qui, dans les remerciements, me cite. Après cette demande, je vais parler humainement et fraternellement à Koffi Olomidé et lui demander d’accepter les conditions que je lui propose pour jouer à l’Olympia. Quand l’album V 12 sort, pour la première fois, j’invite toute la presse africaine à un cocktail de presse. Koffi Olomidé qui n’a jamais vécu cela dans sa carrière est étonné et veut qu’on travaille ensemble. Le lendemain, l’écho est fait dans la presse. Il accepte mes conditions avec à la clé, un spectacle à l’Olympia. Et entre temps M. Henri Debodinat rachète Sonodisc. Je retourne voir Monsieur Debodinat.

Je lui fais savoir que Koffi Olomide étant la plus grosse Star africaine dans toutes les communautés africaines, il faut qu’il joue à l’Olympia. Il me répond : «tu es fou ! L’Olympia coûte très cher. Il ne va jamais le remplir. Si l’entrée est fixée à 40 euros (soit 25.000 FCFA), les Africains ne vont pas payer». Je le rassure, mais il me demande de garantir sur deux ans mon salaire s’il perd son argent. Je signe et Koffi Olomidé est à l’Olympia. C’est le carton, la salle refuse du monde. L’Olympia est une salle mythique d’environ 3000 places. Le coût est si élevé qu’il faut, pour les concerts, fixer l’entrée entre 40 et 50 Euros pour ne pas perdre de l’argent. Quand je retourne le voir, je lui propose en même temps le Zénith. Il trouve mes ambitions démesurées et se désengage. Dans la salle, je demande à Koffi d’annoncer aux Africains le prochain rendez-vous pour le Zénith. On met M. Debodinat devant le fait accompli.

Après le Zénith, comme j’aime rêver, je décide de faire le concert à Bercy. Personne n’a voulu me suivre. Car, pour eux, je veux leur faire perdre de l’argent. Je leur montre les statistiques sans perte de l’Olympia et du Zénith. On va à Bercy. C’est la première fois qu’un Africain qui ne passe plus sur les ondes françaises et qui n’a aucune visibilité européenne remplit Bercy. Cela donne des idées à Youssou Ndour qui d’habitude passe sur les chaînes de télévisions françaises. Après, ont suivi d’autres artistes congolais. Cela a réussi à ouvrir des portes, car chez nous, les Ivoiriens, Alpha Blondy et Tiken Jah ont réussi à faire Bercy.

Le Congo a donné de grands musiciens, Joseph Kabasele, Tabu Lay Rochereau, le Zaïco Langa Langa, Kanda Bongo Man. On a aujourd’hui Koffi Olomidé avec l’intermédiaire Papa Wemba – Werrason, comment expliquez-vous cette vitalité de la musique congolaise qui dépasse le Cameroun et qui semble être l’une des plus performantes d’Afrique?

Le Congo est une pépite d’or de grands chanteurs et de grands artistes. Il y avait au début un laisser-aller. Pour pouvoir survivre, tous voulaient s’adonner à la chanson et n’avaient pas privilégié les études.

Il y avait beaucoup d’artistes et parmi eux il y a certains qui ont pris ce métier au sérieux et qui ont tenté de le professionnaliser. Voilà pourquoi la musique congolaise est restée depuis ces 30 dernières années, N°1 de la musique africaine parce que les Congolais sont des bosseurs. Quand vous arrivez au domicile d’un Congolais, déjà le matin, il se met à chanter. Quand il veut prendre cela au sérieux, il se met à travailler. Je vous cite l’exemple de Fally Ipupa. C’est pour cette raison que je demande aux Ivoiriens de se comporter comme les Congolais.

Qu’est-ce qui vous a poussé à produire Arafat Dj alors qu’il n’était pas bon chanteur comme vous le dites?

La vision que j’avais pour le concept ‘’Coupé-décalé’’ en le mettant en route, c’est que dans les années 1990, il y avait un mouvement de Rap aux Etats-Unis qui était soutenu par des rappeurs qui n’étaient pas des chanteurs. Ils parlaient. Ils ont eu une carrière. Notamment LL KOOL JAY. En créant ce mouvement de ‘’Coupé-décalé’’ dédié au Dj Arafat, très bon mixer et ses Atalaku qui m’impressionnaient, je me suis rendu un jour dans un des maquis à Yopougon, le mec toastait et j’ai trouvé cela impressionnant. Et il vient me proposer d’écouter une de ses chansons qui rendait hommage à un des amis Dj décédé, un certain ‘’Jonathan’’. J’ai écouté avec beaucoup d’émotions. Je lui ai dit : «Bon tu peux faire carrière». Après cela, il vient à Paris, je le mets en studio et il crée ‘’Ma chérie, faut pas pleurer’’. Je sens en lui du talent mais qu’il va falloir bien exploiter. C’est ce qui a motivé sa production. Arafat Dj n’est pas un chanteur, il fait de l’ambiance.

Quand j’ai produit ce deuxième album, il était timide et il ne voulait pas danser. Je lui ai dit : «Ecoutes ! Tu n’es pas un chanteur. En Afrique, on confond chanteur, danseur et ‘’ambiancer’’. Donc, le seul truc que tu peux faire pour trouver un espace dans le milieu de la musique ivoirienne, voire africaine, c’est de danser. Apprendre à danser et créer des pas de danse. A partir de là, les gens vont faire attention à ta musique». Voilà, comment Arafat Dj est devenu un danseur. Il a aussi compris qu’il faut écouter les conseils et se mettre au travail. Je trouve que c’est un jeune qui travaille beaucoup et il a aussi une vision malgré ses frasques. Cela fait partie du métier d’artiste. Par moment, j’essaie de le comprendre. De ma position de producteur d’artistes, je me comporte aussi comme un père ou comme un psychologue qui essaie de comprendre un peu l’environnement de chacun. Chaque fois que je le vois, je lui donne des conseils. Malgré tout, il ne m’a jamais manqué de respect. Il ne m’appelle jamais par mon nom, il m’appelle toujours le Boss. Quand j’apprends des qualificatifs sur son comportement, je suis étonné parce que je ne suis pas encore victime de cela. Peut-être qu’il a compris où est son intérêt.


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