
Economie
Le potentiel hydroélectrique des chutes d’Inga, sur le fleuve Congo le plus puissant d’Afrique, fait rêver les Congolais et les ingénieurs de toutes nationalités depuis les années 1950.
À disposition, à 400 km de Kinshasa, quelque 42 000 mégawatts, grâce à une pente d’une centaine de mètres entraînant un débit moyen de 20 000 m3 par seconde. De quoi électrifier la moitié du continent si l’on faisait partir du site de gigantesques autoroutes électriques reliant l’Afrique du Sud à l’Égypte, selon les plans les plus grandioses échafaudés dans les années 1960.
Seulement voilà, depuis la construction des deux premiers barrages sur le site (Inga 1 en 1971, Inga 2 en 1982), leur production a décru drastiquement, passant de 1 772 MW à environ 700 actuellement. Principale cause de cette diminution : la maintenance insuffisante des installations par la Société nationale d’électricité (Snel), entreprise en déficit chronique qui fut jadis la proie des fonds vautours.
Quant au projet de construction, pour 12 milliards de dollars, d’Inga 3, le premier des six barrages du mégacomplexe du Grand Inga, il vient de connaître un sérieux revers avec le retrait, le 25 juillet, du soutien financier de la Banque mondiale.
Raisons invoquées par l’institution de Bretton Woods : les atermoiements des autorités congolaises sur la stratégie du projet et le manque d’indépendance et d’expertise de l’agence qui en a la charge, logée à la présidence.
Cette annonce doit pousser les dirigeants congolais et les professionnels de l’énergie à se poser la question suivante : faut-il repenser leur stratégie d’électrification du pays, alors que l’absence de courant empêche son industrialisation ?
Inga 3 a tout d’un éléphant blanc : fantastique sur le papier mais quasi impossible à mettre en œuvre
Conçu dans les années 1950 et 1960 par les Belges et les Américains puis remis au goût du jour depuis 2013 à coups de missions d’expertise sud-africaines, chinoises, coréennes et espagnoles, auxquelles il faut ajouter des sessions à Paris, à Washington ou à Pékin pour le montage financier, Inga 3 a tout d’un éléphant blanc : fantastique sur le papier, il se révèle quasi impossible à mettre en œuvre au contact des réalités politiques, économiques, logistiques et techniques en RD Congo.
Qui plus est, ses principaux bénéficiaires envisagés ne sont pas les Congolais (en 2012, seuls 16 % d’entre eux avaient accès à l’électricité), mais l’industrie minière du Katanga et la compagnie sud-africaine d’électricité Eskom, qui rendent le projet bancable.
À trop vouloir faire avancer ce mégaprojet on estime à au moins 100 milliards de dollars le coût de l’ensemble du Grand Inga, autorités congolaises et bailleurs de fonds internationaux ont délaissé des projets de taille certes plus modeste, mais davantage réalisables et capables de distribuer l’électricité à un échelon régional, notamment dans des zones éloignées d’Inga et de Kinshasa : l’administration congolaise a répertorié pas moins de 200 sites à travers le pays, représentant 100 gigawatts de capacité de production !
Plutôt que de construire des lignes à haute tension partant toutes d’Inga, dont la maintenance est complexe et coûteuse et qui ne desservent pas les zones non industrialisées, il est nécessaire de décentraliser la production électrique en sélectionnant des projets de barrage viables dans chacune des 26 provinces de RD Congo, toutes dotées de cours d’eau puissants.
Quant au site d’Inga, il est certes crucial pour électrifier les provinces du Kongo-Central et de Kinshasa. Mais avant de lancer le développement de chantiers pharaoniques – sensibles sur le plan environnemental, il faudrait d’abord terminer la réhabilitation d’Inga 1 et d’Inga 2. Cela nécessite un soutien financier de plusieurs centaines de millions de dollars… que la Snel n’a pas encore trouvés.
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Le site d'Inga, en RD Congo, est l'un des plus grands gisements hydrauliques au monde, avec plus de 43 000 MW potentiels.