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Politique

Bruxelles-Paris-Luanda-Kigali: Remake Berlin 1885

2018-06-08
08.06.2018
2018-06-08
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Les présidents de l'Angola, Joao Lourenço, et celui du Rwanda, Paul Kagame, sont passés tour à tour, dernièrement à Paris, débattre de la crise en RDC avec leurs homologues français Emmanuel Macron. (© DiaspoRDC)

A 6 mois des élections législatives nationales et provinciales ainsi que de la présidentielle 2018, à travers lesquelles les populations rd congolaises se choisiront librement leurs dirigeants pour les 5 années à venir et conforteront le processus de démocratisation des institutions du pays enclenché voici 12 ans, se déploie un impressionnant ballet diplomatique sur ce pays.

Jusque-là relativement réservée quant aux immixtions de certains pays de l’Union Européenne emmenés par la Belgique dans les affaires intérieures rd congolaises, la France d’Emmanuel Macron semble, elle aussi, avoir résolu de tourner le dos aux sacro-saintes valeurs de démocratie, d’égalité et de liberté tant vantées en convoquant à Paris les Chefs d’Etat du Rwanda et de l’Angola pour débattre de l’avenir de l’immense RD Congo.

En l’espace de 4 jours marathons, le 24 et le 28 mai 2018, le Chef de l’Etat Français a discuté de la situation politique de la RD Congo sans la RD Congo avec le Rwandais Paul Kagame puis l’Angolais Joao Lourenço. Et proclamé le soutien de la France à la position de ces Etats voisins de la RD Congo sur la RD Congo. Comme si la position de ce pays ne devait guère compter, c’était déjà le cas il y a quelques siècles, en 1885, lorsque les puissances européennes se partagèrent d’immenses territoires au centre du continent africain dessinés des explorateurs stipendiés.

Le ballet diplomatique enclenché par la France s’est poursuivi ces derniers jours à Bruxelles, siège de l’Union Européenne, où ont été conviés les deux Chefs d’Etat voisins de la RD Congo. En séjour dans la capitale belge la semaine dernière, Joao Lourenço a pris prétexte de remous sociaux que provoqueraient une candidature de Joseph Kabila à la présidentielle de décembre prochain pour annoncer son soutien à la partie de l’Accord du 31 décembre 2016 relatif au second et dernier mandat du Chef de l’Etat de la RD Congo.

Ce faisant, le président Angolais, dont le parti politique est au pouvoir depuis 1973 dans son pays, épousait en réalité la position belgo-occidentale résolument hostile à la présence de Joseph Kabila au pouvoir. Bruxelles attend incessamment, du reste, la visite du Rwandais Paul Kagame, opportunément rentré dans les grâces francophones en raison de ses capacités de nuisance avérées en RD Congo, avec qui il discutera de l’avenir politique du géant voisin.

Un millénaire et plusieurs années après Berlin, l’avenir de la RD Congo se discute, se dispute et se décide donc encore loin des terres nationales et en l’absence de ses dirigeants légitimes, en France et en Belgique. Et, 58 ans après l’accession du pays de Lumumba à la souveraineté nationale et internationale, Belges et Français jouent toujours des pieds et des mains pour pérenniser l’entreprise esclavagiste et coloniale qui assure leurs survies économiques. L’histoire semble pouvoir se répéter.

En RD Congo, les discussions sur l’avenir du pays divisent la classe politique et l’opinion publique entre, d’une part, les nationalistes souverainistes opposés à toute ingérence étrangère et, d’autre part, les opposants dits radicaux qui croient pouvoir tirer profit d’ingérences externes pour accéder au pouvoir. Les premiers sont favorables aux élections démocratiques qui permettront aux rd congolais de se choisir librement leurs futurs dirigeants, tandis que les seconds sont hostiles aux joutes qu’elles estiment perdues à l’avance s’ils n’ont pas préalablement été associés à la gestion du pouvoir durant une période de transition.

Au cours d’un point de presse au début de la semaine, André-Alain Atundu Liongo, le porte-parole de la majorité politique au pouvoir en RD Congo, a non seulement confirmé l’option pour les élections de décembre prochain, mais également réitéré le soutien de sa famille politique à Joseph Kabila et au candidat qu’il désignera à la prochaine présidentielle. Tout en mettant en garde les capitales occidentales qui complotent manifestement contre un Etat souverain au vu et au su de tout le monde.

Presqu’au même moment, Pierre Lumbi de l’opposition radicale katumbiste alignait une litanie de griefs contre le processus électoral en cours auquel, de toute évidence, « Ensemble pour le changement », sa plateforme électorale, n’entend pas prendre part si Joseph Kabila demeure au pouvoir. Une réalité pourtant plus certaine et plus évidente que la tenue des élections, compte-tenu du fait que la constitution en vigueur ne prévoit pas de vide à la tête de la RD Congo.

Le schéma de Berlin 1885 manifestement exhumé par les puissances européennes devrait néanmoins se heurter à l’évolution des mentalités sur le continent et en RD Congo où de plus en plus d’esprits sont hostiles aux thèses expansionnistes et dominatrices plus ou moins fondées sur la supériorité de la race. Contre le ballet diplomatique occidental sur son avenir politique, Kinshasa a alerté les Nations-Unies et son conseil de sécurité, mais aussi l’Union Africaine.

Les deux organisations internationales lui ont réitéré le respect de sa souveraineté et le soutien au processus électoral en cours. Il ne suffira plus, comme à la fin du 18ème siècle, de planter le drapeau français ou belge sur les rives du fleuve Congo pour s’accaparer les riches terres vierges autour de la cuvette centrale. Recoloniser Kinshasa rencontrera assurément plus que de la résistance populaire passive. Cela aussi, le gouvernement de la RD Congo l’a fait savoir sans fioritures au cours d’un point de presse récent animé par son porte-parole, Lambert Mende Omalanga.

J.N.
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