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Politique

Élection présidentielle en RDC : Guide complet pour comprendre le scrutin de décembre

2023-11-22
22.11.2023
2023-11-22
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Près de 40 millions d’électeurs congolais sont appelés aux urnes pour un scrutin présidentiel le 20 décembre 2023. Elu en 2018, le président Félix Tshisekedi brigue un second quinquennat.

Pourquoi vous intéresser à cette élection

De par sa superficie, la République Démocratique du Congo est le plus grand pays d’Afrique sub-saharienne. Avec une population estimée à plus de 100 millions d’habitants, ce pays à la taille de l’Europe occidentale regorge d’immenses ressources naturelles. Il possède 70% des réserves mondiales de coltan, un minerai très prisé pour la fabrication des téléphones portables, 30% de diamant ainsi que d’importantes quantités de cobalt, de cuivre et de bauxite.

Bien que son potentiel démographique représente un débouché important, le développement de la RDC est freiné par plusieurs facteurs dont la guerre dans sa partie Est qui a fait plus de 8 millions des morts en deux décennies. C’est l’un des conflits armés les plus meurtriers depuis la deuxième guerre mondiale.

Entre instabilité politique et coups d’Etats, c’est la première fois que la RDC organise des élections après le passage historique de pouvoir de manière pacifique entre l’ancien président Joseph Kabila et son successeur Félix Tshisekedi en 2019.

Les candidats à la magistrature suprême

Le 20 octobre dernier, la commission électorale nationale indépendante (CENI) a publié une liste provisoire de 24 candidats à l'élection présidentielle du 20 décembre prochain.

Une liste qui est finalement passée à 26 candidats après que la Cour constitutionnelle a rajouté lundi 30 octobre, deux candidatures qui n'étaient pas retenues par la CENI.

Cette liste est encore provisoire car elle doit être examinée par la Cour constitutionnelle avant la publication de la liste définitive.

Parmi les 26 candidatures enregistrées, figure celle du président sortant, Félix Tshisekedi, au pouvoir depuis janvier 2019 et candidat à sa réélection.

Il aura comme principaux challengers plusieurs poids lourd de l’opposition comme Martin Fayulu, candidat malheureux à la présidentielle de 2018, le riche homme d’affaires Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga (sud-est) ainsi que le Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018 pour son action en faveur des femmes violées.

Il y a aussi les anciens Premiers ministres Adolphe Muzito et Augustin Matata Ponyo, le député Delly Sesanga, l'activiste Floribert Anzuluni ou encore Constant Mutamba proche du camp Kabila.

Seules deux femmes ont décidé de se lancer dans la course. Il s'agit de Marie-Josée Ifoku Mputa, déjà candidate à la présidentielle de décembre 2018, et Joëlle Bile. Celle-ci se présente comme la candidate qui veut donner espoir aux femmes et aux jeunes.

Tout candidat devait présenter à la CENI un récépissé de paiement de 160 millions de francs congolais, un peu plus de 60 000 USD comme frais de dépôt de candidature non remboursables

Lors des dernières échéances électorales, les candidats devaient débourser la somme de 100 000 USD.

Voici la liste complète des 26 candidats :

- Félix Tshisekedi

- Moise Katumbi

- Martin Fayulu

- Denis Mukwege

- Marie-Josée Ifoku

- Noel Tshiani

- Seth Kikuni

- Radjabho Tebabho Soborabo

- Theodore Ngoy

- Augustin Matata Ponyo

- Adolphe Muzito

- Tony Bolamba

- Jean-Claude Baende

- Delly Sesanga

- Franck Diongo

- Constant Mutamba

- Justin Mudekereza

- Georges Buse Falay

- Rex Kazadi

- Abraham Ngalasi

- Nkema Liloo Bokonzi

- Floribert Anzuluni

- Patrice Mwamba

- André Masalu

- Joëlle Bile

 - Enoch Ngila

Le mode de scrutin

Depuis la modification de l’article 71 de la Constitution relatif au mode de scrutin présidentiel et l'adoption d'une nouvelle loi à la veille de la présidentielle de 2011, le président de la République est désormais élu à la majorité simple des suffrages exprimés au premier tour pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois et non plus à la majorité absolue au second tour.

Le scrutin se tient quatre vingt dix jours avant l'expiration du mandat du Président en exercice.

Cette année, la présidentielle à un seul tour, sera couplée à l'élection des députés nationaux et provinciaux ainsi qu'à celle des conseillers communaux.

Les enjeux principaux de cette présidentielle

Les élections générales 2023 se dérouleront sur fond de conflit dans l’est, de crise sociale et de crise de confiance entre pouvoir et opposition.

