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Les expulsés d’Angola ne sont pas tous des illégaux

Les expulsés d’Angola ne sont pas tous des illégaux 2018-11-16
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Des Congolais expulsés d'Angola, le 9 octobre 2018. © Sosthene KAMBIDI / AFP

En quelques semaines, ce sont des centaines de milliers de personnes qui ont franchi la frontière entre l’Angola et la RDC après une opération de police. Luanda a toujours assuré que les personnes refoulées étaient en situation illégale, mais les témoignages montrent l'inverse.

Le Haut-Commissariat aux réfugiés a déjà recensé plus de 1 900 personnes munies de papiers de réfugiés parmi ces expulsés. Un chiffre qui a considérablement augmenté ces dernières semaines, et qui témoigne, selon le HCR, du « manque de discernement » dont font preuve les autorités angolaises dans leur opération d’expulsions forcées.

Un homme en colère brandit sa carte d’identité angolaise. Un document, obtenu légalement dit-il, après cinq ans de vie en Angola, mais qui n’a pas suffi à l’épargner des expulsions forcées : « Regardez, c’est ma carte. Elle me donne le droit de vivre en Angola et de circuler librement. Pourtant, j’ai été chassé. »

Au moment de son arrestation, il raconte qu’il n’a même pas osé présenter ce document aux autorités : « J’ai préféré la cacher. Car j’ai vu comment la police faisaient avec les autres. Ils les battaient et déchiraient leurs papiers. J’avais peur qu’on me fasse la même chose. »

C’est ce qui est arrivé à ce commerçant : « En fuyant l’Angola lorsque nous sommes arrivés au premier barrage de police ils nous ont demandé de montrer nos papiers. Et dès qu’on les a sortis, ils nous les ont pris. » Il a vécu deux ans en Angola et dit ne pas comprendre les autorités, qui l’avaient pourtant incité à se faire régulariser avant les dernières élections : « Je suis arrivé pendant la période d’enrôlement et l’on nous encourageait à nous inscrire pour aller voter. C’est grâce à ma carte d’électeur que j’ai obtenu une carte d’identité. Et maintenant, on nous chasse comme des animaux. »

D’autres témoignent avoir subi le même sort après avoir passé 10, 15, 20 ans en Angola. Sans papiers, et contraints de rentrer dans un pays où parfois ils n’ont plus d’attache. Ils courent le risque de se retrouver apatrides. C’est pour cette raison que le HCR travaille actuellement avec la commission nationale pour les réfugiés et les services de migrations de RDC à dresser la liste de personnes dans cette situation. Il reviendra ensuite aux autorités congolaises de les enregistrer.

Au moins 1 900 réfugiés

Pasteur Georges a fui les violences au Kasaï, en mai 2017, après l’incendie de son village. En Angola, il avait obtenu le statut de réfugié et n’avait pas - malgré une immense précarité - l’intention de rentrer en RDC. Mais l’armée angolaise en a décidé autrement : « Il nous a arrêtés, il nous a demandé les documents. On a donné les documents, ils ont dit : les réfugiés n’ont pas le droit ici. On nous a ravi ça. On nous a ligotés, on nous a scotchés comme des cartons, des colis. Et l’on nous a amenés jusqu’au niveau de la frontière. »

A ses côtés, Mbomba Ntomba garde précieusement dans un sachet plastique la photocopie de sa carte de réfugié, qu’il a pu sauver. Après 21 ans passés en Angola. Il avait fui en 1997, lors de la première guerre du Congo. « Les militaires m’ont confisqué l’original de mes papiers avant de m’arrêter. J’ai protesté. Ils m’ont dit : le gouvernement nous a demandé de faire partir tous les Congolais même les réfugiés. Tout ce que je possédais est resté là-bas, je me retrouve ici les mains vides. Sans famille. Je dors dans des églises et parfois même dehors ».

« Quinze jours sans pouvoir manger »

Dans la confusion qui a présidé à l’opération d’expulsions, des familles de réfugiés ont été séparées. Philomène a mis deux semaines à retrouver ses enfants : « J’ai été arrêtée avec les documents qui leur permettaient d’accéder aux distributions de nourriture. Ils sont restés 15 jours sans pouvoir manger... Jusqu’à ce que ma famille ici envoie de l’argent en Angola pour payer leur transport et qu’ils me rejoignent ». En septembre dernier déjà Philomène dit avoir fait plusieurs courts séjours en prison côté angolais, secourue chaque fois par le HCR. Comme la majorité de ces réfugiés expulsés, elle n’envisage plus de rentrer en Angola, de peur, dit-elle de ce qui pourrait lui arriver.

Le HCR poursuit actuellement le travail de recensement de ces réfugiés expulsés, promet de transporter dans leurs familles restées au Congo ceux qui le souhaitent. Et négocie actuellement avec les Angolais la réadmission de ceux qui souhaiteraient retourner en Angola. Le HCR qui appelle par ailleurs les Angolais à respecter les droits et la sécurité de ces réfugiés conformément au droit international.


RFI / MCP, via mediacongo.net
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