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Mine: la ruée vers le cobalt aggrave les conditions des "creuseurs"

Mine: la ruée vers le cobalt aggrave les conditions des "creuseurs" 2018-12-29
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Les petits comptoirs situés sur la route de Kolwezi. [Annabelle Durand - RTS]

En République démocratique du Congo (RDC), plus de 200'000 mineurs artisanaux satisfont aux besoins mondiaux en cobalt. Mais cette richesse inestimée du sous-sol du pays ne profite pas aux travailleurs.

Kolwezi, ville du sud de la République démocratique du Congo et important centre minier de cobalt. Ici, il n'y a pas une seule parcelle où l'on ne cherche ce métal, très prisé pour la fabrication des smartphones ou des batteries de véhicules électriques, notamment. C'est grâce à ce minerai qu'une batterie peut stocker de l'énergie sans surchauffer.

Dans chaque maison, les habitants creusent parfois jusqu'à 60 mètres de profondeur à mains nues pour trouver ce désormais précieux cobalt. Et les accidents sont nombreux, provoqués par des éboulements ou en raison des intoxications dues au confinement.

Pour beaucoup d'habitants, le cobalt est l'unique source de revenu. Au mépris des dangers, ils creusent, jusqu'à ce que la nuit tombe. Dans cette région, on estime que 20 à 30% du minerai est extrait de façon artisanale. Et pour permettre le développement de cette activité, les autorités ont autorisé en 2017 la destruction d'un quartier entier de Kolwezi, délocalisant tous ses habitants.

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La réforme du code minier, adopté en début 2018, a désigné le cobalt comme substance "stratégique", donc assujetti à un taux de redevance de 10% au lieu de 3,5%. S'il a provoqué la colère des producteurs, cela n'a pas changé les conditions de travail des "creuseurs". 

Les règles et les prix chinois

Dans un premier temps, nos caméras ne sont pas les bienvenues. Car la veille, des hommes ont jeté des pierres sur des négociants étrangers.

"Le problème, c'est vraiment les Chinois. Quand tu vends le cobalt, si t'es pas d'accord avec le prix qu'ils décident, ils te frappent et te rappellent que l'Etat leur mange dans la main. Mais on est Congolais, on ne va pas se laisser faire. Ici, on est chez nous, ils doivent mieux acheter", explique finalement un "creuseur"au 19h30 de la RTS.

Dans cette ancienne province du Katanga, désormais divisée en quatre circonscriptions à la frontière avec l'Angola, la Zambie et la Tanzanie (voir la carte ci-dessous), les deux tiers du cobalt produit sont achetés par les Chinois. Ici, ce sont eux qui fixent les prix et les règles.

Le minerai brut est vendu près de 80 dollars le kilo, dans de petits comptoirs surnommés "dépôt Apple" ou "dépôt Samsung", situés sur la route de Kolwezi.

Au total, 86'000 tonnes de cobalt ont été exportées en 2017. Soit 70% de la production mondiale, pour laquelle deux géants suisses du trading des matières premières se disputent la plus grande part du marché: Glencore et Trafigura.

Ni enfants, ni femmes enceintes

A Mutoshi, situé à quelques kilomètres de là, un autre site d'extraction artisanal a ouvert il y a 6 mois. L'entreprise Chemaf, qui vend sa production à la société genevoise de négoce Trafigura, est fière de montrer cette mine, considérée plus formelle. Car ici, on ne fait pas travailler les enfants, ni les femmes enceintes. Et les 5000 "creuseurs", comme on les surnomme en RDC, doivent porter des équipements de sécurité.

Des 'creuseurs' de Chemaf, qui vend sa production à Trafigura.
Des "creuseurs" de Chemaf, qui vend sa production à Trafigura. [Annabelle Durand - RTS]

"Ce que nous essayons de faire ici, c'est de rendre la vie des travailleurs artisanaux plus facile. On emmène nos machines, on enlève la première couche jusqu'au cobalt et ces gens n'ont plus qu'à récupérer le minerai avec leurs mains", explique Johnny Velloza, le patron de Chemaf.

Mais sur ce site, les pelleteuses ne font pas tout. Il y a encore des galeries confinées par endroits, même si elles sont moins profondes. Et Johnny Velloza sait bien qu'en termes de droits humains, lorsqu'on se félicite d'avoir une infirmerie et de l'eau potable, soit le minimum vital pour des milliers de travailleurs, il faut aussi mesurer le chemin qui reste à parcourir.

Ce modèle de mine contraste toutefois avec tous les autres, y compris sur une autre concession appartenant à Chemaf, sur le site de Kawama. Son patron accepte de nous accompagner.

Même groupe, autre conditions

Les creuseurs attendent la barque (de fortune) pour aller travailler. Le passage coûte 500 francs congolais.
Les creuseurs attendent la barque (de fortune) pour aller travailler. Le passage coûte 500 francs congolais. [Annabelle Durand - RTS]

Pour nous y rendre plus rapidement, nous empruntons une barque de fortune avec les femmes préposées au lavage du minerai et les "creuseurs". Durant la saison des pluies, seuls les gros 4x4 permettent d'accéder aux puits. Et il nous faudra plusieurs heures avant d'apercevoir les tentes oranges, qui abritent les trous. En dessous, une galerie s'enfonce dans la terre.

"Je travaille tel que vous me voyez là, sans masque et sans casque. J'ai une famille à nourrir. Celui qui exploite doit nous donner du matériel", dit un "creuseur".

Aujourd'hui, les deux géants suisses Glencore et Trafigura assurent vouloir plus de transparence sur la provenance du cobalt. Mais dans ce pays instable, sans aucune règle sur les conditions de travail dans les mines, sans aucun contrôle pour la santé ou l'environnement, seuls les industriels, les spéculateurs et les réseaux de corruptions profitent de toute cette richesse.


RTS / MCP, via mediacongo.net
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