
Monde
Étouffé par les sanctions économiques de Washington, Téhéran pourrait se résoudre à discuter avec le président américain. À certaines conditions.
Une guerre contre l'Iran « ne durerait pas longtemps ». Voilà le nouvel avertissement lancé mercredi par Donald Trump aux dirigeants de la République islamique, qui ont, pour l'heure, catégoriquement rejeté toute négociation avec le pensionnaire de la Maison-Blanche tant que celui-ci ne change pas de politique vis-à-vis de l'Iran. Interrogé sur la chaîne américaine Fox Business Network, le président américain a accentué la pression contre Téhéran en précisant « ne pas [parler] de troupes au sol », brandissant à demi-mot la menace de bombardements des sites stratégiques iraniens.
Puis, quelques instants plus tard, le milliardaire américain est revenu à sa rhétorique habituelle, qualifiant les responsables iraniens de « stupides » et d'« égoïstes » de ne pas avoir répondu à son offre de négociations sans précondition. « L'Iran peut faire ce qu'il veut, cela m'est égal, j'ai tout le temps qu'il faut. Mais leur pays est en détresse économique », a-t-il ajouté, en laissant malgré tout poindre une certaine dose d'agacement. « Leurs dirigeants devraient prendre soin de la population. »
À Téhéran, le guide suprême et véritable chef de l'État iranien avait rappelé le jour même son refus de céder aux pressions américaines. « La belle nation iranienne a été accusée et insultée par le régime le plus vicieux du monde, les États-Unis, à l'origine de guerres, de conflits et de pillages », a déclaré l'ayatollah Ali Khamenei sur son compte Twitter. Elle « ne cédera pas sous de telles insultes » et « tiendra bon, solide comme une montagne, et continuera son chemin avec détermination et atteindra ses buts ».
D'après l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), l'Iran flirtait avec les limites imposées par l'accord sur le nucléaire iranien de 2015, dont les États-Unis se sont retirés en mai 2018, entraînant la crise que l'on connaît aujourd'hui. D'après trois diplomates proches du dossier, cités par l'Agence de presse Reuters, les stocks iraniens d'uranium faiblement enrichi s'élèveraient à 200 kilos environ, soit 2,8 kg en dessous du seuil fixé par l'AIEA. D'après les diplomates, Téhéran pourrait dépasser le plafond autorisé dans la journée de vendredi.
Réduction des engagements
Dans une note publiée par l'agence de presse iranienne Fars, l'amiral Ali Shamkhani, secrétaire général du Conseil suprême de la sécurité nationale, a indiqué que son pays appliquerait la deuxième phase de son plan de réduction de ses engagements nucléaires à partir du 7 juillet prochain. À cette date, la République islamique pourrait enrichir de l'uranium au-dessus du seuil de 3,67 % imposé par l'AIEA. Si l'Iran assure que son programme nucléaire est de nature strictement civile, à 90 % d'enrichissement, l'uranium peut servir à la construction d'une bombe atomique. Par ailleurs, Téhéran a suggéré qu'elle pourrait relancer son projet de construction d'un réacteur à eau lourde à Arak (Centre).
D'après une source moyen-orientale, la position de l'Iran était devenue intenable. « Tous ceux qui défendaient l'accord sur le nucléaire sont cloués au pilori par l'opinion publique iranienne », confie la source très informée sur les rouages du pouvoir iranien. « Ils nous disent qu'il ne fallait pas négocier avec les États-Unis. De l'autre côté, il devient problématique que l'Iran soit le seul signataire de l'accord qui tienne ses engagements ». D'après les multiples rapports de l'AIEA, la République islamique a bien respecté l'accord qui diminue drastiquement son programme nucléaire en échange d'une levée des sanctions. Or, depuis le retrait américain du texte en mai 2018, Washington a imposé des sanctions draconiennes contre le système financier de l'Iran et ses exportations de pétrole. Et leurs conséquences sont dévastatrices pour l'économie iranienne. En un an, la monnaie (le rial) a perdu au moins 57 % de sa valeur par rapport au dollar, ce qui a provoqué une inflation atteignant aujourd'hui 51 %, alors que l'Iran exporterait aujourd'hui moins de 500 000 barils par jour de pétrole, contre plus de 4,4 millions en 2015.
L'échec de l'Europe
D'après la source moyen-orientale, l'Iran ne compte toutefois pas sortir de l'accord sur le nucléaire à son tour. « Il y a des franges du pouvoir à Washington dont l'objectif est de nous contraindre à quitter cet accord pour aller au Conseil de sécurité de l'ONU et de recréer un consensus contre l'Iran », explique-t-elle. « Cela n'arrivera pas. Si nous réduisons de nouveau nos engagements, nous resterons dans le cadre de l'accord pour laisser ouverte la porte des négociations. La réduction de nos engagements a pour objectif de donner un signal d'alarme » aux autres signataires du texte (France, Royaume-Uni, Allemagne, Chine, Russie, NDLR). Principal camp visé, l'Europe, qui a pourtant mis sur pied INSTEX, un mécanisme de transaction financière pour continuer à commercer avec l'Iran, mais qui n'a pour l'heure pas permis d'échanger le moindre centime d'euro.
« Les Européens nous disent de rester dans l'accord, mais ils sont totalement absents : INSTEX est un mirage », désespère la source. « Nous savons que ce n'est pas leur volonté, mais comment est-il possible qu'ils imposent des sanctions extraterritoriales à l'Europe ? » ajoute-t-elle au sujet des menaces de sanctions américaines contre toute entreprise occidentale continuant à commercer avec Téhéran, qui ont poussé nombre d'entre elles à quitter la République islamique du jour au lendemain.
« Donald Trump n'est pas un va-t-en-guerre »
À Washington, Donald Trump a déjà formulé son souhait de rencontrer en tête à tête le président iranien Hassan Rohani, dans le but affiché de conclure avec l'Iran un accord général répondant à toutes les inquiétudes des États-Unis et de leurs alliés au Moyen-Orient : programme nucléaire, missiles balistiques, rôle « déstabilisateur » de l'Iran au Moyen-Orient. « Trump est un personnage imprévisible. Sans aucune logique, il a renversé la table et a détruit unilatéralement un accord international entériné par une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU », déplore la source moyen-orientale. « Il nous humilie, nous menace, réunit tous les pays contre nous et dit qu'il veut négocier, avec une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. »
Pourtant, l'Iran n'exclurait pas entièrement de négocier directement avec le président américain. « Pour nous, Donald Trump n'est pas un va-t-en-guerre, au contraire de l'équipe de faucons qui dominent la Maison-Blanche », confie la source. « S'il est impossible de négocier dans la situation actuelle, il doit nous prouver que c'est quelqu'un de confiance, qui ne changera pas d'avis au bout de 30 jours. » Et l'homme de préciser les conditions de l'Iran : « Trump doit mettre quelque chose sur le plateau : revenir dans l'accord sur le nucléaire, mettre fin à ses menaces, ou lever au moins une partie des sanctions, par exemple en rétablissant les “waivers”. » Autrement dit, les exemptions américaines dont ont bénéficié certains pays pour acheter du pétrole iranien, avant que Donald Trump ne revienne dessus en mai dernier.
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