
Politique
Kinshasa serait en train de changer de médiateur sans prévenir. Après Nairobi, Lomé et Luanda, c’est Bujumbura qui serait en train de prendre le relais. Le président burundais et président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye, a invité la coalition de l’opposition C64 à une consultation à Bujumbura. L’annonce tombe quelques jours après sa visite d’État de 48h à Kinshasa, aux côtés de Félix Tshisekedi.
L’idée majeure de cette invitation est d’engager des discussions avec les opposants au régime de Félix Tshisekedi. L’initiative intervient alors que la tension monte autour du projet de loi référendaire et de la marche du 8 juillet désormais reportée. Pour privilégier le dialogue, les ténors de C64 ont décidé de renvoyer leur mobilisation au 22 juillet. Ils sont déjà à Bujumbura où ils s’entretiennent avec Ndayishimiye.
Mais dans le camp de Joseph Kabila, l’accueil reste glacial. Loin d’y voir un élan de paix, certains y perçoivent une opération politique. Les pro-Kabila dénoncent un médiateur partial, un processus mal ficelé et une tentative de contourner les véritables acteurs de la crise.
Pour eux, le reproche central tient en une phrase : le Burundi n’est pas neutre. Et sans neutralité, pas de médiation crédible.
Le schéma enterré avant l’heure
Sur X, Marie-Ange Mushobekwa, cadre du FCC explique que le problème est méthodologique. « Quelqu’un qui fait partie d’un conflit, n’a pas la neutralité requise pour être médiateur ni facilitateur dans ce même conflit. Il est juge et partie, et cela altère sa démarche. Fuite en avant et perte de temps ».
José Makila, décortique le rôle du Burundi. Tranchant, l’opposant met en doute la légitimité du mandat : « Le rôle de médiateur ne peut être exercé uniquement sur la base de la présidence de l’Union africaine, mais doit découler d’un mandat formel issu d’une décision collective des chefs d’État de l’organisation. Ndayishimiye fait partie intégrante du conflit en cours et il est même à l’origine de l’entêtement observé jusqu’à présent chez Tshisekedi ».
L’ancien vice-Premier ministre s’interroge aussi sur la disparition du médiateur togolais. « Le médiateur togolais Faure Gnassingbé initialement désigné pour cette affaire, semble avoir été écarté sans clarification officielle, au profit de Ndayishimiye, sans que les conditions de ce remplacement ne soient rendues publiques ».
Francine Muyumba renchérit. Elle pose les questions qui fâchent : « L’Union africaine a-t-elle officiellement confié un nouveau mandat de médiation au Burundi ou au président en exercice de l’UA ? Si oui, lequel et avec quels objectifs ? ».
Et d’ajouter : « Pourquoi les processus précédents ont-ils échoué ? Les raisons sont connues : l’absence de volonté politique de mettre en œuvre les engagements pris. Le Burundi, dont les forces sont engagées sur le territoire congolais, peut-il être perçu par l’ensemble des parties comme un médiateur suffisamment neutre et crédible ? À force de multiplier les processus sans résultats tangibles, on donne l’impression d’une distraction diplomatique et d’une perte de temps ».
Diongo dénonce l’impossibilité d’une médiation par un acteur impliqué
Franck Diongo va plus loin : il boycotte les travaux. Le radical opposant annonce les couleurs. « Aucun membre de notre coalition ne participera à la réunion annoncée à Bujumbura. À ce jour, aucun contact n’a été établi par les services du président Ndayishimiye ».
L’argument est sécuritaire. « Son armée est impliquée dans les conflits dans l’est de la RDC, notamment au Nord et Sud-Kivu. Il est donc partie au conflit et ne peut être partie à la solution ».
Le résistant voit derrière l’initiative burundaise une stratégie d’exclusion. « Aujourd’hui, Félix Tshisekedi accepte l’initiative du président Ndayishimiye parce que celui-ci est son allié politique et militaire et il s’inscrit d’ailleurs dans une logique d’exclusion des principaux acteurs de la crise congolaise ». L’opposant rappelle que Kinshasa avait rejeté Lourenço parce qu’il voulait un cadre « associant notamment Sauvons la RDC de Joseph Kabila AFC/M23 ».
Pour lui, tout cela vise à casser la rue. « Cette initiative constitue une manœuvre de diversion destinée à faire obstacle à la mobilisation populaire du 8 juillet 2026 ».
Fayulu insiste sur l’objectif final de l’invitation burundaise
Face au front du refus, Martin Fayulu assume. Le ténor de la C64 justifie le déplacement à Bujumbura par le pragmatisme. « Ndayishimiye fait partie intégrante du conflit. Ça nous regarde pas. Ce qui nous regarde, c’est qu’il est président en exercice de l’Union africaine ». Sa logique est celle du dialogue à tout prix. « C’est le mode opératoire dans toute organisation humaine. Là où il y a les humains, quand il y a une crise, il n’y a pas d’autres moyens de résoudre cette crise : les gens doivent se parler ». Il lie cette ouverture à la loi référendaire, qu’il qualifie de « crise supplémentaire » imposée par Tshisekedi.
Mais le chef de la coalition Lamuka pose ses conditions. « Le retrait pur et simple de la loi référendaire, ou à défaut la suppression de toutes les dispositions contraires à l’article 220 de la Constitution. Sinon, Félix Tshisekedi devra démissionner, parce que ce n’est pas nous qui le disons, c’est la Constitution qui le dit ».
Fayulu élargit le cadre. A ses yeux, la paix ne passera pas par un seul agenda. « Si l’annonce qu’il ne va pas se présenter tombe, est-ce que pour autant que la guerre sera terminée ? non ». Il cite l’Ituri, les ADF et les discussions « par personnes interposées » entre Kinshasa et le M23 à Doha.
Au milieu, Ndayishimiye joue au rassembleur. Lors de sa visite à Kinshasa, il avait appelé à l’unité : « J’ai eu l’occasion de m’engager à toujours soutenir les institutions de la RDC dans ce travail important : celui de ramener la paix. Ce travail demande aussi que les institutions soient stables. Ici, j’ai appelé, je conseille même tous les Congolais à rester unis. Il faut avoir confiance surtout que vous avez un ennemi commun et, face à un ennemi commun, pour le combattre, il faut l’unité ».
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Le président burundais et président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye, aux côtés des opposants anti-régime, Franck Diongo, Francine Muyumba, Marie-Ange Mushobekwa et José Makila. Les pro-Kabila estiment que le chef de l’État burundai