
Politique
“Pourquoi ne pas simplement nommer directement le Rwanda ?”. La diplomatie américaine se met déjà au diapason de Donald Trump. Désormais, un chat sera désigné chat! À l’ONU, Linda Thomas-Greenfield, s’est révoltée « que certains membres du Conseil [de sécurité] aient résisté à l’inclusion d’un langage décrivant de manière factuelle le rôle du Rwanda dans l’est de la RDC », a-t-elle déclaré, le week-end dernier, à New-York, lors du vote de la prorogation d’une année, du mandat de la Monusco par le Conseil de sécurité.
Membre du parti démocrate, ambassadrice à l’ONU depuis 2021, l’ancienne sous-secrétaire d’État chargée de l’Afrique a, droit dans les yeux, rappelé à ses pairs, représentants des États membres permanents du Conseil, singulièrement le Français Nicolas de Rivière, la Britannique Barbara Woodward, le Chinois Zhang Jun et le Russe Vassili Nebenzia, qu'”au cours de l’année dernière, le groupe d’experts des Nations unies a méticuleusement documenté le déploiement par le Rwanda de 3.000 à 4.000 soldats sur le sol de la RDC et son influence sur les opérations du M23 ». Et Mme Greenfield de poursuivre : « face à des preuves aussi nombreuses, pourquoi les membres ont-ils recours à des euphémismes, au lieu de simplement nommer directement le Rwanda ?».
Sans le citer nommément, la diplomate US cible, nul doute, le Français De Rivière. C’est lui qui, il y a quelques temps, avait déclaré devant la presse internationale, “n”attendez pas de l’ONU qu’elle règle la situation par magie ou de manière instantanée à la place des autorités congolaises”. Avant de renchérir, “les sanctions ne sont pas notre option préférée ” à propos du Rwanda.
Il sied de rappeler que dix autres États ont siégé au Conseil de sécurité, lors de la réunion sur la RDC en qualité de membres non permanents. Il s’agit de l’Algérie, la Corée du Sud, la Sierra Leone, l’Équateur, la Guyane, la Slovénie, Malte, le Mozambique et la Suisse. De tous ces pays, au moins six sont ouvertement favorables au régime de Paul Kagame (Guyane, Mozambique, Suisse, Malte et Corée du Sud). Séoul et Kigali ont signé, en juillet 2024, un accord-cadre d’un milliard de dollars visant à fournir un financement concessionnel à une série de projets au Rwanda, notamment au niveau de la santé et de l’éducation.
L’ONU rend un mauvais service

Toutefois Linda Thomas-Greenfield a condamné l’absence du président rwandais, Paul Kagame, aux derniers pourparlers qui devaient se tenir à Luanda (Angola) et exprimé son soutien à l’approche « flexible » de Kinshasa pour le retrait de la Monusco tout en condamnant le langage tendant à épargner le Rwanda dans son rôle d’agresseur de la RDC. « Cette résolution soutient la demande de la République démocratique du Congo d’une approche plus flexible et progressive du retrait de la Monusco », a déclaré l’ambassadrice américaine qui a dit aussi attendre « avec impatience d’examiner les plans définissant davantage cette approche une fois finalisés par la Monusco et le gouvernement de la RDC ».
Selon Mme Linda Thomas-Greenfield, les États-Unis sont d’avis que la pleine mise en œuvre du mandat de la mission onusienne passe incontournablement, pour sa bonne réussite, par une bonne compréhension de la réalité de terrain. « Pour que la mission puisse pleinement mettre en œuvre son mandat et mener des opérations en RDC, elle doit comprendre la réalité sur le terrain », a dit l’ambassadrice américaine qui a insisté qu’en « contournant ces défis et en omettant de nommer leurs auteurs, nous rendons un mauvais service au personnel de l’ONU et humanitaire, qui est mis en danger par le déploiement d’armes sophistiquées, les interférences GPS et le soutien du Rwanda au M23 ». Et encore : « Plus que tout, nous rendons un mauvais service aux milliers et milliers de civils qui souffrent de la violence », a soutenu Mme Thomas-Greenfield, à l’encontre de la communauté internationale.
Le monde attend du Conseil de sécurité de l’ONU qu’il décrive les faits sur le terrain, proclame la diplomate américaine, en particulier ceux qui pourraient constituer une menace pour la paix et la sécurité internationales.
Washington se dit, par ailleurs, profondément préoccupé « par les rapports de cette semaine sur les avancées du M23 au Nord-Kivu et la saisie de nouveaux territoires appuyés par l’artillerie des RDF, les renforts de troupes des RDF et les convois de ravitaillement des RDF – une violation flagrante du cessez-le-feu en cours ». Il appelle, de ce fait, « toutes les parties à respecter leurs engagements dans le cadre du processus de Luanda et à soutenir pleinement le Mécanisme de vérification ad hoc renforcé ».
Dans ce cadre, les États-Unis disent leur profonde déception « que le président rwandais Kagame ait refusé d’assister au sommet tripartite sur la paix et la sécurité du 15 décembre, perdant ainsi une occasion importante de faire progresser les efforts de paix et de mettre fin aux souffrances qui perdurent dans la région ». Ils exhortent « les dirigeants de la RDC et du Rwanda à se réunir à nouveau dès que possible sous la direction inébranlable de l’Angola ».
Paul Kagame mis en garde

Après avoir examiné et apprécié les avancées du processus de paix à travers plusieurs initiatives menées depuis juillet dernier, les États-Unis, par la voix de leur représentante au Conseil de sécurité, notent qu’au regard du chemin parcouru, « des solutions sont en vue pour neutraliser les FDLR, commencer le retrait des RDF et entamer des discussions avec le M23 ». Ils exhortent, des lors, « tout le monde à revenir à la table des négociations et à accepter de prendre les mesures nécessaires pour résoudre ce conflit et semer les graines d’une paix durable ». Le changement du discours des États-Unis annonce-t-il une ferme volonté de Washington à retirer son soutien à Paul Kagame ? Seul Donald Trump le précisera au lendemain du 20 janvier 2025 quand il prendra officiellement les clefs de la Maison blanche.
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Linda Thomas-Greenfield demande à ses collègues membres du Conseil de sécurité de l’ONU de citer le chat par son nom @Photo Droits tiers.