Les partis d’opposition soupçonnent le pouvoir de vouloir orchestrer une fraude électorale. Ils accusent le gouvernement de restreindre les libertés et l’espace démocratique ; accusations que le pouvoir rejette.

Les multiples assurances de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) n’ont pas réussi à éliminer les inquiétudes de l’opposition. Les évêques de l’église Catholique réunis au sein de Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) et les responsables de l’Eglise du Christ au Congo (ECC) ont récemment dit partager les inquiétudes de l’opposition.

Sur le plan social, les effets de la pandémie de Covid 19 et de la guerre en Ukraine continuent à se faire sentir sur le panier de la ménagère. L’inflation a réduit le pouvoir d’achat des citoyens ordinaires qui doivent maintenant payer plus pour les produits de première nécessité.

Selon les données officielles, le franc congolais s’est déprécié d’environ 15% à 20% par rapport au dollar depuis le début de l'année.

En RDC, les deux tiers des quelque 100 millions d'habitants vivent sous le seuil de pauvreté, fixé à 2,15 dollars par jour par la Banque mondiale.

Le président sortant Felix Tshisekedi a lancé plusieurs initiatives dans le but de soulager les souffrances des populations. Le programme de la gratuité de l’enseignement primaire et la gratuité des soins de santé pour les femmes qui accouchent dans les structures publiques font partie de ces initiatives.

Cependant, l’opinion reste partagée quant à l’efficacité de ces programmes sur toute l’étendue de la RDC.

La persistante crise sécuritaire à l’Est du pays

Malgré la mise en état de siège des provinces du Nord Kivu et de l’Ituri depuis près d’un an, la situation sécuritaire reste préoccupante dans cette partie du pays. Des groupes rebelles comme le Mouvement du 23 Mars (M23), les forces démocratiques alliées (ADF) ou la CODECO continuent à mener des attaques contre des cibles tant civiles que militaires.

Conséquence : la RDC figure parmi les pays avec le plus grand nombre des déplacés internes dans le monde, avec près de 6,3 millions de personnes depuis mars 2022. L'ONU estime que le taux de la population en situation de déplacement forcé s'élève à 28% pour la province du Nord-Kivu et 39 % pour l'Ituri.

D’autres foyers de tensions ont émergé à cause des conflits intercommunautaires, notamment dans la province de la Tshopo, au Nord-Est, et dans la province de Maï-Ndombe, dans le Sud-Ouest du pays.

L’insécurité risque de perturber la tenue du scrutin dans certaines parties du territoire national. En Novembre 2023, la commission électorale a déclaré avoir perdu une trentaine d’agents victimes de noyade et des attaques des groupes armés lors de l’enrôlement des électeurs.

Le gouvernement congolais a récemment exigé le départ des troupes des pays de l’Afrique de l’Est d’ici la fin de l’année, les accusant de n’avoir pas réussi à mettre fin à l’activisme des groupes armés moins d’un an après leur déploiement.

Actuellement, la RDC est en pleines négociations avec la Communauté de développement de l’Afrique australe, SADC, pour un éventuel déploiement des forces armées des pays de la sous-région.

Entre-temps, l’armée congolaise et les casques bleus de l’ONU continuent à mener des opérations militaires dans les zones en proie à l’insécurité pour tenter d’y restaurer l’autorité de l’Etat.

Organisation et observation du processus électoral

La Commission électorale nationale indépendante (CENI), est une institution d’appui à la démocratie. Elle est un organisme de droit public, autonome, permanent, neutre et doté de la personnalité juridique.

Composée de 21 membres, elle a pour mandat « de garantir des élections libres et démocratiques ».

La CENI a récemment été sous les feux des critiques qui reprochent à son président ce qu’ils qualifient de « proximité » avec le pouvoir en place. Ils disent craindre que l’appartenance de Denis Kadima à la même tribu que le président sortant, Félix Tshisekedi, n’impacte l’intégrité des résultats de la présidentielle.

De son côté, Monsieur Kadima a plusieurs fois répété que son institution tient à organiser des élections en toute transparence, dans le respect des principes démocratiques.

Sur invitation du gouvernement congolais, l’Union Européenne prévoit d’envoyer une mission d’observation électorale qui sera dirigée par l’eurodéputée suédoise Malin Björk.

Par le passé, l’Union Africaine, les confessions religieuses et les organisations de la société civile ont eu à déployer des observateurs pour suivre de près le déroulement du scrutin en RDC.

Le chronogramme de l’élection présidentielle en RDC

 

 


BBC News Afrique / MCP, via mediacongo.net
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